Richard Vogel avait prévenu : il venait à Aix pour gagner. Pas pour “prendre des repères” avant les Mondiaux, pas pour préparer Calgary, pas pour signer une belle place. Gagner. Mission accomplie. Ce dimanche, l’Allemand et l’immense United Touch S ont écrasé le Rolex Grand Prix 5* du TSCHIO avec la froideur clinique des très grands jours. Deuxième victoire consécutive dans le Rolex Grand Slam après s’Hertogenbosch, 950.000 euros empochés dans l’après-midi et désormais une possibilité très réelle de devenir le premier cavalier depuis Scott Brash, en 2015, à conquérir le Grand Chelem Rolex.

United Touch S, ce n’est plus un cheval, c’est un bug du système
Il y avait trente des trente-deux meilleurs cavaliers mondiaux au départ.
Et pourtant, le barrage de ce Rolex Grand Prix d’Aix-la-Chapelle ressemblait presque à une exhibition pour Richard Vogel.

Parce qu’aujourd’hui, le problème du circuit mondial s’appelle United Touch S.
Sur l’immense piste de la Soers, cette cathédrale du jumping qui, au cas ou vous ne le sauriez pas encore, accueillera aussi les Mondiaux en août, l’étalon allemand a donné une leçon de puissance contrôlée. Deuxième à partir après le sans-faute de Sophie Hinners et Iron Dames Singclair (51’’62), Vogel a simplement laissé son cheval dérouler.

45’’57.
Circulez.
Le plus impressionnant n’était même pas le chrono. C’était la sensation de facilité. Là où les autres montaient un barrage, United Touch S semblait juste agrandir ses foulées dans un paddock géant.
Aucune émotion sur les barres. Aucune hésitation.
Juste un cheval qui couvre la moitié de la piste en trois foulées.

“Gagner ici, c’est un rêve d’enfant”
À l’arrivée, Richard Vogel avait les yeux humides. Ce qui, chez lui, vaut presque déclaration d’amour publique.
« Ce n’est pas souvent que je pleure. Et encore moins pour de bonnes raisons. Mais aujourd’hui, c’était une fantastique raison d’avoir les larmes aux yeux. Gagner le Grand Prix Rolex d’Aix-la-Chapelle est un rêve d’enfant.»
Et cette fois, il n’a rien laissé au hasard.

« En entrant dans ce barrage comme prétendant au Grand Chelem Rolex, il n’y avait qu’un seul objectif : gagner. Je préférais risquer une barre plutôt qu’être trop lent. »
Le message est limpide : Vogel ne chasse plus seulement les victoires. Il chasse désormais les livres d’histoire.

950.000 euros aujourd’hui, un million qui flotte déjà au-dessus de Calgary
Le Rolex Grand Slam adore fabriquer des mythes.
Et Vogel est en train d’en devenir un.
Déjà vainqueur de l’étape batave en mars, l’Allemand arrivait à Aix-la-Chapelle avec le statut de “Rolex Live Contender”, autrement dit le seul homme encore capable de réaliser le Grand Chelem cette saison.
Résultat ?
450.000 euros de gain pour la victoire du jour.
500.000 euros de bonus pour deux succès consécutifs.

Et désormais un million d’euros supplémentaire promis en cas de troisième victoire de rang à Spruce Meadows, en septembre. Et une petite place sur les tablettes au même niveau que son confrère écossais, Scott Brash.
Brash c’était en 2015. Depuis, le Grand Slam Rolex ressemblait surtout à un Everest impossible à gravir.
Jusqu’à aujourd’hui.

Larocca a essayé. Vraiment essayé.
Après Vogel, il restait encore José Maria Larocca.
Et pendant quelques secondes, l’Argentin a presque réveillé les fantômes de 1965, année de la dernière victoire albiceleste ici avec le Dr Miguel H. Arrambide.

À 57 ans, avec Finn Lente, Larocca a tout tenté. Mais comment rivaliser avec un cheval qui semble galoper dans une catégorie différente ?
47’’36 à l’arrivée. Deuxième.
« Être battu par Richard Vogel et un cheval comme United Touch S est déjà un immense honneur », reconnaissait-il après coup.
Lucide.

Sophie Hinners complète le podium 2/3 allemand
Troisième avec Iron Dames Singclair, Sophie Hinners repart elle aussi avec bien plus qu’un simple podium.
L’Allemande avait joué la carte de l’intelligence : assurer le sans-faute, mettre la pression et espérer voir les autres faire des folies. Mais des folies il n’y en aura pas.

Nina Mallevaey, l’éclaircie française
Côté français, la meilleure copie est revenue à Nina Mallevaey, dix-septième avec Dynastie de Beaufour. Et pendant une manche entière, la Nordiste a même laissé croire que la France pouvait trouver un successeur à Marcel Rozier qui, avec sa victoire en 1971 est un peu à au GP d’Aachen ce que Marie Myriam est à l’Eurovision pour la France. Mais la seconde manche dessinée par Frank Rothenberger a transformé les derniers obstacles en broyeur de rêve. Deux fautes, basta. Ce n’est que partie remise.
Nina au mondiaux pourrait être un de meilleurs romans de l’été.

Les autres ont surtout pris des notes pour les WEG
Parce qu’au fond, derrière le jackpot Vogel, ce Grand Prix ressemblait aussi à une gigantesque répétition générale avant les championnats du monde d’août.
Kent Farrington, numéro un mondial, avait parfaitement lancé son après-midi avant de voir Greya accrocher l’oxer sur bidet numéro cinq au second tour.

Daniel Deusser et Otello de Guldenboom sont eux aussi passés du velours au chaos avec huit points après une première manche irréprochable.

Même punition pour Martin Fuchs et Conner Jei ainsi que Willem Greve et Grandorado TN NOP, tous deux avalés par le triple comme des touristes dans le métro de Tokyo.
Lillie Keenan, elle, repart probablement rassurée : Fasther a confirmé qu’il adorait la Soers, un détail loin d’être anodin à trois mois des Mondiaux.

Henrik von Eckermann a lui aussi quitté Aix-la-Chapelle avec quelques réponses. Privé du plan initial Steely Dan, le champion du monde semble avoir trouvé avec Qasirah van de Reistenhoek un plan B très crédible pour défendre sa couronne cet été.

Plus compliqué en revanche pour Gilles Thomas et Ermitage Kalone, longtemps à l’aise avant que la rivière puis le célèbre double de bidets ne déclenchent l’incendie. La rivière qui devrait faire cauchemarder quelques uns les prochains jours. Dont Abdel Said pourtant parfaitement à son affaire avec Quaker Brimbelles Z, jusqu’à son passage par l’eau…

C’est Nicola Philippaerts qui pointe en premier Belge avec Rolex ter Leydonck…avec 4 points et une 19ème place. Tout ça ajouté à la non qualification de Pieter Devos (4 points lors de chaque qualificative) pour la grand messe dominicale et vous pouvez être sûr à 100% que ce week-end Aixois ne restera pas dans les annales de la fédération du côté de Zaventem.

Direction Calgary. Et peut-être l’éternité.
Pour l’instant, Richard Vogel dit ne pas encore penser à Spruce Meadows.
Personne ne le croit vraiment.
Parce qu’après Bois-le-Duc et Aix, le Rolex Grand Slam a désormais un seul visage : celui d’un Allemand de vingt-neuf ans et d’un cheval immense qui semble parfois galoper un peu plus vite que les autres… et peut-être même un peu plus vite que l’histoire.

Retrouvez les résultats complets du Rolex Grand Prix d’Aix-la-Chapelle ici