Les meneurs belges règlent la mire avant de partir à l’assaut du monde

Publié par Sébastien Boulanger le 23/07/2026

Il n’y avait ni tribunes pleines, ni hymne, ni médaille à distribuer. Pas même un chronomètre officiel pour donner un semblant de compétition à la journée. Pourtant, dans le jardin d’Henk van der Wiel, à Achel, tout sentait déjà les Championnats du monde.

Dries Degrieck, Glen Geerts, Tom Stockmans et Sam Gees s’y étaient donné rendez-vous pour un dernier rassemblement collectif avant de mettre le cap sur Aix-la-Chapelle. Une journée de travail sous la houlette du chef d’équipe Mark Wentein, avec un consultant de luxe dans le rôle de l’œil extérieur : Félix-Marie Brasseur, double champion du monde et sacré précisément à Aix en 2006.

À quelques semaines du grand rendez-vous, il ne s’agissait plus de reconstruire les équipages ou de revoir les fondamentaux. Enfin, pas tout à fait. Il fallait surtout gagner quelques centimètres sur une trajectoire, rendre une transition plus nette, enlever un nœud dans un cheval et transformer une hésitation en automatisme.

Parce qu’à ce niveau-là, une médaille ne se perd pas toujours sur une énorme erreur. Elle peut s’envoler dans une courbe mal amorcée, une rêne extérieure relâchée une demi-seconde trop tôt ou une porte abordée avec dix centimètres de trop.

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À 120 % pour que 100 % paraisse presque facile

À Achel, le terrain d’entraînement avait pris des allures de laboratoire de haute précision.

Même la couleur des cônes avait été pensée. Les traditionnels éléments oranges avaient laissé place à des cônes noirs, semblables à ceux qui devraient être utilisés à Aix en raison du partenariat avec Mercedes. Une coquetterie visuelle en apparence. Un repère supplémentaire en réalité.

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Les distances avaient elles aussi été revues. Là où les meneurs pourraient disposer de douze mètres entre deux difficultés aux Mondiaux, l’espace était ramené à dix mètres. Parfois à huit.

Autrement dit, on avait volontairement retiré de l’air là où il y en aura davantage en compétition.

« On corse tout », explique Félix-Marie Brasseur. « Si on parvient à préparer les chevaux à 120 % de ce dont on aura besoin, lorsqu’on leur demande 80 %, ils donnent 100 %. »

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Angles plus fermés, courbes qui s’enchaînent sans véritable ligne droite, retours en arrière, changements d’équilibre et portes resserrées : le programme n’avait rien d’une promenade dominicale dans le Limbourg.

Le but n’était pas de mettre les chevaux dans le rouge, mais de leur montrer plus compliqué que ce qu’ils rencontreront à Aix. Pour que, le moment venu, l’obstacle paraisse presque familier.

« On travaille sur des distances et des angles totalement différents, poursuit Brasseur. Il faut sans cesse rééquilibrer. Tout ce travail se prépare avec la gymnastique, les épaules en dedans, les hanches en dehors, les pas de côté. Il faut trouver l’exercice qui convient à chaque cheval au bon moment. »

Dries Degrieck, champion et toujours élève

Le plus intéressant, dans ce genre de journée, ne se trouve pas toujours dans les difficultés les plus spectaculaires.

Lors du précédent rassemblement, Dries Degrieck avait ainsi demandé à Félix-Marie Brasseur de l’aider à perfectionner une demi-volte à gauche réalisée à une main.

Une question presque banale.

Sauf lorsqu’elle vient d’un meneur qui gagne les dressages, empile les victoires depuis le début de la saison et occupe la deuxième place mondiale.

« Quand je lui ai demandé quel était son problème, il m’a répondu qu’il voulait apprendre à faire exactement ce demi-cercle à une main, raconte Brasseur. Quand on entend cela de la part de quelqu’un qui vient de tout gagner, cela montre que tout le monde ici est suffisamment humble pour se remettre en question. »

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Deux démonstrations, un ajustement de la main gauche, un travail plus classique, et l’exercice a changé de visage.

Pas de grande révolution technique. Juste un détail remis au bon endroit.

C’est précisément ce que l’ancien champion du monde est venu chercher à Achel : des transitions plus lisibles, des trajectoires plus propres et des chevaux capables de passer d’une courbe à l’autre sans que le meneur soit obligé de corriger en permanence.

« C’est comme en rallye, compare-t-il. Si la courbe est bien amorcée, elle vient toute seule. Quand les chevaux comprennent exactement où le meneur veut aller, tout devient plus fluide. Si on donne des coups de volant à gauche et à droite, on perd l’équilibre, la vitesse et la confiance. »

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Degrieck arrive justement dans la dernière ligne droite avec un équipage qui semble savoir où il va.

« Cette journée est très importante. », explique-t-il. « Elle permet de voir comment les chevaux se comportent quelques semaines avant Aix et de savoir où nous en sommes dans le travail. C’est une vraie plus-value. »

Malgré une saison durant laquelle il a presque transformé la victoire en habitude, le Belge refuse de s’emballer.

« Je reste toujours assez calme. Les chevaux se sentent bien, les entraînements sont dans les temps et toute l’équipe autour de moi est en forme. Nous allons à Aix avec un état d’esprit positif. »

Son objectif personnel est annoncé sans effet de manche : entrer dans le Top 5.

Pour le reste, il regarde surtout vers le classement collectif.

« J’espère que nous pourrons décrocher une médaille avec l’équipe. Nous y sommes déjà parvenus plusieurs fois cette année, donc nous espérons le meilleur. »

Dries Degrieck ne prétend d’ailleurs pas penser nuit et jour à Aix.

Ou plutôt si. Mais ce n’est pas vraiment nouveau.

« Je rêve tous les jours de chevaux et de concours. Cela ne change donc pas grand-chose. » (rires)

Glen Geerts, prudent à voix haute, ambitieux en secret

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Glen Geerts maîtrise un autre art : celui de commencer une réponse avec prudence avant de terminer avec un podium dans un coin de la tête.

Le Belge sait que le temps s’accélère à mesure que le rendez-vous approche. La pression médiatique augmente, les chevaux sont observés et chaque sortie devient un indice.

Avant Aix, il lui restera encore une répétition grandeur nature à Rastede, en Allemagne, au milieu d’un plateau relevé.

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« Ce sera la dernière occasion de mettre les points sur les i et, ensuite, nous espérons pouvoir tout donner à Aix. »

Lorsqu’il évoque ses ambitions individuelles, Geerts rappelle d’abord qu’il travaille avec plusieurs nouveaux chevaux et qu’il doit rester réaliste.

Puis il élargit doucement le cadre.

« Les Belges se sont mis eux-mêmes une certaine pression avec les victoires de Kladruby et de Windsor. Je pense que nous faisons partie des grands favoris. Tous les regards sont tournés vers nous. »

La prudence vient alors de perdre quelques places.

« Une médaille par équipes doit être le minimum. Individuellement, j’espère un Top 7, je rêve d’un Top 5 et, secrètement, d’une place sur le podium. »

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À Aix, Glen Geerts avancera au moins en terrain connu. Membre de l’équipe belge depuis 2012, il a participé de nombreuses fois au rendez-vous allemand et y a déjà disputé les Championnats d’Europe.

Mais cette édition mondiale aura une autre saveur.

« Aix n’est comparable à aucune autre compétition. Il y a l’ambiance, la taille de l’événement, le public et un marathon immense. La qualité des obstacles, leur niveau et l’atmosphère rendent toujours ce concours particulier. Cette fois, cela le sera encore davantage. »

Mark Wentein ne veut pas rêver

Mark Wentein, lui, n’est pas venu à Achel pour jouer au petit bras.

Lorsqu’on lui parle de ses espoirs pour les Mondiaux, le chef d’équipe belge commence par supprimer le mot du dictionnaire.

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« Je n’ai aucun espoir. Je veux des certitudes. »

Le ton est posé.

Il faut dire que les résultats lui offrent quelques arguments. Deuxième à Kronenberg, victorieuse à Kladruby puis à Windsor pour la deuxième année consécutive, la Belgique a déjà battu une bonne partie de ses futurs adversaires.

Elle a aussi appris à vivre avec son nouveau statut.

« Nous faisons partie du sommet mondial et tout le monde nous regarde. Nous avons déjà battu les Allemands et les Néerlandais. Il faudra aussi se méfier des Américains, de la France et de l’Australie avec Boyd Exell. »

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Mais Wentein n’a pas l’intention de se contenter d’un rôle d’outsider sympathique.

« Nous devons monter sur le podium avec l’équipe. Et je veux également au moins une médaille individuelle, de préférence tout en haut. »

Cette ambition repose évidemment sur la forme de Dries Degrieck, vainqueur à Malines, Leipzig et Bordeaux durant la saison indoor, puis encore à Exloo, Kladruby et Windsor en extérieur.

Mais elle repose aussi sur la mécanique collective.

« La grande force de cette équipe, c’est qu’ils sont tous amis. Il n’y a aucune jalousie. S’il y a un problème avec un harnais ou une pièce de matériel, l’un aide l’autre. Dans notre discipline, nous avons besoin les uns des autres. Il y a une saine concurrence sur le terrain, mais en dehors, ce sont de très bons amis. »

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Les Red Mousquetaires ne sont donc pas seulement une invention de communication.

Chez les meneurs, la devise fonctionne littéralement.

Un pour tous. Tous pour un.

Félix-Marie Brasseur, un regard entre deux camps

À Aix, Félix-Marie Brasseur portera officiellement la casquette d’entraîneur de l’équipe de France.

Le Belge sera donc dans le camp d’en face. Sur le papier, du moins.

Car les liens avec ses compatriotes sont suffisamment forts pour qu’un regard ou une phrase codée suffise parfois à corriger un problème.

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« Je n’ai pas besoin de parler pendant des heures avec eux. Avec Glen, par exemple, je peux lui dire de remettre le sixième doigt sur la main extérieure. Heureusement, il n’en a que cinq, mais il comprend immédiatement qu’il faut remettre un peu de contrôle. »

Cette proximité n’empêche pas Brasseur de porter un regard lucide sur le potentiel belge.

L’homme qui avait décroché le titre mondial à Aix en 2006 estime que ses successeurs ont les moyens de marcher dans ses traces.

« Je pense que l’équipe belge peut certainement décrocher deux médailles. Il faut absolument travailler en équipe pour y parvenir. »

En individuel, il regarde évidemment vers Dries Degrieck.

Et vers l’inamovible Boyd Exell, référence absolue de la discipline.

« Si Dries parvient à reproduire ce qu’il fait depuis le début de la saison, Boyd pourrait commencer à avoir un peu les chocottes. Il a déjà montré qu’il en était capable. »

Le mot est lâché.

À Achel, personne ne s’est pourtant mis à célébrer quoi que ce soit. Il restait encore des chevaux à marcher, des trajectoires à répéter et des détails à reprendre.

Car Brasseur connaît mieux que personne la différence entre un favori et un champion du monde.

Le premier peut être satisfait avant la compétition. Le second attend la fin.

« Il faut toujours se remettre en question, ne jamais accepter que tout est bon. On ne doit pas être content. Ils seront contents après, lorsqu’ils auront la médaille. »

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