Trois semaines après avoir quitté la compétition à Aix-la-Chapelle avant même le début de ses Championnats du monde, Yuri Mansur avait visiblement encore quelques trucs à évacuer. À Valkenswaard, le Brésilien a laissé parler Vitiki et le chronomètre : 37’’27, la victoire dans le Grand Prix 5 du Longines Global Champions Tour et, surtout, le premier succès du vieux guerrier dans un Grand Prix 5*. Pieter Devos et Annelies Vorsselmans complètent un podium très belge. Mais ce dimanche, l’histoire appartenait à Mansur. Et peut-être encore davantage à Vitiki.

Trois semaines plus tard, la réponse est sur la piste
Il a manqué Aix-la-Chapelle. Il n’a pas manqué Valkenswaard.
Il y a trois semaines, Yuri Mansur quittait les Championnats du monde avant même d’avoir franchi la première ligne de départ. Un différend profond avec l’encadrement brésilien, une décision radicale de ne plus représenter son pays en championnat ni en Coupe des nations, et QH Alfons Santo Antonio qui ne verrait finalement pas la piste mondiale.
Ambiance.
Ce dimanche, à Valkenswaard, il n’était plus question de sélectionneur, de fédération ou de politique sportive. Juste d’un parcours, de huit barragistes et d’un chronomètre.
Et dans ce registre-là, Mansur avait manifestement beaucoup moins de choses à discuter.
Avec Vitiki (Valentino x For Expo), le Brésilien a remporté le Grand Prix 5* du Longines Global Champions Tour en 37’’27. Pieter Devos et Casual DV Z ont bien tenté de lui reprendre l’affaire. Ils ont échoué à sept dixièmes, en 37’’97. Annelies Vorsselmans et Trezeguet, eux aussi doubles sans-faute, terminent troisièmes en 38’’85.
Premier Grand Prix LGCT pour Mansur. Premier Grand Prix 5* pour Vitiki.
À 18 ans.

Huit au barrage, pas un centimètre à donner
Avant d’en arriver là, il avait fallu franchir un premier cap.
Le premier parcours dessiné à la Longines Tops International Arena avait décidé de ne faire aucun cadeau. Scott Brash et Hello Chadora Lady ? Quatre points. Harrie Smolders et Monaco, vainqueurs ici l’an dernier ? Quatre points également, avec le temps le plus rapide des fautifs et une neuvième place qui ressemble forcément à une petite torture.
Abdel Saïd, leader du championnat, laisse lui aussi une barre au sol avec Whatnan Zasou vom Claashof. Même tarif pour Edwina Tops-Alexander. Même punition pour Maikel van der Vleuten et Beauville Z N.O.P.
Bref, les noms tombaient. Et les barres avec.
Ils ne sont finalement que huit à trouver la sortie sans dégâts.
Christian Ahlmann ouvre le barrage avec Untouched LB et pose immédiatement les intentions : 38’’74. Très vite. Trop vite, même, puisque le dernier obstacle tombe.
Annelies Vorsselmans comprend le message. Avec Trezeguet, la Belge signe le premier double sans-faute : 38’’85.

Propre. Rapide. Sérieux.
Puis arrive Yuri Mansur.
Et là, changement de programme.
Vitiki, plein gaz
Pas de calcul.
Mansur prend les virages, ouvre la foulée et attaque comme si quelqu’un avait oublié de lui expliquer qu’une troisième place dans un Grand Prix 5* constituait déjà un dimanche parfaitement acceptable.
Vitiki suit.
Mieux : Vitiki joue.
À l’abord du dernier, le Brésilien ne reprend pas son souffle, ne cherche pas l’arrangement et ne négocie rien. Il avance.
La barre reste.
37’’27.

Plus d’une seconde de mieux que le chrono d’Ahlmann, mais surtout sans les quatre points qui vont avec.
Le poing part en l’air. Valkenswaard aussi.
Derrière, Emanuele Camilli et Chacco’s Girlstar essaient, mais fautent. Denis Lynch et Cordial également. Olivier Philippaerts et Miro bouclent un très bon double sans-faute en 39’’32. Arne van Heel et Keaton HV font vibrer le public néerlandais en 39’’08.
Il ne reste alors plus que Pieter Devos.
Et lui n’est clairement pas venu sécuriser la deuxième place.
Devos passe près, très près
Avec Casual DV Z, le produit maison qui vient de disputer les mondiaux, Pieter Devos joue le jeu jusqu’au bout.
Pied au plancher.
Les virages passent. Les barres restent. Et lorsque le Belge franchit la cellule en 37’’97, il faut regarder le tableau.
Sept dixièmes.

C’est beaucoup quand on attend.
C’est absolument rien quand on vient de galoper à cette vitesse.
Mais c’est suffisant.
Yuri Mansur vient de gagner Valkenswaard.
Devos pourra forcément nourrir un petit regret : il passe à 0’’70 du ticket pour le LGCT Super Grand Prix. Mais il signe aussi son premier podium dans un Grand Prix du circuit avec Casual DV Z et confirme la progression du couple.

« À chaque barrage que nous disputons ensemble, j’ai l’impression que nous progressons », expliquait-il après l’épreuve, tout en reconnaissant sa déception d’avoir manqué de si peu le précieux ticket.
Derrière lui, Annelies Vorsselmans pouvait difficilement faire la fine bouche. Pour sa première saison sur le Longines Global Champions Tour, la Belge place Trezeguet sur la troisième marche.
« Mon cheval méritait vraiment cela », confiait-elle à GCTV, heureuse d’avoir tenu son plan dans la première manche avant d’affronter la pression du barrage.

Deux Belges sur le podium.
Mais personne, ce dimanche, n’allait voler la photo à Mansur.
Vitiki, évidemment
Parce qu’il y a la victoire.
Et puis il y a ce cheval.
Vitiki n’est pas seulement le partenaire préféré de Yuri Mansur. Son histoire avec Aix-la-Chapelle suffit à mesurer la portée de ce qui s’est passé à Valkenswaard.
En 2018, le Hanovrien avait été victime d’un terrible accident lors du CHIO d’Aix-la-Chapelle, avec une grave blessure au paturon nécessitant une opération. Le simple fait de le revoir ensuite au plus haut niveau avait déjà quelque chose d’improbable.
Huit ans plus tard, le voilà vainqueur d’un Grand Prix 5*.
Enfin.

« Il a gagné tellement de Grands Prix 1,50 m et 1,55 m, mais nous n’avions jamais réussi à gagner un Grand Prix 5* », a rappelé Mansur après sa victoire.
Le Brésilien ne cachait d’ailleurs rien de son émotion.
« J’ai eu tellement de bonnes occasions sans jamais parvenir à conclure… enfin ! Et avec mon cheval préféré, c’est encore plus spécial. »
Difficile de faire beaucoup mieux comme scénario.
Vitiki avait déjà prouvé qu’il pouvait revenir. Dimanche, il a prouvé qu’il pouvait encore gagner.
Aix derrière lui, le Super Grand Prix devant
La victoire offre également à Mansur son ticket pour le LGCT Super Grand Prix.
L’intéressé semblait d’ailleurs avoir lui-même quelques difficultés à réaliser : « Je n’arrive pas à croire que j’ai le golden ticket pour le LGCT Super Grand Prix ! »
Pendant ce temps, le championnat continue de se resserrer.
Après cette onzième étape, Abdel Saïd conserve la tête avec 206 points, devant Christian Ahlmann (182), Edwina Tops-Alexander (181), Max Kühner (170) et Scott Brash (167,5).
La bataille pour le titre est donc loin d’être terminée.
Mais celle de Valkenswaard, elle, est réglée.

Trois semaines après avoir quitté Aix-la-Chapelle sans disputer les Mondiaux, Yuri Mansur est remonté sur une piste 5* avec un cheval qui, lui aussi, sait exactement ce que signifie revenir de loin.
Cette fois, personne ne l’a sorti de l’équipe.
Personne ne lui a demandé son avis.
Il avait manqué Aix-la-Chapelle. Il n’a pas manqué Valkenswaard.
Retrouvez les résultats complets ici
(Photos ©LGCT/ S. Grasso)

