Bettendorf s’invite au banquet allemand et repart avec l’argenterie

Publié par Sébastien Boulanger le 19/07/2026

À Riesenbeck, tout semblait réuni pour un triomphe teuton. Le décor, le public, les favoris… Il ne manquait plus que la victoire. Sauf que Victor Bettendorf n’avait manifestement pas prévu de jouer les figurants. Avec un barrage supersonique au guidon de Gibbs Un Prince, le Luxembourgeois est venu souffler le Grand Prix 5* du Longines Global Champions Tour sous le nez de Daniel Deusser et du champion olympique Christian Kukuk. De façon plus générale, les perfs lors de ce Grand Prix confirment qu’à l’approche DU grand rendez-vous de la saison, certains couples passent clairement la vitesse supérieure.

Sur la vaste piste en herbe des installations de Ludger Beerbaum, Victor Bettendorf a signé bien plus qu’un succès de prestige. Le Luxembourgeois a rappelé qu’il faut toujours bien compter avec lui lorsqu’il est question de grands Grands Prix.

La piste n’avait aucune intention de faire des cadeaux

Avant de parler chrono, il fallait déjà réussir à rester dans le game.

Peter Schumacher avait imaginé un parcours de treize obstacles et dix-sept efforts où chaque détail comptait. Très vite, la sélection s’est faite naturellement. Ioli Mytilineou, Lara Tryba, Jennifer Hochstaedter et Oliver Lazarus ont préféré lever la main avant la fin du parcours. Quant à ceux qui sont allés au bout, beaucoup ont laissé quelques plumes sur un tracé qui ne pardonnait rien.

Le vertical de sortie du double est rapidement devenu le juge de paix de l’après-midi. Marcus Ehning et Coolio 42, tout juste appelés dans la sélection allemande y ont notamment laissé quatre précieux points.

Antoine Ermann, avec Floyd des Prés, n’a pas trouvé la solution. Une faute sur ce fameux vertical, une autre à l’entrée du triple, et le Français quitte la piste avec huit points.

Pendant ce temps-là, un homme semblait évoluer dans une autre dimension.

Les favoris répondent présents

Pendant près de la moitié de l’épreuve, Henrik von Eckermann a eu le luxe de regarder le reste du plateau se casser les dents. Avec Minute Man, le Suédois a donné l’impression de jouer une autre partition pour décrocher son sans faute. Derrière, les barres s’accumulaient et les prétendants au barrage disparaissaient les uns après les autres.

Puis les grands noms ont commencé à sortir du bois.

Daniel Deusser a ouvert la marche avec Pepita van T Meulenhof BR. Denis Lynch lui a emboîté le pas sur Cordia.

Christian Kukuk, porté par son public et presque à domicile dans ces installations où il a grandi sportivement après avoir intégré les écuries de Ludger Beerbaum en 2012, a lui aussi trouvé la clé avec Checker 47.

Gilles Thomas a ensuite confirmé l’immense régularité d’Ermitage Kalone avant que Victor Bettendorf ne boucle la liste des qualifiés avec Gibbs Un Prince.

Six sans-faute. Pas un de plus.

Quand le niveau monte, les erreurs coûtent cher.

C’est passé à ça

Première des 4 points, Laura Kraut pourra nourrir quelques regrets compte tenu de la forme de Baloutinue.

Pas de regrets, ou si peu, pour Jérôme Guéry qui sortie après sortie avec Quito de Mariposa voit l’étalon poursuivre son apprentissage express du top niveau. Et avec la manière. 8ème place finale pour le couple.

La délégation française est, elle aussi, restée à quelques centimètres du bonheur.

Julien Épaillard et Fringan de Vesquerie semblaient filer vers le barrage avant de fauter sur l’avant dernier oxer. 10 ème place frustrante. Après leur démonstration au CSIO de La Baule, le couple continue malgré tout à convaincre.

Jeanne Sadran et Cepano Baloubet, eux aussi sont passé tout près de pouvoir aller titiller le chrono. 4points. 9 ème place. Tandis que Nina Mallevaey et Dynastie de Beaufour auront elles aussi été privées de barrage après une faute en sortie du triple.

Au barrage, ce n’était plus une histoire de barres

Une fois la sélection opérée, le scénario a complètement changé.

Gilles Thomas choisissait de préserver Ermitage Kalone et renonçait à repartir. Ils n’étaient donc plus que cinq.

Et les cinq allaient signer un nouveau sans-faute.

Henrik von Eckermann lançait les hostilités avec un chrono prudent de 41 »83. Suffisant pour mettre la pression, pas assez pour faire peur.

Daniel Deusser, lui, décidait immédiatement de changer de registre. Son passage avec Pepita van T Meulenhof BR sentait la gagne. 36 »34.

Le public de Riesenbeck se levait.

Quelques minutes plus tard, Christian Kukuk tentait de pousser le curseur encore un peu plus loin avec Checker 47. L’Allemand donnait tout, mais échouait finalement à près d’une demi-seconde de son compatriote.

Denis Lynch avec son 38″79 devançait juste Von Eckermann.

Tout allait donc se jouer sur un ultime parcours.

Bettendorf pique au meilleur moment

Dernier à entrer en piste, Victor Bettendorf connaissait exactement la mission.

Plus besoin de calculer. Seulement d’attaquer.

Avec Gibbs Un Prince, le Luxembourgeois a livré une démonstration de vitesse, sans jamais sacrifier la qualité des trajectoires. Plus les secondes défilaient, plus l’écart grandissait.

Lorsque les cellules se sont arrêtées sur 35 »37, le verdict était sans appel.

Près d’une seconde d’avance sur Daniel Deusser.

À ce niveau, c’est énorme.

Le public allemand espérait célébrer l’un des siens. Il a finalement applaudi, un peu contraint, la prestation du meilleur cavalier du jour.

Victor Bettendorf décroche ainsi son deuxième Grand Prix CSI5* de la saison après Windsor (le septième de sa carrière) et poursuit une campagne 2026 qui prend une tournure particulièrement intéressante.

Gibbs Un Prince a changé de dimension

Il y a encore quelques mois, Gibbs Un Prince faisait partie de ces chevaux dont on louait le potentiel.

Aujourd’hui, le Selle Français de 10 ans s’impose progressivement comme une référence du circuit cinq étoiles.

Fils de Number One d’Iso Un Prince et issu d’une souche maternelle par Panama Tame, le hongre  élevé au Haras des Princes associe puissance, respect et une incroyable réactivité dans les tournants. Un cocktail parfaitement adapté à Victor Bettendorf. Un cavalier qui choisit la formule offensive.

Déjà brillant à Windsor au printemps, le couple confirme que cette victoire n’avait rien d’un feu de paille.

Et à mesure que les grandes échéances approchent, un constat s’impose : les principaux prétendants commencent à afficher leurs ambitions. Von Eckermann, Deusser, Kukuk, Thomas… tous étaient au rendez-vous à Riesenbeck.

Mais dimanche, celui qui a envoyé le signal le plus fort a dit « vilmools merci » au moment de prendre la coupe. Grand sourire. Les dents du bonheur portent bien leur nom. Avant de déboucher le champagne, Victor Bettendorf a prouvé qu’il possédait la qualité de savoir encore accélérer là où les autres sont déjà à fond.

Les résultats complets du Grand Prix du LGCT de Riesenbeck ici

(Photos © LGCT/Stefano Grasso)

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