Face à une explosion des demandes d’engagement, la Suisse ajuste en urgence son règlement : jusqu’à 100 cavaliers pourront désormais prendre le départ d’une même épreuve. Une décision pragmatique, déjà appliquée ailleurs en Europe, qui vise à fluidifier un système sous tension… sans faire exploser les coûts des organisateurs.
Plus de partants pour désengorger le système
Le plafond saute.
Désormais, les épreuves de saut d’obstacles internationales en Suisse peuvent accueillir jusqu’à 100 partants, contre 70 auparavant, tout en conservant un classement unique (30 % des cavaliers classés).
Une adaptation entrée en vigueur immédiatement, après une demande urgente du Comité technique Saut d’obstacles auprès de Swiss Equestrian.
Objectif : répondre à une réalité simple — trop de cavaliers pour pas assez de places.
Une pression inédite en début de saison
Les chiffres sont sans appel.
Sur les trois premiers mois et demi de 2026, le nombre de départs est équivalent à celui de 2025… malgré quatre concours majeurs en moins.
Résultat :
les inscriptions explosent dès l’ouverture, les listes se remplissent en quelques minutes, et certains cavaliers restent à quai.
Un phénomène accentué par un début de saison pauvre en concours.
Mais aussi par un changement de comportement : aujourd’hui, tout le monde s’inscrit immédiatement, de peur de ne pas avoir de place.
“Une solution pour que plus de monde puisse monter”
Sur le terrain, les organisateurs valident la logique.
C’est le cas de Julien Pradervand, organisateur du Concours de Crête, qui voit dans cette mesure une réponse concrète à une situation devenue intenable :
« C’est la solution qui a été trouvée pour permettre à plus de monde de pouvoir participer. Aujourd’hui, beaucoup de cavaliers veulent s’inscrire sur les mêmes concours, surtout en début de saison où il manque un peu de dates. »
Derrière cette adaptation, il y a aussi une évolution du système d’engagement, désormais calqué sur ce qui se fait ailleurs en Europe :
« On est passé à un système comme dans les autres pays européens, avec une limitation du nombre de départs et une ouverture des inscriptions. Forcément, tout le monde se précipite à l’ouverture. »

Un équilibre économique… et logistique
Augmenter le nombre de partants, oui.
Mais sans alourdir la facture.
« Ce système permet d’augmenter le nombre de partants sans générer de coûts supplémentaires pour l’organisateur », explique Pradervand.
Un point clé.
Car jusqu’ici, de nombreux organisateurs limitaient volontairement leurs épreuves à 70 partants, non pas par obligation réglementaire, mais pour éviter de devoir dédoubler les épreuves, avec à la clé :
- plus de dotations à distribuer
- des journées rallongées
- une logistique plus lourde
« Ce n’est pas la fédération qui impose les 70. Ce sont les organisateurs qui choisissent de s’arrêter là pour éviter des surcoûts et garder des journées gérables. »
Une responsabilité partagée
Mais le problème ne vient pas uniquement du système.
Sur le terrain, certains comportements aggravent la situation :
« Il y a aussi une responsabilité des cavaliers. On a vu des épreuves complètes où, le jour J, 14 ou 15 cavaliers ne prennent finalement pas le départ. »
Un gâchis de places, dans un contexte déjà saturé.
La Suisse s’aligne sur l’Europe… et la FEI
Cette évolution rapproche la Suisse des standards internationaux.
Du côté de la Fédération Équestre Internationale, aucune limite stricte universelle n’impose un plafond à 70 partants.
Dans la plupart des pays européens, Belgique Allemagne, France, Pays-Bas, les systèmes d’engagement fonctionnent déjà avec : des quotas plus flexibles, des inscriptions ouverte, des pelotons plus fournis
« La plupart des pays d’Europe fonctionnent comme ça », confirme Pradervand.
La Suisse change donc de logiciel.
Et comme souvent, la transition demande un temps d’adaptation.
Une transition encore fragile
Car ce nouveau fonctionnement bouscule des habitudes bien ancrées.
« On a toujours fonctionné de la même manière en Suisse. Là, c’est une autre façon de faire. On espère que ça va marcher. »
Le constat est clair : l’ancien système a atteint ses limites. Le nouveau doit encore faire ses preuves.





