Vainqueur dimanche du Grand Prix 5* de Fontainebleau, Thibeau Spits n’a pas seulement gagné une épreuve : il a confirmé une relation. Avec Impress-K van’t Kattenheye Z, le Belge tient un cheval de championnat, un partenaire construit depuis le débourrage, un crack qui saute peu à la maison, aime sa paix, et préfère les grands espaces aux câlins forcés. Portrait d’un duo qui avance sans bruit. Enfin, presque.
Un succès qui sentait la suite logique
Fontainebleau n’a pas sorti un lapin du chapeau. Thibeau Spits et Impress-K van’t Kattenheye Z ont remporté le Grand Prix CSI5* dimanche, seuls doubles sans-faute d’un barrage à six, devant Martin Fuchs et Marie Demonte.

Pour Spits, ce n’était pas l’euphorie façon champagne sur les bottes. Plutôt la confirmation d’un état de forme. « Cette victoire me donne beaucoup de confiance pour toute la saison », résume-t-il. Avec une lucidité très belge : « Maintenant, ça va être difficile de garder cette forme parce qu’on fait déjà tout ce qu’il faut pour qu’il soit à ce niveau là. Il faut mainteni ça sur la durée, c’est peut-être ça qui est le plus difficile. »

Cinq ans de couple, zéro mode d’emploi
Impress, Thibeau le connaît depuis le début. Pas depuis qu’il gagnait des Grands Prix. Avant. Depuis les bases. « J’ai tout fait avec lui. Je l’ai monté juste après le débourrage. Je le connais vraiment par cœur. »

Forcément, ça change tout. Les grands jours, les petits détails. Le box, le travail, les humeurs. « Même les choses les plus petites, je sais comment il est. Ça m’aide énormément. »
Dans l’écurie, Impress n’est pas un cheval parmi d’autres. C’est le patron sportif. Celui pour qui on ajuste l’agenda, la routine, les respirations. « C’est le cheval qui reçoit le plus d’attention. C’est le numéro un, clairement. »

Monsieur veut qu’on le laisse tranquille
Ne pas confondre crack et pot de colle. Impress est gentil, oui. Demandeur de caresses à la porte du box, beaucoup moins.
« C’est un cheval qui aime être un peu dans son monde. Il n’aime pas trop l’attention. Il aime bien être un peu seul », explique Spits. Traduction libre : Impress accepte les soins, pas les interviews de couloir. « Il ne veut pas qu’on l’ennuie trop. Exactement. »
Un étalon, donc. Mais pas un cliché ambulant. Cette année, Spits le sent plus fort, plus posé, plus disponible. « Il est plus relax dans sa tête. Il ne s’énerve pas trop au box ou à la maison. Pour lui, c’est très important d’avoir un endroit où il peut se reposer. »

À la maison, on saute peu. Très peu.
Le secret ? Ce n’est pas de refaire des Grand Prix 5* dans la carrière à la maison.
« Honnêtement, il ne saute presque jamais à la maison », lâche Thibeau. Parfois quelques petites choses, des barres au sol, mais pas de répétition stérile. Impress n’a pas besoin qu’on lui explique son métier tous les mardis.
À la place : du galop. Une piste dans le bois, à côté de la aison du souffle, du physique, de l’envie. « J’essaie d’y aller deux fois par semaine. Je trouve que c’est bon pour sa force. » Et surtout, ça évite de lui plomber le moral. « Quand il travaille toujours dans la piste, il devient un peu mou. Là-bas, il travaille sans être trop chaud dans sa tête. »

Impress, en somme, se prépare comme un athlète qui a besoin d’air. Pas comme un employé de bureau sous néons.
Un étalon entre sport et reproduction
Cette saison, Impress est sorti avec parcimonie. Il a notamment fait ’s-Hertogenbosch, Paris et Fontainebleau, en restant sans faute dans ces Grands Prix. Sa gestion a aussi été liée à son activité d’étalon, avec des périodes réservées à la reproduction.
« Les dernières années, on a eu un peu de problèmes avec ça, il se fatiguait un peu. Maintenant, il gère beaucoup mieux ça. Il revient de la repro et il est très frais. Peut-être même un peu trop le week-end dernier », sourit le Belge.
Frais, mais pas dispersé. Chaud, mais plus mature. Le genre d’équilibre qui transforme un très bon cheval en candidat sérieux aux très grands rendez-vous.
La pression du très bon cheval
Monter Impress, ce n’est pas seulement avoir une chance. C’est avoir une responsabilité.
« Chaque fois que tu sors, tu as une chance de gagner ou d’être compétitif. Donc tu es encore beaucoup plus concentré qu’avec un autre cheval », dit Spits. La reconnaissance devient plus pointue. Le temps accordé, les options, les petites fautes invisibles : tout compte.
Parce qu’avec un cheval pareil, l’excuse tombe vite. Si ça ne passe pas, le cavalier sait très bien où regarder.

Aix en ligne de mire
La suite passe par Rome en Coupe des nations, puis Madrid pour garder du rythme, selon le programme évoqué par le jeune cavalier belge. Et, au fond du couloir, Aix-la-Chapelle. Les Championnats du monde FEI 2026 se tiendront à Aachen du 11 au 23 août, avec les épreuves de saut programmées du 17 au 23 août.
Spits ne fanfaronne pas. « On n’est pas encore là. Je dois continuer à travailler, continuer à montrer, essayer d’être en forme là-bas. »

Mais l’idée est là. Et elle colle parfaitement à Impress, cheval de grandes pistes, d’herbe, de galop. « Aix, c’est peut-être le plus grand concours du sport équestre. Même si j’étais (très) jeune, je sais que Jos Lansink a été sacré Champion du monde là-bas. C’est aussi là que j’ai effectué ma première Coupe des nations 5*. C’était super impressionnant. C’était avec King (van Essene). Alors les championnats du monde là-bas, c’est comme faire le championnat du monde de cyclisme sur le parcours de Paris-Roubaix. C’est différent. C’est mythique»
Avec Impress, justement, tout est un peu différent. Et peut-être que cet été, l’étalon deviendra mythique à son tour.