Anastasia Nielsen, la Côte d’Azur en mode retour de flamme

Publié par Sébastien Boulanger le 15/06/2026

Revenue d’une blessure qui aurait pu couper l’élan net, Anastasia Nielsen a répondu de la plus simple des manières : en gagnant. À Ramatuelle–Saint-Tropez, la Suissesse sous couleurs monégasques a remporté le Grand Prix 5* du Longines Global Champions Tour avec ESI Rocky, devant Thibeau Spits et Max Kühner. Un podium générationnel, presque insolent : 20 ans pour elle, 25 pour lui, et à eux deux moins que le troisième. Le futur ? Il n’a même pas frappé. Il est entré sans demander.

Anastasia Nielsen

La jeunesse a confisqué les clés de Pampelonne

Il y avait du beau monde, évidemment. À Saint-Tropez, on ne vient pas seulement pour vérifier si le sable colle aux mocassins. Le Grand Prix 5* du Longines Global Champions Tour de Ramatuelle proposait une dotation de 500.000 euros, un plateau chargé en champions, médaillés et habitués des podiums XXL. Bref, tout ce qu’il faut pour que les anciens propriétaires du circuit verrouillent la boutique.

Sauf que non.

Le parcours à 1,60 m a fait le ménage avec la subtilité d’un videur à trois heures du matin. Résultat : seulement deux sans-faute en première manche. Deux U25. Anastasia Nielsen avec ESI Rocky et Thibeau Spits avec Impress-K van’t Kattenheye Z. Pas exactement le scénario “gestion d’expérience et cuir patiné”. Plutôt “nouvelle vague, crampons propres, ambition sale”. 

Nielsen pose la question, Spits rate la réponse

Anastasia Nielsen

Au barrage, Nielsen part la première. Pas le cadeau du siècle. Pas de chrono à chasser, pas de mode d’emploi, juste une piste, un cheval et cette obligation moderne : mettre la pression avant que l’autre ait le temps de respirer.

Anastasia Nielsen

La Monégasque d’adoption fait le job. Mieux : elle le nettoie. Double sans-faute, 43’’55. Une ligne claire : si Thibeau Spits veut gagner, il va falloir venir la chercher avec les dents.

Le Belge attaque. Normal. À 25 ans, numéro un du classement mondial FEI U25 depuis plusieurs mois, il ne venait pas sur la Côte d’Azur pour faire collection de cartes postales. Mais une barre tombe dans le barrage. Quatre points. 45’’49. Anastasia Nielsen peut lever les bras. Saint-Tropez vient de choisir son visage du week-end. 

Anastasia Nielsen

De Doha à Saint-Tropez, le raccourci qui pique

Ce succès aurait déjà eu de l’allure sans le contexte. Avec, il prend une autre dimension.

En février, Anastasia Nielsen avait été écartée de la compétition après une chute à Doha, avec une fracture stable au niveau de L3. Pas d’opération annoncée, mais une parenthèse forcée, de la patience, de la rééducation, et ce truc que les cavaliers détestent cordialement : regarder les autres monter pendant que les chevaux continuent leur vie sans vous. 

Son retour en 5* s’était dessiné à Madrid, mi-mai, avec les Cannes Stars powered by Iron Dames. Un mois plus tard, la voilà gagnante à Saint-Tropez. Dans le genre réapparition discrète, on a connu plus feutré. 

Rabat n’était pas un accident

Il y avait une question depuis Rabat. Une vraie. En octobre 2025, Anastasia Nielsen, alors âgée de 19 ans, avait remporté son premier Grand Prix LGCT 5* avec Action Man, devenant la plus jeune gagnante de l’histoire du circuit. C’était grand, c’était beau, c’était peut-être un soir parfait. Le genre de soirée qu’on range parfois dans la boîte des miracles. 

Saint-Tropez vient de refermer la boîte.

Anastasia Nielsen

Avec son hongre de 11 ans, ESI Rocky (Stakkato Gold x For Pleasure) , Nielsen signe sa deuxième victoire en Grand Prix LGCT. Pas avec le même cheval, pas dans le même décor, pas avec le même statut. Cette fois, elle n’est plus seulement la gamine qui surprend les adultes. Elle est celle que les adultes vont devoir commencer à calculer.

Et ça, dans un sport qui adore classer les prodiges dans la rubrique “à suivre”, c’est une petite révolution administrative.

Spits deuxième, mais pas vraiment battu

Côté belge, Thibeau Spits repart sans victoire, mais certainement pas sans message. Le leader mondial U25 confirme sa stabilité au plus haut niveau, après un autre week-end solide et un podium GCL avec les Prague Lions powered by Czech Equestrian Team. Il a tenté. Il fallait tenter. Anastasia avait posé un chrono, lui devait répondre autrement qu’avec une carte de vœux.

Thibeau Spits

Il termine deuxième, oui. Mais deuxième d’un Grand Prix 5* où seuls deux couples ont trouvé la sortie sans pénalité en première manche. C’est une défaite qui ressemble quand même pas mal à un CV renforcé. Alors que les copains prestaient du côté de La Baule, lui prenait une option sur une chambre à Aix fin août avec option vue sur la Soers, boxe et copeaux.

Thibeau Spits

Kühner, le troisième homme et le rappel à l’ordre

Derrière les deux jeunes pressés, Max Kühner complète le podium avec EIC Up Too Jacco Blue. L’Autrichien, champion LGCT 2024, a signé le plus rapide des parcours à quatre points en première manche. Une barre de trop pour jouer le barrage, mais assez de classe pour rappeler que le vieux monde n’est pas encore parti nourrir les poneys au fond du jardin. 

Le chiffre est délicieux : Nielsen, 20 ans, et Spits, 25, affichent 45 ans à eux deux. Kühner en a 52. Pas un croulant, non. Mais disons que le podium avait un côté repas de famille où les enfants ont piqué la voiture avant le dessert.

La suite ? Paris, et moins de certitudes

Le Global Champions Tour file désormais vers Paris, avec un championnat toujours ouvert et une hiérarchie qui commence à ressembler à une boîte de barres mal rangée : ça bouge, ça tombe, ça surprend. Saint-Tropez a surtout rappelé une chose : les grands noms restent grands, mais les jeunes n’attendent plus poliment leur tour.

Retrouvez les résultats complet du Grand Prix LGCT de Ramatuelle – St Tropez ici

(Photos ©LGCT/Ljuba Buzzola)

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