Camille de Fauconval, la créatrice de contenu qui murmure à l’oreille de l’algorithme

Publié par Sébastien Boulanger le 24/06/2026

Sur Instagram, Camille de Fauconval dépasse les 25 000 abonnés. Pas mal pour une cavalière qui n’a jamais vraiment couru après les projecteurs. Sous le nom camilleharasduperou, la jeune femme belge raconte son quotidien au Haras du Pérou, près d’Ittre, avec une recette devenue presque révolutionnaire sur les réseaux : ne pas parler que d’elle. Ici, la star a quatre jambes, parfois un caractère de mule, souvent une crinière impeccable, et toujours le dernier mot.

Petite fille, grands chevaux

Avant les stories, les reels et les commentaires qui tombent comme des barres d’un oxer, il y a une petite fille qui refuse qu’on lui coiffe les cheveux…

Classique.

Sauf que sa mère a trouvé l’arme absolue : les chevaux au bout du jardin.

« J’avais trois ou quatre ans, ma mère voulait me coiffer les cheveux, je ne voulais jamais. Elle me disait : « Regarde, regarde, il y a les chevaux. » C’est comme ça qu’elle réussissait à me coiffer. »

Voilà. Certains découvrent leur vocation dans un livre. Camille, elle, l’a trouvée entre une brosse à cheveux et une clôture.

Elle parle aux chevaux. Beaucoup. Elle ne sait plus très bien ce qu’elle leur racontait. Eux non plus, probablement. Mais le dialogue était lancé.

Le virus est là. À trois ou quatre ans, ses parents l’inscrivent dans un centre équestre. Et depuis, elle n’a jamais vraiment quitté les écuries.

« Au fond de moi, j’ai toujours su que c’était une évidence. »

L’évidence a aujourd’hui un nom : le Haras du Pérou.

Une ancienne ferme familiale, près d’Ittre, transmise par son grand-père, éleveur de chevaux de course.

« Même si je ne l’ai pas connu en tant qu’éleveur, c’est grâce à lui que le Haras du Pérou existe. »

Il y a des héritages qui sentent la poussière de notaire. Celui-ci sent le foin, le cuir et les bottes mouillées.

Le réseau social, pas le culte personnel

Au départ, Camille ne veut pas devenir une figure des réseaux.

Comme tout jeune entrepreneur, elle veut juste faire connaître son écurie.

« Je me suis dit : soit je fais un beau site internet, soit je m’applique à faire de jolis réseaux sociaux. »

Elle choisit la deuxième option.

Quelques belles photos. Un compte propre. Une vitrine soignée.

Puis un jour, avec deux copines, elle tourne une petite vidéo.

Elles rient. Beaucoup. Donc elles recommencent.

Et voilà comment une stratégie digitale se transforme en accident heureux.

Petit à petit, Camille découvre le montage, le plaisir de raconter, les formats parlés, les vidéos qui expliquent sans pontifier. Sa communauté suit. Puis grossit. 1K, 5K, 10K. Puis déborde du manège couvert.

« Ma mère me dit plus tard : maintenant, ils ne rentreraient plus tous dans la piste extérieure. »

Dans une époque où certains créateurs de contenu confondent caméra frontale et miroir de salle de bain, Camille prend une tangente salutaire.

Elle est là, oui. Mais elle n’est pas le sujet.

Elle est la passeuse. La voix. La main qui ouvre la porte du box.

Les vraies vedettes ne signent pas d’autographes

Chez Camille, les stars ne font pas de placements de produits douteux.

Elles mangent du foin. Elles perdent leurs poils. Elles font parfois n’importe quoi au pire moment.

« Les stars de mes réseaux sociaux, ce sont les chevaux. »

La phrase pourrait servir de slogan.

Mieux : de ligne éditoriale.

« Nous, on est accessoires. C’est eux les stars. »

Tout est là.

Camille se met en scène, mais sans se mettre au centre. Une nuance énorme, surtout dans le grand carnaval numérique où chacun tente de transformer son petit-déjeuner en moment historique.

Elle filme ses chevaux, ceux des autres, les éleveurs, les cavaliers, les étalonniers, les coulisses.

Elle raconte. Puis elle s’efface. Ce qui est probablement la meilleure manière d’exister.

L’ordinaire, cette matière noble

Le succès de Camille tient aussi à ce qu’elle ne maquille pas.

Au Haras du Pérou, la vie n’est pas une publicité pour tapis de selle.

Il y a des boxes à faire. Des chevaux à nourrir. Des journées froides.

Des moments de grâce. Des moments franchement moins Instagrammables.

« Je montre mon quotidien, quand je fais les boxes, quand je m’occupe des chevaux. Je peux montrer quand mes chevaux font des bêtises. »

Et c’est précisément ce que les gens aiment.

Parce que le monde équestre adore parfois se montrer sur son 31, menton haut, veste cintrée et cheval parfaitement natté. Camille, elle, montre aussi l’envers du décor.

La boue. Le poil d’hiver. Les petits ratés.

La vraie vie, donc.

« Je suis une cavalière assez simple. »

Simple, peut-être. Mais pas simpliste.

Du petit quotidien aux grandes maisons

Les réseaux lui ont aussi ouvert des portes que beaucoup de passionnés rêveraient de franchir.

Le Haras de Semilly. Les écuries de Grégory Wathelet pour aller à la rencontre de ses étalons. Les coulisses des ventes Fences.

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Des élevages réputés. Des chevaux d’exception.

Pourtant, ce qui marque Camille n’est jamais seulement le prestige.

Ce sont les rencontres. Les histoires. Les passionnés.

« Qu’on soit dans une petite écurie ou chez des cavaliers de haut niveau, on a tous le même quotidien. On nourrit les chevaux le matin, on s’en occupe, on doit sortir même quand il fait froid. Quand il y a un cheval malade, il faut s’en occuper. On est tous des amoureux des chevaux. »

Le cheval remet tout le monde à niveau.

Champion olympique, éleveur reconnu ou moniteur de poney-club : quand il faut remplir un filet à foin sous la pluie, les statuts disparaissent.

L’élevage, cette loterie très sérieuse

Camille n’est pas seulement gérante d’écurie et créatrice de contenu.

Elle est aussi éleveuse. Et quand elle parle d’élevage, le ton change un peu. Moins story du matin, plus table de cuisine avec café froid, carnet de croisements et nuits à refaire le pedigree dans sa tête.

« Moi, avant tout, je suis une passionnée de chevaux, mais je suis une passionnée d’élevage. J’avais envie de partager la réflexion d’un éleveur dans la recherche de ses croisements. »

Parce que l’élevage, vu de loin, ressemble parfois à une affaire de grands noms. On prend l’étalon qui brille, celui dont tout le monde parle, celui qui coche toutes les cases sur le papier. On ajoute une jument. On secoue. On attend le crack.

Spoiler : ça ne marche pas comme ça.

« La plupart des gens pensent qu’il faut prendre le meilleur étalon, peu importe la jument. Et en fait, la jument est super importante dans le croisement. »

Voilà le truc que Camille aime remettre au centre. Un poulain ne naît pas seulement d’un nom imprimé en gras dans un catalogue d’étalons. Il naît d’un équilibre. D’un tempérament. D’un modèle. D’une locomotion. D’une complémentarité que personne ne peut garantir à 100 %, sinon les éleveurs dormiraient beaucoup mieux.

« Même si on met le meilleur étalon avec la meilleure jument, s’ils n’ont pas des qualités qui matchent ensemble, on ne fera pas le meilleur poulain. Bon, ce n’est pas une science exacte, évidemment. »

C’est précisément cette zone grise qui la passionne.

La partie rationnelle et la partie magique.

Les vidéos chez les étalonniers, les portraits d’étalons, les discussions avec les éleveurs. Tout cela raconte la même chose : derrière chaque naissance, il y a une décision. Et derrière chaque décision, une intuition qui tente de faire bonne figure devant la génétique.

Chez Camille, l’étalon compte. Évidemment. Mais la jument ne joue pas les figurantes dans le générique. Il y a eu la découverte de l’importance des juments auprès des Boudrenghien, à l’occasion d’une visite à l’élevage Sitte.

Et ça, dans un monde qui adore les têtes d’affiche, c’est presque une déclaration politique.

Le souvenir qui lui donne encore des frissons

Quand on lui demande quel est son plus beau souvenir de créatrice de contenu, Camille ne parle ni statistiques ni vidéos virales.

Elle parle d’une émotion. D’un moment vécu au Haras de Semilly.

« J’ai récemment été au Haras de Semilly et ça, j’ai vraiment adoré. Parce qu’il y a plein d’échanges avec ces passionnés de chevaux que je ne sais pas toujours montrer dans les vidéos. »

Puis elle évoque une conversation avec l’éleveuse de Diamant de Semilly.

Et son regard change. Presque humide.

« Madame Levallois m’a raconté toute l’histoire de Diamant de Semilly. Ce cheval a une vie hyper touchante, hyper incroyable. S

a vie, c’est un ascenseur émotionnel. À la fin de son histoire, on avait les larmes aux yeux. »

Dans sa voix, on retrouve la passionnée. Pas la créatrice de contenu. Pas la cheffe d’entreprise.

Simplement la petite fille fascinée par les chevaux.

« C’est incroyable. C’est l’éleveuse d’un des meilleurs étalons du monde. Elle est là et elle me raconte toute son histoire dans les moindres détails. Moi, en fin de compte, je suis juste Camille, une petite gérante d’écurie. »

Juste Camille. Une phrase qu’elle prononce naturellement.

Et qui résume parfaitement le personnage.

Les rêves n’ont pas de limite de hauteur

Malgré les milliers d’abonnés et les portes déjà ouvertes, Camille continue de rêver comme une passionnée.

Sans stratégie. Sans plan de carrière formaté.

Simplement avec l’envie de découvrir.

« Je pense que je rêverais d’aller faire des vidéos chez un étalonnier comme Schockemöhle. »

Puis un autre nom surgit. Presque comme un rêve qu’on n’ose pas formuler trop fort.

« Ou d’aller faire des vidéos chez une cavalière comme Isabel Werth. Ça, je pense que là, je ne sais même pas si je peux en rêver. »

Elle éclate de rire. Mais l’idée est là.

Parce que derrière les abonnés, les tournages et les montages, Camille reste avant tout une amoureuse du cheval.

Curieuse. Passionnée. Toujours prête à apprendre.

Clin d’Œil, le petit héros qui a tout compris

Dans la série du Haras du Pérou, il y a plusieurs personnages.

Don’t Touch, maman cheval, papa poney, look atypique, prestance canon.

Rackham, le colley qui est aussi de presque toutes les aventures.

Et puis tous les autres: Excalibur. Talentina. Rockstar.

Mais le véritable chouchou du public s’appelle Conquistador.

Enfin, Clin d’Œil.

« C’est le petit chouchou du moment. »

L’histoire du jeune poney est connue de toute sa communauté.

À une semaine de vie, un accident avec sa mère lui coûte un œil.

Pendant des semaines, Camille hésite à en parler. Elle prend des photos, mais seulement du côté de l’oeil qui lui reste.

Puis elle fait le choix de la transparence

« C’est la première fois où je me suis dit : je vais être vulnérable et je vais dire les choses. »

Elle poste. Elle s’inquiète. Puis les messages arrivent.

Des centaines. Des milliers.

« Je me suis rendu compte que ma communauté était hyper bienveillante. »

Depuis, Clin d’Œil est devenu une mascotte.

Un symbole. Un héros auquel tout le monde s’est attaché et dont la vie est un feuilleton, débourrage, approbation, bientôt père.

Partager, ce verbe démodé qui marche encore

Aujourd’hui, Camille partage son temps entre l’élevage, les cours, la gestion du haras et la création de contenu.

« La création de contenu me prend quasi un mi-temps. »

Quatre à cinq après-midis par semaine.

Des tournages. Des montages. Des mails.

Des échanges. Parce qu’au fond, c’est cela qui l’intéresse.

L’échange. Le partage.

« Certaines personnes pensent que les réseaux sociaux sont une gloire à eux-mêmes. Non. Le but, c’est d’échanger et de partager. Quand on comprend ça, c’est magique. »

Dans un monde où beaucoup utilisent les réseaux pour parler d’eux, Camille de Fauconval les utilise pour raconter les autres.

Et si des milliers de personnes la suivent aujourd’hui, ce n’est probablement pas parce qu’elle cherche à être la star. C’est parce qu’elle a compris quelque chose que beaucoup oublient.

Dans une bonne histoire de chevaux, le héros principal n’est jamais celui qui tient les rênes.

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