Vingt chevaux « ELITE » chez les 4 ans, un titre partagé au centième près chez les 5 ans, Nick Bossaerts champion chez les 6 ans, Ramsès I Waloppe doublement couronné et Flore De Winne omniprésente en dressage : les Championnats de Belgique des Jeunes Chevaux ont refermé leurs portes dimanche à Gesves. Avec du monde autour des pistes, beaucoup de chevaux à suivre et quelques scénarios que même les organisateurs n’auraient sans doute pas osé écrire.
Gesves a rangé les obstacles, les rectangles et les rubans. Le 62e Championnat de Belgique des Jeunes Chevaux est terminé. Et pour Eugène Mathy, co-organisateur de l’événement, le bilan tient en quelques mots : « Une très belle édition. On n’a jamais eu tant de monde, tant de spectateurs. »
La météo a également joué le jeu. Pas de chaleur excessive, pas de pluie pour transformer le site en pataugeoire et, surtout, beaucoup de sport. « Beaucoup de spectacle, beaucoup de bons jeunes chevaux. Ça s’est superbement bien passé », résume Mathy.
Reste à savoir qui, dans quelques années, fera encore parler de lui. Parce qu’à Gesves, les titres comptent. Mais les promesses peut-être encore davantage.

Les 4 ans, ou l’art de ne surtout rien toucher
Chez les 4 ans, pas de champion unique. La récompense s’appelle « ELITE » et elle ne s’offre pas au premier venu.
Ils étaient 161 au départ de la première journée. Pour arriver au bout, il fallait réussir un petit exercice de répétition : sans-faute lors de la première qualificative, sans-faute lors de la deuxième, puis encore deux parcours vierges en finale.
En clair : quatre parcours, quatre sans-faute.
Soixante et un chevaux avaient réussi à franchir les deux premières étapes et obtenu leur place pour le dimanche. Quarante étaient encore en lice avant l’ultime parcours.
Vingt ont finalement réussi la totale.
Vingt chevaux ELITE, dont onze BWP et neuf Zangersheide. Une répartition qui illustre plutôt bien le sentiment d’Eugène Mathy au terme de la semaine.
« On n’a aucune crainte concernant l’élevage belge parce qu’on a vu de bons chevaux dans toutes les catégories. »
Et visiblement, il n’était pas le seul à regarder.
« Il y avait beaucoup d’amateurs autour de la piste qui cherchaient de bons chevaux, des acheteurs étrangers. Il y avait beaucoup d’intérêt », souligne Eugène Mathy
Les 5 ans et ce règlement qui devait faire râler tout le monde
La finale des 5 ans était probablement l’une des plus intéressantes à observer cette année. Pas seulement pour son résultat, mais aussi parce qu’elle servait de test grandeur nature à une nouveauté réglementaire : le temps idéal.
Et avant même le début du championnat, tout le monde n’était pas convaincu.
Eugène Mathy ne le cache pas : « Il y a eu beaucoup de réactions autour de ce nouveau règlement, beaucoup de réclamations de gens qui étaient contre. »
La crainte était assez simple : transformer le barrage en exercice artificiel où les cavaliers seraient davantage occupés à calculer qu’à monter.
À l’arrivée, l’organisateur estime exactement l’inverse.
« Le barrage s’est très bien passé parce que les chevaux ne galopaient pas comme des fous, mais devaient quand même galoper. Ils n’avaient pas le temps de lambiner en route. C’était un barrage au chronomètre, mais avec une vitesse beaucoup plus sportive pour les jeunes chevaux. »
Le tracé, volontairement tournant, empêchait également de mettre simplement le pied au plancher entre deux obstacles.
« On ne voyait pas des chevaux ventre à terre. Je pense que beaucoup de cavaliers ont changé d’avis sur ce nouveau règlement », avance Mathy.
Et sportivement, la finale a offert un scénario assez savoureux.
Sur les 257 chevaux engagés dans la première qualificative, 52 avaient réussi le double sans-faute nécessaire pour rejoindre la finale. Treize couples ont ensuite décroché leur place au barrage.
Aucun n’est parvenu à terminer avec un score parfaitement vierge dans le temps imparti.
Mais quatre ont laissé toutes les barres sur les taquets.
Et surtout, deux ont terminé dans exactement le même temps.

Vivaldo TMD (BWP – Pegase van ‘t Ruytershof x Quasimodo vd Molendreef), élevé par David Melotte et monté par Seppe Wouters, et Contigo VH Legitahof Z (Zangersheide – Comme Il Faut x Nabab de Rêve), élevé par Legitahof et associé à Aurelia Guisson, terminent tous les deux avec 0,37 point de pénalité pour dépassement de temps.
Même score. Même chrono.
Donc deux champions de Belgique.
Et comme Seppe Wouters semblait trouver qu’un titre partagé ne remplissait pas suffisamment son dimanche, il prend également la troisième place avec Vedette de Tijl (BWP – Dr. Touch de Tijl x Armitage), avec 0,95 point de pénalité.
Pour une formule qui faisait discuter avant le championnat, difficile de demander un meilleur crash-test.
Chez les 6 ans, les Bossaerts font ça en famille
Les 6 ans constituent traditionnellement la catégorie reine du championnat de saut d’obstacles. Les chevaux sont plus avancés, les parcours aussi, et les premières indications sur leur potentiel sportif deviennent forcément plus sérieuses.
« On a vu, là aussi, de très bons chevaux dans cette épreuve », confirme Eugène Mathy, qui décrit une finale « classique », mais particulièrement relevée.
Sur les 232 chevaux engagés au départ du championnat, 39 avaient réussi le double sans-faute des deux qualificatives.
Neuf couples ont ensuite gagné leur place au barrage de la finale.

Et Thor Davidshof Z (Zangersheide – Tobago Z x Quickly de Kreisker), élevé par David Steven, a fini par mettre tout le monde d’accord emmené par Nick Bossaerts.
Sans faute au barrage, le couple décroche le titre de champion de Belgique.
U For Me JW van ‘t Meulenhof (BWP – Cuba Libre de Muze Z x Bamako de Muze), monté par Mauro Stas, prend la deuxième place après avoir lui aussi conservé un score vierge.
Et derrière ?
Encore un Bossaerts.
Dax van de Litzenære Z (Zangersheide – Diamant de Semilly x Hamlet), monté par Stef Bossaerts, signe le meilleur chrono du barrage. Mais avec une barre au sol, direction la troisième marche.
Nick premier, Stef troisième.
On ignore qui avait la charge du trajet retour, mais le débriefing familial avait de quoi durer.
Ramsès I Waloppe, deux couronnes pour le prix d’une
Le saut d’obstacles n’était évidemment qu’une partie du menu à Gesves.
Du côté de l’élevage, le suspense des 3 ans avait été soigneusement conservé jusqu’au dimanche. Les trois meilleurs chevaux étaient connus depuis la finale du vendredi soir, mais pas leur ordre.
Avec une petite subtilité supplémentaire : la Médaille du Roi ne pouvant revenir qu’à un cheval belge, le champion de Belgique et le lauréat de la prestigieuse distinction pouvaient être deux chevaux différents.
Finalement, pas besoin de partager.

Ramsès I Waloppe décroche le titre de champion de Belgique et la Médaille du Roi.
Et là encore, Eugène Mathy préfère retenir la densité du lot plutôt qu’un seul cheval.
« Vu la qualité des chevaux présentés, ça ‘a vraiment pas été aisé pour les juges de départager les candidats. »
Un problème que les organisateurs acceptent volontiers d’avoir.
Pour Mathy, cette qualité traduit aussi une évolution du travail des éleveurs belges : « Les éleveurs ont compris qu’il fallait vraiment se tourner vers le cheval de sport pour avoir de bons produits, avoir des amateurs et vendre leurs chevaux à un prix intéressant. »
Gesves reste un championnat. Mais c’est aussi une vitrine. Et le commerce n’est jamais très loin derrière la piste.
En dressage, Flore De Winne avait pris un abonnement au podium
Sur le rectangle, le dimanche était chargé : sept finales, avec les chevaux de 4, 5, 6 et 7 ans ainsi que les poneys de 4, 5 et 6 ans.
Et chez les chevaux, un nom est revenu. Puis revenu encore.
Flore De Winne s’impose d’abord chez les 4 ans avec WinHorses’ Beating Heart, crédité de 85,6 %. Ruut Pasgang et Spot-On E prennent la deuxième place avec 83,6 %, devant Chloé Morris Talbot et Willbe, troisièmes avec 82,4 %.
Chez les 7 ans, De Winne recommence.

Avec WinHorses’ Eleven NRW, elle décroche le titre avec 76,193 %, devant Chloé Morris Talbot et Bella (74,965 %) ainsi que Kara Bosman et Tais toi et sois belle de Tamise (72,615 %).
Et pour compléter la collection, WinHorses’ Eleven NRW repart également avec le Prix de l’Harmonie, récompensant le couple ayant affiché le comportement le plus harmonieux pendant le championnat, sur la piste comme en dehors.
Chez les 6 ans, De Winne doit cette fois se contenter, façon de parler, de la deuxième place avec WinHorses’ Fearless et 84,6 %.

Le titre revient à Aure Spleeters avec Theo V.I., auteur de 85,4 %. Jérôme Schneiders et Visionist SL complètent le podium avec 81,4 %.
Deux titres, une deuxième place et un Prix de l’Harmonie : certains repartent de Gesves avec un souvenir. Flore De Winne avait plutôt besoin d’un sac.
Rosalin E chez les 5 ans, trois champions chez les poneys
Chez les chevaux de 5 ans, Rosalin E, montée par Annelies Crul, confirme sa première place des qualifications en remportant la finale avec 80,4 %.

Tea Time Himmerich et Jérôme Schneiders suivent à 80 %, devant Quifley Keeps Going et Margaux Nicolay, troisièmes avec 78,6 %.
Chez les poneys, Qonquistador du Pérou et Aure Spleeters deviennent champions de Belgique des 4 ans avec 77,60 %. Con Leche B, associé à Evelyne Dieltjens, remporte les 5 ans avec 78 %, tandis que Bono VHS et Alina Lemmens dominent les 6 ans avec 79,80 %.
Et même là, il fallait sortir le règlement.
Evelyne Dieltjens obtient également 78 % avec son autre poney, Lilly’s RoseGold N, chez les 5 ans. C’est finalement la note de soumission, supérieure d’un point pour Con Leche B, qui départage les deux performances.
Quand on vous dit que Gesves n’a rien fait simplement cette année.

Gesves, vitrine d’un élevage qui se porte bien
Au-delà des titres, c’est peut-être là que se trouve le principal enseignement de cette édition 2026.
Des chevaux par centaines, des tribunes bien remplies, des acheteurs étrangers autour des pistes et des finales suffisamment relevées pour compliquer sérieusement la vie des juges.
Pour Eugène Mathy, le championnat reste aussi un moyen de connecter élevage et sport.
« On a vu de bons chevaux dans toutes les catégories », insiste-t-il.
Et les conditions d’accueil ont également évolué cette année, avec notamment de nouveaux boxes équipés de fenêtres. Un détail beaucoup moins anecdotique lorsqu’un championnat rassemble autant de jeunes chevaux pendant plusieurs jours, particulièrement en période estivale.
Surtout, le co-organisateur quitte Gesves avec le sentiment d’une édition ayant franchi un nouveau cap en matière de fréquentation.
« Il y a de plus en plus de visiteurs et d’amateurs année après année. »
Les futurs champions, eux, n’ont désormais plus qu’à faire le reste.
Car c’est toujours le petit jeu cruel des championnats de jeunes chevaux : on sait parfaitement qui a gagné le dimanche soir. Mais pour savoir qui avait vraiment raison de gagner, il faut parfois attendre cinq ou dix ans.
Et rendez-vous est déjà pris avec l’avenir.
(Photos © Temps de Pose)



