Aix-la-Chapelle : Justin Verboomen découvre que la voie royale était un champ de mines

Publié par Sébastien Boulanger le 14/08/2026

On avait presque fini par croire que Justin Verboomen et Zonik Plus ne savaient plus perdre. À force de dominer, de dépasser les 80 % et d’empiler les victoires, le Belge avait transformé l’exceptionnel en habitude. Sauf qu’un championnat du monde n’a rien d’une promenade dominicale. Dans le Grand Prix Spécial d’Aix-la-Chapelle, ce vendredi, Charlotte Fry et Glamourdale ont remis les pendules à l’heure, Cathrine Laudrup-Dufour et Katharina Hemmer ont sorti l’artillerie lourde, et Verboomen termine cinquième. Décevant ? Pour vous, peut-être. Pour lui, beaucoup moins.

Justin Verboomen Aachen 2026

La voie royale ? Plutôt le champ de mines

Il faut reconnaître qu’on s’était un peu chauffés.

Mais Justin Verboomen nous avait bien aidés.

Depuis plus d’un an, le Belge et Zonik Plus ont pris la fâcheuse habitude de rendre extraordinaire ce qui, chez les autres, ressemble déjà à une très bonne journée au bureau. Champion d’Europe du Grand Prix Spécial en 2025, vainqueur à Aix-la-Chapelle la même année, numéro un mondial, Verboomen avait encore gagné cette saison à Fontainebleau et Lier. À Fontainebleau, le couple avait même porté son record personnel du Grand Prix à 83,500 %, avant de s’offrir la Libre à 91,855 %. À Lier, dernière sortie avant les Mondiaux, rebelote : victoire dans le Grand Prix puis 90,015 % dans la Libre.

Alors forcément, quand Aix-la-Chapelle est arrivé, certains ont commencé à parler de voie royale.

Erreur de vocabulaire.

Parce qu’aux Mondiaux, tout le monde avait sorti le costume du dimanche, le meilleur cheval et les couteaux bien aiguisés bien coincé entre les dents. Cathrine Laudrup-Dufour et Mount St John Freestyle avaient d’ailleurs déjà envoyé le message en remportant le Grand Prix avec 82,376 %.

Une voie royale ? Non.

Un champ de mines.

Et ce vendredi torride, Verboomen en a trouvé quelques-unes.

« C’est un peu de ma faute »

Cinquième.

Voilà donc Justin Verboomen et Zonik Plus hors du podium du Grand Prix Spécial. Pour un couple devenu tellement dominant que la victoire semblait presque constituer son état naturel, le classement peut piquer.

Justin Verboomen Aachen 2026

Sauf que le premier à ne pas dramatiser s’appelle Justin Verboomen.

À la sortie de piste, le Belge ne cherche ni excuse magique ni responsable extérieur. Il parle d’abord de son cheval, de cette chaleur qui a pesé sur la journée et du contraste entre la détente, effectuée à l’intérieur, et l’entrée dans la grande arène.

« Avec une telle chaleur, je m’attendais à ce que ce soit difficile, pour moi et pour lui. La détente s’est vraiment bien passée. Il avait beaucoup d’énergie, c’était à l’intérieur, il faisait beaucoup plus frais. Alors c’est vrai qu’il y a un peu le contrecoup quand on arrive dans la grande piste, avec en plus l’émotion…pour le cheval ! »

Justin Verboomen Aachen 2026

La chaleur n’est d’ailleurs pas un détail inventé après coup. Face aux températures annoncées, la FEI avait avancé le début du Grand Prix Spécial à 8h30 et aménagé une longue interruption au cœur de la journée après consultation vétérinaire.

Mais Verboomen ne se cache pas derrière le thermomètre.

Au contraire.

« En soi, je suis très content parce que c’est un peu de ma faute, les erreurs qu’il y a eu. Je ne me suis pas assez exercé avec lui dans ces enchaînements-là, parce que je me focalise plus à la maison sur un travail cool et sur les sentiments. »

Et cette phrase raconte probablement davantage Justin Verboomen que sa cinquième place.

Justin Verboomen Aachen 2026

Perdre sans tout remettre en question

Parce que voilà le paradoxe.

Dans un sport où le championnat pousse naturellement à vouloir contrôler chaque mouvement, chaque transition et chaque point perdu derrière la virgule, Verboomen continue de raisonner d’abord en termes de sensations avec son cheval.

Et parfois, la facture arrive.

Des enchaînements pas suffisamment répétés. Quelques erreurs. Un Zonik Plus qui doit passer d’une détente fraîche et énergique à la fournaise du stade d’Aix-la-Chapelle. À ce niveau-là, il n’en faut pas davantage pour passer du podium à la cinquième place.

Surtout quand les autres ne sont pas exactement venus faire du tourisme.

Mais ce qui pourrait ressembler, vu de l’extérieur, à une énorme désillusion ne provoque pas chez Verboomen de crise existentielle.

« Je suis très content de mon cheval. »

Simple. Presque désarmant.

Puis il ajoute :

« Je n’avais pas vraiment d’objectif de médaille de toute façon. Le but, c’était vraiment d’essayer de bien faire les choses. Après, le temps, la chaleur n’ont pas aidé, mais voilà : le cheval a fait son job et je suis très content. »

Il y a des cinquièmes places qui ressemblent à des catastrophes. Celle-ci ressemble plutôt à une information supplémentaire rangée dans le carnet de travail.

Justin Verboomen Aachen 2026
(Il en faut plus pour décevoir les fidèles.)

Fry n’avait certainement pas rendu sa couronne

Pendant que le Belge faisait son autocritique, Charlotte Fry s’occupait de rappeler un détail légèrement encombrant : la championne du monde en titre, c’était elle.

Et Glamourdale n’avait visiblement aucune intention de devenir un personnage secondaire de l’histoire.

(©FEI/Leanjo de Koster)

Avec 82,295 %, la Britannique conserve le titre mondial du Grand Prix Spécial décroché quatre ans plus tôt à Herning. Une victoire qui remet aussi en perspective une saison 2025 plus compliquée, terminée sans médaille individuelle aux Européens. À Aix, le grand étalon noir est arrivé au rendez-vous au moment où cela comptait vraiment.

Derrière, Cathrine Laudrup-Dufour et Mount St John Freestyle prennent l’argent avec 80,927 %. Encore deuxième pour la Danoise, encore immense, mais encore privée de ce titre individuel qui continue de lui filer entre les doigts.

Et puis il y a le petit tremblement de terre allemand.

Dernière à entrer en piste, Katharina Hemmer a livré avec le sensible Denoix PCH une reprise à 80,866 % pour arracher le bronze. Suffisant pour repousser Isabell Werth et Wendy de Fontaine à la quatrième place, devant leur public.

(©FEI/Leanjo de Koster)

À domicile, devant les tribunes d’Aix-la-Chapelle, il fallait quand même avoir un certain goût pour le drame.

Hemmer l’avait.

(©FEI/Leanjo de Koster)

Et maintenant, on remet la musique

Reste donc cette cinquième place belge.

C’est probablement ce qui rend la suite encore plus intéressante.

Car comme pour sa compatriote Larissa Pauluis, les Mondiaux de Verboomen ne sont pas terminés. Le programme prévoit encore la Libre en musique ce samedi 15 août, en soirée. Dernière bataille individuelle de ces championnats.

Et s’il existe un terrain sur lequel Zonik Plus a déjà prouvé qu’il pouvait faire très, très mal, c’est bien celui-là. Alors non, la route vers l’or n’était pas royale. Elle ne le sera pas davantage demain.

Mais Justin Verboomen vient peut-être de rappeler pourquoi son histoire avec Zonik Plus fascine autant : même quand le résultat dit cinquième, lui continue de regarder son cheval avant de regarder le classement.

Justin Verboomen Aachen 2026

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