Gesves, la semaine où les gamins prennent déjà des airs de grands

Publié par Sébastien Boulanger le 12/08/2026

Pendant qu’Aix-la-Chapelle aspire les regards et les décibels avec les Championnats du monde FEI, la Belgique regarde aussi pousser ses prochaines stars. À Gesves, pas encore de tribunes géantes ni de médailles mondiales autour du cou : on parle poulains, jeunes chevaux, dressage, élevage et, évidemment, barres qui tombent, ou plutôt qu’on espère voir rester sur les taquets. Jusqu’à dimanche, la Grande Semaine remet la jeunesse au centre du village. Et avec près de 750 chevaux annoncés à l’obstacle , Gesves n’a décidément plus grand-chose d’une petite kermesse de province.

Championnats Belgique jeunes Chevaux Gesves

Aix a les stars, Gesves prépare les suivantes

Il fallait presque avoir le sens du contre-pied pour organiser la grand-messe belge des jeunes chevaux cette semaine.

À quelques dizaines de kilomètres de là, Aix-la-Chapelle accueille les Championnats du monde FEI. Les meilleurs cavaliers de la planète, les chevaux que tout le monde connaît, les grandes nations, les grandes tribunes et les grandes émotions. Bref, le buffet à volonté du sport équestre international.

Et pourtant, à Gesves, personne n’avait vraiment envie de fermer boutique.

Parce qu’ici se joue autre chose. Moins glamour aujourd’hui, peut-être. Mais pas forcément moins important pour demain.

La Belgique reste une gigantesque fabrique à chevaux de sport, portée notamment par le BWP, Zangersheide et le SBS. Et avant de voir certains produits belges sous les projecteurs des plus beaux concours de la planète, il faut bien commencer quelque part.

Souvent, ce quelque part ressemble furieusement à Gesves.

Champ de Belgique jeunes chevaux Gesves

Du 10 au 16 août, la Grande Semaine rassemble ainsi les Championnats de Belgique des jeunes chevaux et les épreuves

consacrées à l’élevage, au dressage et au jumping. Près de 100 participants pour l’élevage, 82 chevaux et poneys de dressage de 4 à 7 ans et 686 engagés en saut d’obstacles, avant l’ajout des wild cards des stud-books.

Manu Casais, aux commandes en tant que co-organisateur avec l’incontournable Eugène Mathy depuis cinq ans, monte même le curseur un peu plus haut une fois les listes complétées.

« On est complet. Il y a presque 750 chevaux à l’obstacle. Le premier jour, les 4 ans et une partie des 5 ans ont amené déjà énormément de monde. Je pense que ça va être une belle année avec beaucoup d’engouement. »

Voilà pour l’ambiance.

Gesves affiche complet, merci pour lui.

Avant de sauter 1,60 m, il faut déjà apprendre à marcher droit

Le sport commence souvent bien avant le premier parcours.

À Gesves, parfois même avant la première selle.

C’est tout l’intérêt du volet élevage de cette Grande Semaine : certains chevaux n’ont encore jamais vu un cavalier sur leur dos, d’autres viennent à peine de découvrir qu’un van mène parfois ailleurs qu’au pré d’à côté.

Jacques Fraselle, l’un des responsables du championnat d’élevage, résume l’ampleur du rendez-vous : 145 chevaux ont été présentés cette année, des foals aux chevaux de 3 ans.

« Nous avons commencé lundi et mardi, et nous allons continuer vendredi avec une sélection des chevaux de 3 ans pour nommer trois chevaux pour la Médaille du Roi du dimanche. Sur l’ensemble du concours, 145 chevaux ont été présentés. »

Ici, évidemment, impossible de juger tout le monde sur un double oxer ou un barrage lancé pleine balle.

Alors on observe. Longtemps. Et autrement.

« Nous jugeons les chevaux sur leur morphologie, leur façon de se déplacer, leurs origines. Pour les 2 ans et les 3 ans, on les voit également en saut en liberté. »

Autrement dit : avant de savoir si le cheval sautera un jour 1,60 m, on commence par regarder s’il est construit pour faire son métier, comment il utilise son corps et ce qu’il raconte déjà lorsqu’on lui enlève le cavalier de l’équation.

Un travail forcément plus subtil.

cleChamp de Belgique jeunes chevaux Gesves
(All In Fée des Sources Z, sacré champion des 2 ans à l’obstacle. ©Temps de Pose)

Et cette année, selon Fraselle, le tri n’avait rien d’une promenade.

« Nous avons eu aujourd’hui les 3 ans avec un très bon prix. C’était vraiment très difficile de trier nos quinze chevaux. On aurait même pu en retenir plus tellement la qualité était là. »

Voilà qui pose le niveau.

Et pour départager ce petit monde, un jury pointu autour de Jaques Fraselle composé d’Isabelle Popeler, Herman Van Den Broeck, Eric Durand, Rudy Dejong, Jérémy Julie.

La Médaille du Roi, ce petit supplément de prestige

Vendredi, les 3 ans reviennent donc au centre du jeu.

Objectif : dégager trois chevaux qui se retrouveront le dimanche autour de la Médaille du Roi.

Et là, on n’est plus seulement dans le concours d’élevage du coin.

Cette distinction récompense le meilleur cheval belge inscrit dans un stud-book belge.

« La Médaille du Roi récompense le meilleur cheval belge, inscrit dans un stud-book belge. »

Le symbole colle plutôt bien à Gesves.

Parce que derrière les cavaliers qui gagnent aujourd’hui au plus haut niveau, il y a toujours eu quelqu’un, quelques années plus tôt, pour regarder un poulain traverser une piste et se dire : tiens, celui-là, peut-être.

C’est tout le jeu.

Et parfois toute l’erreur.

L’élevage ne demande pas la permission pour ouvrir le bal

Avant les barrages, les chronos et les calculs de qualification, il faut commencer par le commencement : produire le cheval.

Et les premiers champions de Belgique 2026 sont déjà connus.

Chez les foals d’obstacle, Didier du Vieux Chêne a décroché le premier titre national de cette édition. Le mâle SCSL, fils de Nevados S et d’une mère par Balturo, est né…comme vous vous en doutez, à l’Élevage du Vieux Chêne. Après les catégories séparées mâles et femelles, les deux vainqueurs se sont retrouvés pour attribuer le titre suprême.

Premier maillot jaune de la semaine : Didier.

En dressage, la palme des foals est revenue à Dante’s Garçon du Jade, BWP par Dante Weltino x Zoom, avec 78,16 %.

Petit détail qui rend l’histoire encore plus savoureuse : son éleveur n’est autre que Francis Carlens, également très impliqué dans le volet dressage de cette Grande Semaine.

Champ de Belgique jeunes chevaux Gesves
(©Temps de Pose)

Gesves aime manifestement les gens qui ont plusieurs casquettes.

Et surtout, l’élevage prend chaque année davantage de place.

« Le saut en liberté et le concours de poulains ont de plus en plus de participants chaque année », constate Manu Casais.

Autrement dit, Gesves n’est plus seulement l’endroit où l’on vient voir quel 5 ans saute le plus haut ou quel 6 ans semble avoir avalé un ressort. C’est devenu une photographie beaucoup plus large de la filière belge.

Du poulain encore vaguement étonné d’avoir quatre jambes jusqu’au futur cheval de Grand Prix.

Le dressage s’est fait sa place

Longtemps, quand on disait « jeunes chevaux » et « Gesves », l’image qui apparaissait spontanément avait quatre sabots, une barre devant elle et un cavalier légèrement penché en avant.

Ça change.

Le dressage a patiemment poussé les murs.

Cette année, le programme officiel compte 82 chevaux et poneys de 4 à 7 ans, avec un début des épreuves jeudi.

Francis Carlens parle, lui, d’un rendez-vous désormais parfaitement installé.

« Chaque année, ça se développe. »

Et encore, l’édition 2026 doit composer avec le voisin encombrant d’Aix-la-Chapelle. Plusieurs habitués de Gesves ont d’autres obligations autour des Championnats du monde. Selon Carlens, cela coûte quelques participants (Pauluis, Verboomen, largement excusés) à l’événement.

Mais pas de quoi remettre en cause la tendance.

Huit juges, dont deux étrangers, trois stewards et quatre catégories d’âge : le dressage n’est plus le cousin que l’on installe dans la chambre du fond.

Il est désormais chez lui.

Champ de Belgique jeunes chevaux Gesves

À quatre ans, pas question de fabriquer un Grand Prix en kit

L’intérêt du championnat tient aussi à ce qu’il demande réellement aux jeunes chevaux.

À quatre ans, personne ne réclame piaffer, passage et poignée de main au jury.

On cherche autre chose.

« Les allures, la souplesse, la soumission, l’aptitude à évoluer », résume Francis Carlens.

Le pas, le trot et le galop sont observés, mais le jugement dépasse la simple mécanique.

Et Carlens insiste sur une évolution devenue centrale : la manière dont le cheval est présenté.

« On recherche vraiment de l’élasticité et de la souplesse, et une monte très correcte en respectant le bien-être animal. L’équitation a énormément changé ces dernières années. La manière de monter et de présenter une reprise aussi. »

À Gesves, cette philosophie possède même son trophée : le Prix de l’harmonie, remporté l’an dernier par Jérôme Schneider.

Prix de l'harmonie Jérôme Schneider

Le comportement du couple est observé pendant tout le week-end. Pas uniquement lorsque la cloche sonne et que les notes commencent à tomber.

« Le cavalier avec son cheval est jugé tout le week-end par les juges, par les stewards, et même par monsieur Tout-le-Monde. »

Une manière de rappeler qu’un championnat de jeunes chevaux n’est pas censé être un concours de celui qui obtiendra le plus vite le résultat d’un cheval de dix ans avec un cheval qui en a quatre.

À sept ans, évidemment, les exigences montent sérieusement.

Mais chaque chose en son temps.

C’est aussi cela, former.

Et puisqu’Aix est là, autant l’inviter

La concurrence des Mondiaux aurait pu être vécue comme une contrariété.

Gesves a choisi d’en faire une animation.

Samedi soir, un écran géant sera installé sur la grande piste pour retransmettre la Kür en musique d’Aix-la-Chapelle.

Manu Casais assume le clin d’œil.

Les Championnats du monde de dressage enlèvent quelques cavaliers et quelques spectateurs à Gesves ? Très bien. Alors Gesves regardera les Mondiaux ensemble.

« Les gens vont pouvoir soutenir nos Belges », explique l’organisateur.

Francis Carlens confirme l’idée : terminer les épreuves, sortir les chaises et basculer collectivement vers Aix.

Deux événements pour le prix d’un.

Et puisque l’entrée à Gesves reste gratuite, le calcul est rapidement fait.

Presque 750 chevaux, mais une seule grande piste

Reste évidemment le morceau principal.

Le jumping.

686 chevaux : 150 âgés de 4 ans, 250 de 5 ans et 286 de 6 ans, auxquels devaient encore s’ajouter les wild cards attribuées par les différents stud-books. Manu Casais évoque désormais « presque 750 chevaux » présents à l’obstacle.

Et tout ce petit monde passe par la piste principale.

Ce n’est pas un hasard.

Casais refuse de multiplier les pistes au risque de transformer la semaine en zapping permanent.

« Le but, c’est vraiment que tout le monde voie les chevaux de tout le monde. Je ne voudrais pas qu’il y ait des 4 ans en même temps que des 5 ans et qu’un éleveur se dise qu’on n’avait pas vu son cheval parce qu’il y avait les 5 ans sur l’autre piste. C’est quelque chose de vraiment important pour moi. »

C’est probablement l’une des forces les plus singulières de Gesves.

On vient concourir, évidemment. Mais on vient aussi regarder. Comparer. Repérer.

Discuter d’un cheval devant un café. Demander qui est la mère.

Prétendre qu’on l’avait déjà remarqué à trois ans.

Et, parfois, assurer cinq ans plus tard qu’on savait depuis le début qu’il irait au plus haut niveau.

Le grand classique de l’élevage.

Champ de Belgique jeunes chevaux Gesves

Le temps idéal des 5 ans ? Casais pas convaincu

Cette édition apporte toutefois un changement qui ne fait pas l’unanimité.

Chez les 5 ans, le système du temps idéal remplace le traditionnel dénouement au barrage.

Et Manu Casais ne cache pas sa réserve.

« Je suis un tout petit peu déçu par l’histoire du temps idéal. Je trouve ça dommage pour le sport, dommage pour le spectacle. »

L’organisateur ne ferme pas la discussion pour autant. Il préfère considérer 2026 comme une année d’essai, d’autant que le Championnat du monde des jeunes chevaux de Lanaken devrait suivre une logique comparable.

Puis viendra l’heure du bilan.

Mais sur le fond, Casais défend clairement le barrage occasionnel chez les 5 ans.

« Deux fois par an, faire une épreuve au barrage, je ne pense pas que ce soit quelque chose qui pose un problème dans l’éthique des 5 ans. On parle de dix ou quinze barragistes à Gesves et dix ou quinze à Lanaken. Ce ne sont pas les 650 qui sautent en Belgique. »

Et il pose une question assez simple :

Pourquoi ce qui serait problématique à cinq ans ne le serait-il plus à six ?

Le débat est ouvert.

Et pour une semaine consacrée à la formation des chevaux de demain, discuter de la manière dont on doit les faire concourir aujourd’hui n’est probablement pas une mauvaise chose.

Dimanche, on distribuera les titres. Et quelques rêves

Champ de Belgique jeunes chevaux Gesves Sacha Beghuin
(En 2025, c’était La Fée Sauvenière Z qui s’imposait avec Sacha Beghuin chez les six ans.)

Les chevaux de jumping doivent passer par deux qualificatives avant la grande finale de dimanche. Chez les 5 ans non qualifiés, une petite finale offrira encore une possibilité de se montrer samedi.

En dressage aussi, le week-end fera progressivement le tri. Les sept meilleurs de chaque première manche accèdent directement à la finale du dimanche, tandis que les autres passent par les petites finales du samedi, où trois tickets supplémentaires sont disponibles.

Et puis il y a les jeunes poneys, intégrés pour la deuxième année, avec des représentants chez les 4, 5 et 6 ans.

Gesves continue donc de grossir sans vraiment vouloir changer de philosophie.

Voir les chevaux.

Voir comment ils évoluent.

Voir comment ils sont montés.

Voir qui saute, qui trotte, qui produit et qui pourrait devenir quelqu’un.

Pendant ce temps, à Aix-la-Chapelle, les chevaux arrivés au bout du chemin jouent des médailles mondiales.

À Gesves, certains viennent à peine de prendre la route.

Rendez-vous dans quelques années pour savoir lesquels auront choisi la bonne sortie.

Champ de Belgique jeunes chevaux Gesves

Le programme de la semaine :

Lundi 10/08 :

Jumping : 9h 4-ans – 1°  qualificative

15h45 5-ans – 1° qualificative (1° partie)

Elevage : 9h : Foals obstacle mâles

13h : Foals obstacle femelles

Foals dressage

Mardi 11/08 :

Jumping : 8h 5-ans – 1° qualificative (2° partie)

15h15 6-ans – 1° qualificative (1° partie)

Elevage : 9h 2-ans – saut en liberté

14h 3-ans – saut en liberté

Mercredi 12/08 :

Jumping : 8h 6-ans – 1° qualificative (2° partie)

12h15 4-ans remise de prix STX 2026

13h30 4-ans – 2°  qualificative

Jeudi 13/08 :

Jumping : 9h 5-ans – 2° qualificative

vers midi remise de prix 5-ans STX 2026

Dressage : 9h 6-ans – 1° qualificative (poneys puis chevaux)

12h15 4-ans poneys – 1° qualificative

14h 4-ans – 1° qualificative

Soirée : 23h DJ Mksilva

Vendredi 14/08 :

Jumping : 9h 6-ans – 2° qualificative

vers midi remise de prix 6-ans STX 2026

Dressage : 9h 5-ans – 1° qualificative (chevaux puis poneys)

13h45 7-ans – 1° qualificative

Elevage : 18h30 Finale 3-ans + Medaille du Roi

Drink offert par Haras des Rosiers

Soirée : 23h DJ Jérémie Charlier

Samedi 15/08 :

Jumping : 8h 5-ans – Petite Finale 

14h 6-ans – Petite Finale 1° manche

16h 6-ans – Petite Finale 2° manche

Dressage : 9h 4-ans – 2° qualificative

13h40 7-ans – 2° qualificative

14h15 6-ans – 2° qualificative

15h15 5-ans – 2° qualificative

Soirée : 19h Diffusion GP Free Style Aix-la-Chapelle sur écran géant

23h DJ Jérémie Charlier

Dimanche 16/08 :

Jumping : 8h 4-ans – Finale 

12h 5-ans – Finale 

16h45 6-ans – Finale 

Dressage : 9h 6-ans – Finale 

11h 4-ans – Finale 

13h40 7-ans – Finale 

15h40 5-ans – Finale 

17h45 4-ans poneys – Finale 

18h10 5-ans poneys – Finale 

18h35 6-ans poneys – Finale 

Lieu : École Provinciale d’Élevage et d’Équitation, Rue du Haras 16 à 5340 Gesves.

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