À Avenches, les Belges ont laissé les Suédois faire le sale boulot

Publié par Sébastien Boulanger le 07/09/2026

Quatrièmes après la première manche, les Belges semblaient regarder la victoire d’un peu trop loin. Puis Roy van Beek, Katja Haep et Jeroen Appelen ont sorti trois parcours sans faute au meilleur moment. La Suède, longtemps en tête, avait encore le trophée au bout des doigts. Deux barres de Marcus Westergren plus tard, il prenait la direction de la Belgique. À Avenches, Filip Lacus et ses hommes remportent la finale 2026 des Longines EEF Series. Une victoire à la belge : pas forcément devant à l’entrée du dernier virage, mais bien là au moment de passer la ligne.

Douze points et toujours dans le coup

À la mi-temps, personne n’aurait forcément mis toutes ses économies sur les Belges.

Avec 12 points au compteur après la première manche, l’équipe de Filip Lacus occupait la quatrième place. Pas éliminée de la course au titre, certes. Mais avec une Suède installée aux commandes, il fallait commencer par régler ses propres problèmes avant d’espérer profiter de ceux des autres.

Alors la Belgique a fait ce qu’elle avait déjà plutôt bien fait tout au long de cette campagne EEF : elle est revenue.

Roy van Beek et Charleston-H, déjà membres de l’équipe victorieuse lors de la demi-finale de Peelbergen, ont remis les compteurs à zéro après leurs huit points du premier tour. Katja Haep et Romy FZ ont fait pareil. Puis Jeroen Appelen et King CJS ont eux aussi laissé toutes les barres sur les taquets.

Trois sans-faute. Trois.

Et soudain, les 12 points belges du premier tour n’étaient plus un boulet. Ils devenaient une cible à battre.

« Après la première manche, nous savions que la victoire était encore possible, mais il fallait bien monter dans la deuxième pour que cela arrive », expliquait Filip Lacus après la victoire.

Le chef d’équipe belge connaissait cependant l’équation : la Belgique avait fait son boulot, mais elle n’avait plus totalement son destin entre les mains.

Il fallait désormais que la Suède se rate.

Marcus Westergren avait les clés

C’est probablement la façon la plus inconfortable de regarder une finale : avoir terminé son travail et attendre qu’un autre décide de votre sort.

La Suède avait mené l’essentiel de la compétition et disposait encore d’une balle de match lorsque Marcus Westergren est entré en piste avec Airco de L’Esprit Z.

Le calcul avait le mérite d’être simple.

Sans-faute : la Suède gagnait.

Une barre : barrage contre la Belgique.

Deux barres : merci, au revoir, et bon retour vers Bruxelles avec la coupe.

Westergren et son étalon de 12 ans ont choisi, bien malgré eux, la troisième option. Deux fautes ont fait grimper le total suédois à 16 points. La Belgique, restée à 12, devenait championne.

Filip Lacus ne s’en est d’ailleurs pas caché : ses hommes étaient déjà prêts à repartir au barrage.

« Nous avions besoin de fautes de la Suède. Nous étions prêts pour le barrage, donc nous étions préparés, mais nous avons eu de la chance. »

De la chance, certainement.

Encore fallait-il être suffisamment près pour pouvoir en profiter.

Bourdeaud’Hui ne cherche pas d’excuse

Dans cette équipe belge, Mathieu Bourdeaud’Hui et Oscar the Homage avaient apporté un précieux sans-faute lors de la première manche.

Le deuxième passage fut moins propre. Deux fautes, huit points. Et une autocritique sans passer par le service communication.

« Au premier tour, il a très bien sauté. Dans le deuxième, j’ai essayé de faire la même chose, mais j’ai mal monté vers la rivière, puis également vers l’oxer avant la combinaison. Je ne peux rien dire sur mon cheval, seulement sur moi-même. C’est comme ça. On a gagné, alors il faut en profiter. »

Difficile de faire beaucoup plus limpide.

Oscar the Homage n’avait rien à se reprocher. Son cavalier, lui, savait où étaient passés les points. Et ses coéquipiers se sont chargés de les rendre indolores.

Car c’est aussi cela, une Coupe des nations : quatre cavaliers, des erreurs, des corrections et, parfois, quelqu’un pour effacer le coup de moins bien du voisin.

Lachat avait caché quelques mines

Il fallait de toute façon avoir les nerfs correctement attachés pour sortir deux parcours propres à Avenches.

Le parcours dessiné par Gérard Lachat a fait beaucoup plus de dégâts qu’il n’en avait peut-être l’air lors de la reconnaissance. Seuls deux couples ont réussi le double sans-faute : la Suédoise Amanda Landeblad avec Springfield 21 et le Français Cyril Bouvard avec Diva du Rozel.

La fin de parcours, notamment, s’est transformée en machine à broyer les ambitions. L’entrée dans la combinaison triple a posé de sérieux problèmes et participé à plusieurs éliminations.

La Suisse en a fait l’expérience immédiatement. Premier couple à entrer en piste, Adrian Schmid et Chicharito 11 ont été éliminés dans le triple.

Pour les champions en titre, à domicile, le scénario rêvé venait déjà de prendre un sérieux coup de sabot. Même la présence dans l’équipe de Steve Guerdat, fraîchement sacré champion du monde à Aix-la-Chapelle et associé à Hadj de Blinière, n’a pas permis aux Suisses de revenir. Ils terminent septièmes.

L’Italie a vécu une journée encore plus brutale. Les triples anciens vainqueurs étaient pourtant deuxièmes ex æquo à mi-parcours. Puis Roberto Previtali et Quirinus 27 ont été éliminés, tandis que Giuseppe Rolli et Eiffel de Hus se sont retirés. Basta cosi, ciao.

L’Autriche, championne de la série en 2023, a finalement récupéré la troisième place avec 20 points, à égalité avec les Pays-Bas mais devant au temps.

La Belgique n’a pas gagné Avenches par accident

On pourra évidemment raconter que les Suédois ont perdu cette finale sur les deux dernières barres de Westergren.

Ce serait vrai.

Mais ce serait surtout oublier tout ce qui s’est passé avant.

La Belgique avait remporté son étape qualificative de la Région Ouest à Lier. Elle avait ensuite gagné sa demi-finale à Peelbergen, où Roy van Beek et Charleston-H faisaient déjà partie de l’aventure. Et avant d’arriver en Suisse, les Belges avaient accumulé les podiums tout au long de la saison.

Avenches ressemble donc moins à un hold-up qu’à la dernière scène d’un scénario construit pendant plusieurs mois.

Le directeur de l’événement Edwin Smits a d’ailleurs insisté sur ce point en saluant le fonctionnement belge : sa filière d’élevage, la formation des cavaliers et surtout cette capacité à faire apparaître régulièrement de nouvelles combinaisons au niveau international.

C’est peut-être là que cette victoire devient plus intéressante qu’une simple ligne supplémentaire dans un palmarès.

Roy van Beek et Charleston-H avaient gagné à Peelbergen. Jeroen Appelen et King CJS avaient participé au succès de Lier. Katja Haep et Romy FZ ont répondu présent en finale. Mathieu Bourdeaud’Hui et Oscar the Homage ont apporté leur pierre.

Les noms changent.

La Belgique, elle, continue de gagner.

Filip Lacus et la profondeur belge

C’est probablement le vrai trophée caché derrière celui soulevé à Avenches.

La Belgique possède évidemment ses stars capables de gagner au plus haut niveau mondial. Mais elle dispose surtout d’une profondeur de banc que beaucoup peuvent lui envier. Les Longines EEF Series sont précisément pensées comme une passerelle vers les Coupes des nations du plus haut niveau, en donnant de l’expérience à de nouveaux cavaliers et de nouveaux chevaux.

Et dans cet exercice-là, les Belges semblent avoir parfaitement compris le mode d’emploi.

À Peelbergen déjà, la Belgique avait gagné sa demi-finale avec une équipe différente, comprenant notamment Koen Vereecke, Gudrun Patteet et Gilles Thomas aux côtés de Roy van Beek.

Deux mois plus tard, d’autres visages ont terminé le travail à Avenches.

Parfois, gagner une Coupe des nations consiste à sauter mieux que tout le monde. Parfois, il faut aussi savoir rester debout assez longtemps pour regarder les autres tomber.

À Avenches, la Belgique a fait les deux.

Retrouvez les résultats complets ici

(So Horse avec EEF Series Photos ©EEF Series)

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