Piergiorgio Bucci remet la main sur la montre, La Baule est dans la poche.

Publié par Sébastien Boulanger le 14/06/2026

Quinze jours après avoir retourné la Piazza di Siena pour l’inonder ensuite de ses larmes, Piergiorgio Bucci a remis ça. Cette fois à La Baule, dans la grande messe dominicale du Rolex Grand Prix, au bout d’un barrage où il ne fallait pas seulement aller vite, mais aussi avoir le bon cheval, la bonne main gauche et la bonne dose d’insolence. Résultat : l’Italien s’offre un nouveau Grand Prix 5*, son deuxième des Rolex Series en 2026. Dommage, vraiment, qu’il n’existe toujours pas de classement général. À ce rythme-là, “PG” serait déjà en train de choisir la couleur du brassard de leader.

Six élus pour une dernière danse

Ils étaient quarante-cinq au départ de ce Grand Prix à 1,60 m, lancé sous une chaleur lourde comme un dimanche de vérité. Dans les tribunes du stade François-André, il ne restait plus une place, plus une ombre, presque plus un souffle. Sur la piste, Grégory Bodo avait dessiné un parcours tournant, allant, jamais piégeux pour le plaisir de piéger, mais suffisamment exigeant pour faire le tri entre les ambitieux, les précis et les très grands jours.

Six seulement ont trouvé la clé.

Martin Fuchs, d’abord, avec Conner Jei. Un cheval qui, cette saison, se sent dans l’Hexagone comme dans son box : quatre Grands Prix en France, une victoire, trois deuxièmes places. L’adresse commence à être connue.

Julien Épaillard, ensuite, avec Fringan de Vesquerie, venu chercher de nouvelles réponses après une semaine déjà riche.

Pieter Devos aussi, décidément très convaincant avec Casual DV Z, double sans-faute dans la Coupe des Nations et encore au rendez-vous le dimanche.

Puis Gilles Thomas, heureux de retrouver Ermitage Kalone dans un état nettement plus conforme à son standing.

Deux Belges dans la dernière danse, rejoints par deux Irlandais : Bertram Allen, qui rappelle qu’il peut encore regarder les meilleurs dans les yeux, et Cian O’Connor, qui pousse de plus en plus Chatolinue PS dans la direction d’Aix-la-Chapelle.

Et puis, en best friend du bouquet final, Piergiorgio Bucci. L’homme qui marche sur l’eau, mais garde les bottes bien calées dans ses étriers.

Fuchs plante le décor, Bucci démonte le décor

Premier à s’élancer au barrage, Martin Fuchs n’a pas fait semblant. Le Suisse a sorti le tracé de celui qui sait qu’il ne bénéficiera d’aucune information, mais qui entend quand même mettre les suivants dans le rouge. Conner Jei a déroulé, Fuchs a serré, et le chrono est tombé : 41’’03.

Une vraie pique. Bien plantée.

Derrière, tout le monde a compris le message. Julien Épaillard a ajusté le casque, serré les jambes et lancé Fringan de Vesquerie dans son style maison : plein gaz, mais propre dans l’idée. Le chrono était canon, 38’’78, mais une barre est tombée dans la combinaison. Le Français l’a assumé ensuite : il avait vu Fuchs sur l’écran, il avait eu l’impression de ne pouvoir “perdre de temps nulle part”. Peut-être fallait-il remettre une foulée. Peut-être. Mais avec Épaillard, l’expérience se gagne rarement en roulant au pas.

Pieter Devos, lui, s’est peut-être mis la pression tout seul. Le relâchement de la première manche a disparu, Casual DV Z a moins respiré, et les huit points ont envoyé le Belge à la dernière place des barragistes. Rien qui efface sa semaine, loin de là. Le couple a encore marqué des points dans les têtes.

Gilles Thomas n’a pas monté comme un homme venu jouer le chrono de sa vie, et ce n’était pas forcément le sujet. Avec Ermitage Kalone, l’essentiel était ailleurs : continuer à remettre l’étalon sur les rails du très haut niveau. Une faute, oui. Mais une impression bien plus positive que lors de sa sortie d’Aix-la-Chapelle quelques semaines plus tôt. Dans la perspective de l’été, ce n’est pas un détail.

Côté irlandais, quatre points chacun pour Bertram Allen et Cian O’Connor. Rien de flamboyant, mais des enseignements. Et des enseignements plutôt positifs.

Restait Bucci.

“Je ne peux pas aller pour perdre”

L’Italien est entré en piste dans une situation simple : Martin Fuchs était toujours le seul sans-faute du barrage. Il pouvait assurer, rentrer deuxième, sourire, remercier tout le monde et repartir avec une belle journée. Sauf que Rome avait changé quelque chose.

Quand je suis entré en piste, quelqu’un m’a dit que la deuxième place était assurée si j’étais sans faute. Mais je ne pouvais pas y aller pour perdre. J’ai un cheval qui peut gagner”, explique « PG ».

Et surtout, ce barrage ressemblait à une invitation personnelle pour Hantano. Deux virages importants à gauche, la main forte du cheval. Le genre de détail qui transforme un barrage en terrain de jeu. Son style reste atypique, presque singulier.l. Bucci le sait mieux que personne : Hantano n’est pas celui qui pardonne tout. Il essaye toujours, mais il demande au cavalier de tomber juste.

Dimanche, Bucci est tombé juste partout.

Les difficultés se sont effacées les unes après les autres. Le stade a commencé à comprendre. La cellule a tranché : 40’’61. Plus vite que Fuchs. Sans faute. Grazie mille, ciao a tutti.

Rome a libéré Bucci, La Baule l’a confirmé

Piergiorgio Bucci n’a pas cherché à faire de grandes phrases. Pas besoin. “Je n’ai pas vraiment beaucoup de paroles pour expliquer. J’ai des chevaux fantastiques”, lâche t’il après sa victoire. Quinze jours plus tôt, il avait gagné Rome, le concours de chez lui, celui qu’on regarde enfant avant de rêver d’y entrer un jour par la grande porte. Depuis, tout semble plus léger.

Rome, c’était incroyable. C’est le concours de chez nous, celui qu’on aime depuis petit. Après ça, j’étais un peu plus libre pour monter. Je me suis dit : j’essaye, et si ça ne marche pas, j’ai quand même gagné Rome.

Sauf que ça marche. Encore. Et fort.

Bucci parle de chevaux en forme incroyable, de propriétaires incroyables, de cette pression qu’il se met presque volontairement parce qu’il sent que le moment est là. “C’est le moment de gagner le plus possible”, dit-il. Il estime vivre la meilleure saison de sa carrière : troisième Grand Prix 5* remporté cette année, cinquième Grand Prix au total.

ne veut pas trop repenser aux années plus dures, celles où les chevaux manquaient, où tout semblait plus compliqué. Mais il reconnaît que ce bagage l’a rendu “plus fort” et “plus sage”. Ce dimanche, il avait surtout l’air plus libre que tout le monde.

Aix dans un coin de la tête

Forcément, avec deux monuments déjà dans la poche, la question d’Aix-la-Chapelle arrive vite. Bucci ne s’emballe pas. Il sait ce que son cheval peut faire, mais il sait aussi ce qu’il demande. “Si je donne mon mieux, si je fais tout bien, il peut faire que du sans-faute”, résume-t-il. Une phrase simple, presque froide, mais qui dit tout du très haut niveau : le talent, oui, mais sans marge de travers.

À La Baule, Julien Épaillard a lui aussi trouvé des réponses pour l’été. Fringan de Vesquerie a tenu toute la semaine, entre Coupe des Nations et Grand Prix. Une barre au barrage, mais un cheval qui confirme. “J’en ai appris énormément sur lui cette semaine, et ça laisse présager de bonnes choses pour le futur, notamment dans deux mois”, a glissé le Français.

Martin Fuchs, lui, a eu besoin de dix minutes pour digérer. “Les premières minutes, j’étais très frustré”, a reconnu le Suisse, encore deuxième après l’avoir déjà été dans le Derby la veille. Puis la lucidité est revenue. “Piergiorgio était juste meilleur que nous aujourd’hui. Il a fait un super barrage. C’est lui le vrai vainqueur de cette journée.

Difficile de mieux résumer.

Piergiorgio Bucci est arrivé à La Baule avec Rome dans la poche. Il en repart avec une nouvelle Rolex au poignet, une nouvelle ligne sur son année folle, et une blague de plus : son magasin Rolex, il l’ouvrira “dans le centre de Rome”.

À ce rythme-là, il va surtout devoir penser à agrandir la vitrine.

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