Heatwave: when the thermometer won the weekend’s Grand Prix

Publié par Sébastien Boulanger le 25/06/2026

Les pistes étaient hersées. Les obstacles étaient montés. Les reprises étaient prêtes à être déroulées. Les bénévoles avaient posé leurs congés, les food trucks réservé leur emplacement et les cavaliers allaient charger les camions. Puis le thermomètre a décidé qu’il serait la véritable vedette du week-end.

En Belgique comme dans plusieurs pays d’Europe, les compétitions équestres sont tombées les unes après les autres, victimes d’une vague de chaleur exceptionnelle. Derrière ces annulations, il y a bien plus que des dates rayées d’un calendrier : des mois de préparation, des centaines de bénévoles, des milliers d’euros investis… et surtout une discipline qui commence à comprendre que le changement climatique n’est plus un sujet de colloque. Il est désormais inscrit au programme des épreuves.

Le premier qui freine passe toujours pour le pessimiste

À Baudour, Christopher Antons n’a pas attendu que le mercure explose.

L’organisateur de l’étape du Classic Tour au Louchier (finalement reportée du 31 juillet au 2 août) prend sa décision dès ce lundi matin.

« Pour moi, ce n’était pas une décision difficile. Le plus important, c’est que les chevaux soient bien, que les cavaliers soient bien et que tous les bénévoles soient bien. »

(Pas de remise de prix ce week-end à Baudour…Il faudra attendre la fin du mois de juillet. ©Le Louchier/Photo Evenement)

À ce moment-là pourtant, il fait presque figure d’ovni. Les autres organisateurs observent encore les prévisions. Les cavaliers espèrent un miracle. Le téléphone chauffe autant que le bitume.

« Beaucoup de personnes m’ont appelé pour demander si c’était vraiment nécessaire. On était parmi les premiers à annuler »

Puis le mercure continue son ascension. Les prévisions deviennent de plus en plus inquiétantes.

Les annulations se succèdent.

Et ceux qui trouvaient la décision prématurée rappellent quelques jours plus tard.

« Les ligues ont suivi rapidement face à l’évolution des prévisions. Le choix ne s’est plus posé. Tout le monde disait finalement : « Top, vous avez pris la bonne décision. » »

Dans le fond, personne n’avait envie d’être celui qui annule. Mais tout le monde savait pourquoi il fallait le faire.

Le cheval ne sait pas dans quel niveau il saute

Une autre question revient pourtant dans presque toutes les conversations.

Pourquoi certains concours internationaux continuent-ils alors que les compétitions nationales et communautaires étaient supprimées ?

Christopher Antons ne cache pas son incompréhension.

« Je pense que tout le monde devrait se mettre d’accord pour le bien-être du cheval. Je ne vois pas ce qui est différent entre un concours international et un concours régional ou national. Est-ce que la température est moins élevée pour eux ? Je ne pense pas. »

La phrase résume parfaitement le malaise.

Le cheval, lui, ne connaît ni les étoiles d’un CSI ni le montant de la dotation. Il connaît juste la chaleur. Et est-ce qu’avancer des épreuve à 5h30 du matin a du sens?

Les cavaliers perdent un concours. Les organisateurs perdent parfois une année de préparation.

Derrière chaque publication annonçant une annulation, il y a des dizaines d’heures invisibles.

Au Centre équestre du Ry de Lize, à Marchin, Pauline Monsée devait organiser un concours complet communautaire.

Une organisation préparée depuis… un an.

©Complet de Marchin

« C’était au calendrier depuis une année. Il y a eu beaucoup d’interrogations. D’abord le bien-être du cheval, évidemment, qui est une priorité. Et c’est pourquoi cette décision a finalement été prise. »

Mais le bien-être du cheval n’efface pas tout le reste.

Parce qu’un concours complet ne s’improvise pas.

La semaine précédant l’événement, le centre tourne entièrement au ralenti.

Les cours sont suspendus. Les bénévoles ont déjà ressorti les débroussailleuses, les tracteurs tournent depuis plusieurs jours, les rubalises délimitent déjà le cross.

Les familles travaillent jusque tard.

« La semaine avant un concours complet de ce niveau-là, on ne donne plus de leçons parce qu’on ne sait pas être au four et au moulin. C’est aussi un manque à gagner. »

Puis il y a tout ce qui est déjà construit. Les parcours. La signalisation. Les boxes. L’administratif. Les heures passées.

©Complet de Marchin

« Sept jours avant un événement, beaucoup de choses sont déjà faites. C’est tout le travail de notre famille et de nos bénévoles qui tombe à l’eau. »

Et ça, le public ne le voit jamais.

Il voit une carrière vide.

Il ne voit pas les dizaines de soirées passées à débroussailler un cross, monter des boxes, appeler les bénévoles ou refaire un planning pour la cinquième fois.

Au Thiers du Mont, les premiers déçus ont parfois dix ans

À quelques dizaines de kilomètres de là, le Centre équestre du Thiers du Mont (club du GHS) devait accueillir un concours communautaire de dressage.

Là encore, la décision est prise avec le cœur lourd.

« Oui, c’est avec la mort dans l’âme. Mais Cindy Dehez pense d’abord à ceux qui devaient entrer en piste.

« Personnellement, ça ne m’impacte pas tant que ça. Je suis surtout très déçue pour les cavaliers. »

(Les cavaliers du GHS devront patienter quelques semaines encore. ©GHS)

Parce que le dressage communautaire ne déborde déjà pas de dates.

« La saison est difficile cette année. Les cavaliers de dressage n’ont vraiment pas beaucoup de compétitions. Ça fait encore une en moins. »

Et puis il y a ces petits détails qui n’en sont pas.

Les enfants. Les premières fois. Les familles.

« J’ai des petits cavaliers qui voulaient faire leur premier concours. On espère que sera juste reporté. Sinon, ce sera l’année prochaine. »

Ce sont ces histoires-là que les communiqués officiels ne mentionnent pas.

On avait tout essayé

Les trois organisateurs racontent finalement la même histoire. Ils ont cherché une solution.

Ils ont retourné le problème dans tous les sens. Commencer plus tôt. Multiplier les pistes.

Réduire les horaires.

Cindy Dehez y a même cru un moment.

« J‘espérais commencer à sept heures du matin. J’étais prête à faire deux pistes en parallèle pour terminer à midi. »

Puis les températures annoncées ont continué d’augmenter.

« Même tôt le matin, il fait déjà beaucoup trop chaud. »

Au Ry de Lize, Pauline Monsée rappelle que le concours complet ajoute une difficulté supplémentaire

« En concours complet, il y a trois épreuves. Le problème, ce n’est pas seulement l’épreuve elle-même. Il y a déjà le transport du cheval, le camion où il fait très chaud, puis toute l’attente sur place au soleil. » (Voir notre dossier sur la réglementation en matière de transport en période de forte chaleur ici)

Autrement dit, même avec des brumisateurs, des points d’eau et toutes les bonnes volontés du monde, certains paramètres échappent complètement aux organisateurs.

Les palettes d’eau, le food truck… et les bénévoles

Annuler une compétition ne signifie pas seulement prévenir les cavaliers.

C’est aussi arrêter toute une mécanique.

À Baudour, Christopher Antons s’en sort plutôt bien.

La décision est tombée suffisamment tôt.

« Comme j’ai décidé lundi, c’était avant de faire les courses. »

Les brumisateurs, les grands bacs d’eau et les points de rafraîchissement serviront quelques semaines plus tard. La semaine prochaine est prévu un national, la Coupe de Belgique de dressage YH et puis la semaine d’après toujours du dressage mais pour Ibériques.

À Thiers du Mont aussi, le timing limite les dégâts.

Le food truck est simplement annulé.

« La personne du food truck a été très aimable. Elle ne vient pas et ne m’a rien demandé en dédommagement. »

Même scénario pour les boissons.

« J’étais justement en train de faire la commande. J’ai tout arrêté quand j’ai pris la décision. »

En revanche, les lots attendent toujours leurs vainqueurs.

« Les sponsors avaient été très généreux. Il faut maintenant retrouver une date pour pouvoir remettre tous ces prix. »

Au Ry de Lize, nourriture et boissons ne seront pas perdues. Les stages d’été permettront d’utiliser les stocks. Mais le plus difficile n’est pas là.

Le plus difficile, c’est tout ce qui ne se chiffre pas. Les soirées passées à préparer. Les journées de congé posées. Les bénévoles.

(L’obstacle d’eau aurait fait du bien ce week-end au complet de Marchin.)

Le casse-tête du report

Annuler est déjà compliqué. Reporter l’est souvent davantage.

Baudour a trouvé une fenêtre à la fin du mois de juillet grâce à l’annulation d’un autre concours dans la région, l’inter de Ghlin.

Au Thiers du Mont, Cindy Dehez cherche encore. Le 13 septembre est une piste.

Mais une finale d’obstacles est programmée le même week-end.

« Plusieurs cavaliers font les deux disciplines. Ils devront choisir. Ce n’est pas l’idéal.»

À Marchin, Pauline Monsée a finalement trouvé une solution.

Le concours complet est reprogrammé… les 10 et 11 octobre. Autant dire à la toute fin de saison.

Les cavaliers ont finalement dit merci

Paradoxalement, ceux qui auraient pu être les plus déçus ont souvent accueilli les décisions avec soulagement.

Au Ry de Lize, Pauline Monsée raconte.

« Franchement, ils ont été quasiment unanimement très contents de la décision par rapport au bien-être de leur cheval. Et puis, si eux décident de ne pas venir, ils ne sont pas remboursés. Ici, la compétition est reportée. Ils seront remboursés et pourront se réinscrire. »

La décision collective a donc aussi évité aux cavaliers de devoir choisir seuls entre leur portefeuille et leur cheval.

Le vrai sujet commence maintenant

La vraie question n’est peut-être plus celle de ce week-end.

Elle concerne les dix prochains étés.

Christopher Antons réfléchit déjà à avancer les horaires, instaurer de longues pauses ou adapter les règlements. Mais reste le fond. L’évolution à moyen et long terme.

Cindy Dehez va, elle aussi, plus loin.

« On se rend compte que cette situation va être de plus en plus fréquente. Il faut réfléchir à la manière dont on va continuer à travailler et à organiser des compétitions. »

Elle confie même qu’elle s’interroge sur l’avenir de son propre centre équestre.

« Je me demande parfois s’il faut encore agrandir mon centre équestre. Je crois qu’on ne se rend pas compte de l’évolution. Ça fait un peu peur. »

Même constat chez Pauline Monsée.

« Avec une météo de plus en plus chaude, je pense que ça va devenir de plus en plus fréquent. Oui, ce sera quelque chose auquel on va devoir réfléchir. »

Le problème, c’est que le calendrier est déjà saturé.

Changer les dates paraît simple. Trouver une date libre, beaucoup moins. Et pour tous le problème est ailleurs, plus global. Une prise de conscience que beaucoup espèrent voir percoler vers ceux qui ont le pouvoir de prendre les décisions pour de vrais changements. Faut-il encore en avoir le courage.

Cindy Dehez réfléchit tout haut: « Des décisions fortes ont été prises à l’époque du Covid. Alors pourquoi pas en matière de climat? »

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