Richard Vogel, semaine sans fin et victoire sans faute

Publié par Sébastien Boulanger le 30/08/2026

Richard Vogel, semaine sans fin et victoire sans faute

Pendant un bon moment, la vraie question du Grand Prix Rolex 5* de Bruxelles n’était même plus de savoir qui allait gagner. C’était de savoir si quelqu’un allait réussir à sortir sans faute. Puis cinq couples ont finalement trouvé le mode d’emploi du casse-tête signé Grégory Bodo. Deux seulement ont survécu à la deuxième manche sans toucher une barre : Eduardo Pereira de Menezes et Richard Vogel. Et comme l’Allemand semble actuellement avoir décidé que les semaines normales étaient réservées aux autres, il a claqué 42’’34 pour s’offrir Bruxelles, sept jours après l’or mondial par équipes à Aix-la-Chapelle. Prochain arrêt : Calgary et le Rolex Grand Slam. Tranquille.

Mais qui va bien pouvoir sortir sans faute ?

Pendant quelques minutes, on s’est sérieusement posé la question.

Pas « qui va gagner ? ». Ça, c’était pour plus tard.

La question était beaucoup plus basique : est-ce que quelqu’un va réussir à terminer ce foutu parcours avec toutes les barres sur les taquets ?

Parce que le Grand Prix Rolex des Brussels Stephex Masters perché à 1m60 et garni de 500000€ avait décidé de ne faire aucun cadeau.

Sur la Grand Place Arena, le parcours dessiné par Grégory Bodo ne ressemblait pourtant pas à un monstre quand les cavaliers l’avaient parcouru à pied. Pas de ligne qui donnait immédiatement envie d’appeler son assureur. Pas de combinaison devant laquelle cinquante cavaliers faisaient la grimace pendant la reconnaissance.

C’était plus vicieux que ça.

« Quand on marche les parcours de Grégory, ça semble toujours très faisable », expliquera Richard Vogel après coup.

Voilà précisément le piège.

Car une fois à cheval, le parcours s’est mis à distribuer les fautes comme des flyers à la sortie de la gare du midi.

Une barre ici. Une autre là. Des favoris qui rentrent avec quatre points. Puis huit. Et le compteur des sans-faute qui refuse obstinément de démarrer.

Bodo avait notamment placé sa deuxième combinaison à proximité d’un cube attirant l’œil des chevaux. Pas spectaculaire. Juste suffisamment malin pour leur faire penser à autre chose au pire moment.

Brussels Stephex Masters Guery

Vogel le reconnaîtra : le chef de piste français avait parfaitement joué son coup.

Et puis, finalement, ils sont arrivés.

Un. Deux. Trois. Quatre. Cinq sans-faute.

Parfait.

Pas un de plus.

Un vrai Grand Prix cinq étoiles : difficile sans devenir punitif, sélectif sans transformer l’affaire en concours de survie. Les douze meilleurs devaient revenir pour la seconde manche. Et avec seulement cinq zéros au tableau, même ceux qui avaient laissé une barre au sol pouvaient encore regarder le classement sans pleurer.

Daniel Deusser, par exemple.

Deusser avait une barre. Donc plus rien à perdre

With Pepita van’t Meulenhof, Daniel Deusser avait laissé une barre en route lors du premier passage.

Le genre de faute qui, dans beaucoup de Grands Prix, signifie : merci, bonne soirée, les vestiaires sont au fond à gauche.

Pas ce dimanche.

Brussels Stephex Masters Daniel Deusser

Huitième avant la seconde manche, l’autre champion du monde par équipes savait exactement ce qu’il lui restait à faire : arrêter de calculer.

« Il y avait sept cavaliers derrière moi, dont certains avec un point de temps ou sans faute. Donc je devais tenter tout ce qui était possible. »

Traduction : volle gaz.

Dès le premier obstacle, Deusser est allé chercher les distances. Pepita a suivi. La jument de onze ans n’a rien touché et son cavalier a arrêté le chrono en 43’’01.

À partir de là, Daniel n’avait plus qu’une stratégie disponible : attendre sur le bord de la piste et espérer que les autres fassent moins bien.

Ce qui est une manière particulièrement sophistiquée de dire : espérer que les autres fassent des barres.

Et ils en ont fait.

Assez pour propulser Deusser jusqu’à la troisième place.

Mais pas tous.

Daniel Deusser

À la fin, il n’en restait plus que deux

Ils étaient cinq sans-faute après le premier acte.

Après le second, ils n’étaient plus que deux.

Eduardo Pereira de Menezes and Richard Vogel.

Le Brésilien, avant-dernier à partir, savait qu’il n’y avait plus vraiment de raison de garder quoi que ce soit dans le réservoir. Alors il a tout posé sur la table avec H5 Londontime.

Les risques. Les virages. Le galop.

Et surtout, les barres sont restées en place.

42’’85. Double sans-faute.

Dans les tribunes, la famille Menezes pouvait exploser.

Le Brésilien avait d’ailleurs déjà prévenu qu’il n’était pas venu à Bruxelles pour faire du tourisme. Absent des Championnats du monde d’Aix-la-Chapelle, il avait fait des Stephex Masters l’un des gros objectifs de son calendrier. Il était passé par le CSI5* de Londres avant de rejoindre Wolvertem et avait même commencé sa semaine belge en remportant la grosse épreuve du jeudi avec H5 Knockando (lire notre article here).

Bref, il était chaud.

Et à 42’’85 avec deux parcours sans faute dans un Grand Prix où, une heure plus tôt, on se demandait si quelqu’un allait seulement réussir à en faire un, Menezes avait largement de quoi commencer à rêver au trophée.

Petit problème.

Il restait un cavalier.

Richard Vogel. Évidemment.

Richard Vogel est actuellement ce pote insupportable qui réussit tout

Il faut quand même remettre les choses dans l’ordre.

La semaine précédente, Richard Vogel était à Aix-la-Chapelle.

Pas pour visiter la cathédrale.

With United Touch S, il participait aux Championnats du monde et repartait avec l’or par équipes pour l’Allemagne, aux côtés notamment de Daniel Deusser. Un peu moins dominant en individuel. Ah, quand même.

Une semaine plus tard, le voilà à Bruxelles.

Et apparemment toujours aucune envie de se reposer.

Brussels Stephex Masters Richard Vogel

Gangster Montdesir, lui, avait justement été gardé frais pour l’occasion. Pendant que Vogel se battait pour le titre mondial à Aix, le fils de Kannan âgé de dix ans était resté à la maison sous la responsabilité de son équipe.

Vogel ne l’avait remonté que lundi et mardi avant de prendre la route de Bruxelles.

Le plan était limpide : Gangster, c’est pour Stephex.

Good call.

Vendredi, le couple avait déjà terminé troisième de la qualificative à 1,55 m.

Brussels Stephex Masters Richard Vogel

Dimanche, il restait à terminer le boulot.

Et quand Vogel entre en piste en dernier avec les 42’’85 de Menezes affichés quelque part dans sa tête, il ne reste plus beaucoup de questions.

Il faut aller vite. Très vite.

Sans toucher. 42’’34.

Cinquante et un centièmes.

C’est tout. C’est énorme.

Richard Vogel vient de gagner le Rolex Grand Prix des Brussels Stephex Masters.

Brussels Stephex Masters Richard Vogel

Trois podiums. Il commençait à être temps.

Le plus amusant dans l’histoire, c’est que Vogel avait déjà passé une partie de sa saison à squatter les podiums de la Rolex Series.

Mais toujours avec quelqu’un devant.

Troisième à Wellington avec Gangster Montdesir.

Troisième à Rome avec Cloudio.

Deuxième à Falsterbo, encore avec Cloudio.

Trois podiums dans la Rolex Series cette saison. Zéro victoire.

Alors pour la dernière étape de la saison 2026, Richard a visiblement estimé que la plaisanterie avait suffisamment duré.

Première marche.

Merci.

Brussels Stephex Masters Gangster Montdesir

Et il fallait bien Gangster Montdesir pour ça.

L’étalon de dix ans par Kannan, avec Cornet Obolensky côté maternel, avait été spécifiquement préservé pour Bruxelles. Toute sa préparation avait été assurée par l’équipe de Vogel pendant que le patron était occupé à devenir champion du monde par équipes.

Au moment de recevoir les applaudissements, l’Allemand n’a d’ailleurs pas oublié les gens restés derrière le rideau.

« Cette victoire est aussi la leur. »

Vogel insiste : sans son équipe, impossible d’arriver à Bruxelles avec Gangster dans cet état de fraîcheur et de préparation.

Et il a tenu à rappeler combien il trouvait mérité de voir les grooms monter eux aussi sur le podium.

Parce qu’entre deux photos de cavaliers qui soulèvent des montres et des trophées, il y a aussi quelques personnes qui bossent 24 heures sur 24 avec les chevaux.

Détail. Pas vraiment.

Brussels Stephex Masters Richard Vogel

Bruxelles ? Des vacances.

Reste une question.

Après une semaine de Championnats du monde à Aix-la-Chapelle, avec toute la pression, la tension et l’énergie que ça suppose, Richard Vogel et Daniel Deusser n’avaient-ils pas envie de faire autre chose ?

Dormir, par exemple. Voir leur famille. Regarder Netflix.

Faire absolument n’importe quoi qui n’implique pas de reconnaître un parcours à 1,60 m.

La réponse de Vogel est magnifique :

« Les Brussels Stephex Masters, ce sont des vacances. »

Pardon ?

Un journaliste insiste. Parce qu’une personne normalement constituée pourrait éventuellement ressentir le besoin de récupérer après des Mondiaux.

Daniel Deusser intervient.

« C’est ça la différence. Nous, les cavaliers, on n’est pas des gens normaux. »

That’s it.

Le dossier médical peut être refermé.

Delestre, pas vraiment venu faire de la figuration

Juste derrière le podium, il y a aussi un Français qui a passé une semaine plutôt correcte en Belgique.

Simon Delestre termine quatrième du Rolex Grand Prix with Gatsby du Tillard. Sans-faute dans cette première manche où les zéros se comptaient sur les doigts d’une main, le Français pouvait encore regarder Vogel, Menezes et les autres droit dans les yeux au moment de revenir pour le deuxième acte.

Une barre viendra finalement lui rappeler que Grégory Bodo n’avait pas prévu de distribuer les doubles sans-faute comme des bracelets à l’entrée.

Quatrième, donc. Mais pas reparti les mains vides.

Parce qu’à force de traîner dans les bons coups toute la semaine, Delestre décroche également le titre de Best Rider du CSI5* des Brussels Stephex Masters. Avec, en cadeau, l’usage d’un camion Stephex deux chevaux pendant un an.

Pas exactement la Rolex.

Mais toujours plus pratique pour rentrer à la maison.

Vernaet, le premier qui fait mal

Pour les Belges, l’espoir s’appelait Frederic Vernaet.

With Orak d’Hamwyck, le cavalier belge était le seul représentant du plat pays à avoir réussi à intégrer les douze de la seconde manche.

Brussels Stephex Masters Richard Vogel

Et surtout, il faisait partie des fameux cinq.

Sans faute au premier tour.

De quoi commencer à entendre la Grand Place Arena respirer un peu plus fort.

Orak avait en plus passé toute sa semaine à envoyer des signaux plutôt clairs. Très bon dès le début du concours, cinquième de l’épreuve à 1,55 m avec un double sans-faute, le fils de Tobago Z arrivait au Grand Prix avec un petit papier sous la selle sur lequel on pouvait lire : aujourd’hui, il y a peut-être quelque chose à faire.

Il y avait.

Jusqu’au numéro un de la seconde manche.

Une barre.

La pire, presque.

Celle qui tombe avant même que l’histoire ait vraiment commencé.

« Ça fait vraiment mal. Orak méritait de rester sans faute », reconnaîtra Vernaet.

Mais il retiendra aussi « l’un des moments forts » de son été.

Les deux sentiments peuvent parfaitement cohabiter.

C’est même probablement la définition du saut d’obstacles.

Et maintenant, évidemment, Calgary

On pourrait s’arrêter là.

Champion du monde par équipes un week-end.

Vainqueur d’un Rolex Grand Prix le suivant.

Ce serait déjà une quinzaine raisonnablement productive pour le commun des mortels.

Sauf que Richard Vogel a encore un avion à prendre.

Direction Calgary, où l’attend Spruce Meadows.

Et cette fois, le sujet devient franchement sérieux.

Car Vogel n’y débarquera pas simplement comme le type en forme du moment. Il arrivera au Canada avec le Rolex Grand Slam of Show Jumping en ligne de mire, après ses victoires dans les Majors de ’s-Hertogenbosch et d’Aix-la-Chapelle avec United Touch S.

Brussels Stephex Masters Richard Vogel

Bruxelles appartient à la Rolex Series, pas au circuit du Grand Slam. Mais question confiance, difficile de trouver meilleur échauffement.

En quelques semaines, Vogel a donc empilé les podiums Rolex, décroché l’or mondial par équipes et remporté Bruxelles. On appelle généralement ça être en forme.

Là, c’est un peu court.

Richard Vogel est dans le good flow.

Et pour l’instant, personne n’a trouvé le robinet.

Brussels Stephex Masters Richard Vogel

Retrouvez les résultats complets du Grand Prix Rolex 5* de Bruxelles here

Brussels Stephex Masters Richard Vogel

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