Louise Ameeuw à Aix : 20 ans, Kaliber et des étoiles plein les yeux

Publié par Sébastien Boulanger le 21/08/2026

À 20 ans, Louise Ameeuw vient de découvrir un endroit qu’elle connaissait pourtant déjà par cœur : Aix-la-Chapelle. Spectatrice depuis l’enfance, la Belge y est cette fois entrée par la grande porte, en selle sur Kaliber, quelques semaines après avoir décroché le bronze européen par équipes chez les Young Riders à Hagen. Pour sa première sélection dans la Mecque allemande, elle avait décidé d’ouvrir grand les yeux. Mais pas au point d’oublier de monter : pour sa première apparition sur cette piste mythique, elle est sortie sans faute.

Il y a les concours où l’on regarde la hauteur des obstacles, le chronomètre et la feuille de résultats. Et puis il y a Aix-la-Chapelle.

Aix, quoi.

Celui que les cavaliers prononcent avec cette petite demi-seconde de silence supplémentaire. Celui où l’on vient gamin pour regarder les grands, où l’on photographie la piste, où l’on imagine vaguement qu’un jour, peut-être… Bref, le genre d’endroit où le rêve précède très largement la convocation.

Pour Louise Ameeuw, ce rêve a commencé à six ans. Depuis, elle est revenue chaque année. Mais cette semaine, le billet d’entrée n’était plus le même. Plus question de rester derrière la barrière : à tout juste 20 ans, la Belge a été sélectionnée pour participer aux épreuves Young Riders organisées en marge des Championnats du monde.

Et forcément, au moment de sortir de piste, il y a des émotions qui débordent un peu du dictionnaire.

« C’est un rêve, vraiment. Un rêve devenu réalité. Mon rêve d’enfant. Je suis venue ici tous les ans depuis que j’ai six ans. Je pense qu’on ne sait pas décrire. C’était dingue, magique. Je n’ai pas de mots. »

Des années à regarder cette piste depuis les tribunes, quelques minutes pour la découvrir entre les oreilles de Kaliber. Cette fois, Louise n’était plus venue voir Aix-la-Chapelle. Elle était venue le monter.

Et tant qu’à faire, elle l’a fait sans toucher une barre.

De Hagen à Aix, avec un bronze dans les bagages

L’invitation n’est évidemment pas tombée du ciel.

Quelques semaines plus tôt, Louise et Kaliber participaient aux Championnats d’Europe Young Riders de Hagen sous les couleurs belges. Un championnat conclu par une médaille de bronze collective pour la Belgique.

La sélection pour Aix a suivi. Avec un parfum de bonus de fin d’été particulièrement savoureux.

« J’ai eu beaucoup de chance d’avoir été sélectionnée par la Fédération et Filip Lacus, que je remercie énormément de me donner cette chance après les résultats des Championnats d’Europe. C’est grâce à eux que je suis ici », explique-t-elle.

Quand la nouvelle est tombée, la cavalière professionnelle a momentanément laissé place à la gamine qui venait ici depuis ses six ans.

« J’étais d’abord tellement heureuse. Je pense que pendant toute la journée, j’ai sauté de joie. Je l’ai dit à tout le monde que je connaissais. »

Une méthode de communication assez rudimentaire, certes. Mais terriblement efficace.

Puis, assez vite, retour au boulot.

« Je me suis préparée pour être au top, pour que ma jument soit super et qu’on puisse donner le meilleur de nous-mêmes. »

Voilà peut-être ce qui résume le mieux Louise Ameeuw version Aix-la-Chapelle : la candeur de ses 20 ans au moment de regarder les tribunes, et le sérieux d’une grande lorsqu’il faut entrer en piste.

Kaliber, le parachute doré

Pour découvrir pareille arène, Louise avait aussi choisi la meilleure partenaire possible : Kaliber.

La jument KWPN de 11 ans, fille de Verdi TN avec Baloubet du Rouet comme père de mère, accompagne Louise depuis environ un an et demi. Ensemble, elles ont déjà gravi quelques marches sérieuses et disputé des Grands Prix internationaux. Surtout, Kaliber était déjà sa partenaire lors du bronze européen de Hagen.

Entre les deux, la confiance semble avoir dépassé le stade de la simple bonne entente.

« Elle est incroyable. C’est grâce à elle que je suis ici aussi. Elle me permet de vivre des choses inimaginables. Elle a tout d’un cheval d’exception : les moyens, le respect, le mental. »

Et lorsqu’il faut pénétrer sur une piste qui a vu passer à peu près tout ce que le saut d’obstacles mondial compte de légendes, avoir quelques certitudes sous la selle n’est pas exactement un luxe.

« Je ne stresse même pas en rentrant dans une piste comme ça parce que je sais qu’elle va tout faire pour moi et qu’elle va être là pour m’aider quoi qu’il arrive. »

Pas mal comme assurance tous risques.

« Je n’avais pas le droit de stresser »

Évidemment, la réalité est un peu plus nuancée. Louise a stressé.

Un peu.

Parce qu’à 20 ans, première sélection à Aix ou pas, on reste un être humain.

Mais plutôt que de laisser l’événement lui tomber dessus, elle a décidé de retourner l’équation. Pourquoi trembler devant ce qu’on attend depuis quatorze ans ?

« Au début, j’étais stressée. Et puis je me suis dit que c’était un rêve d’être ici, une chance que peu de gens ont à notre âge. Donc je n’avais pas le droit de stresser, il fallait que je profite. Quel que soit le résultat, c’est déjà fantastique d’être ici. Il fallait donner le meilleur et surtout profiter. »

Profiter, donc.

Mais avec les rênes ajustées.

Car Louise n’est pas venue à Aix uniquement pour collectionner les stories Instagram et vérifier si les tribunes sont vraiment aussi grandes vues d’en bas. Elle est venue monter.

Et la meilleure preuve reste sur la feuille de résultats : zéro faute.

Pour une première à Aix, on a connu entrée en matière plus timide.

Kaliber avait compris

Une interrogation subsistait pourtant avant le départ. Kaliber est une grande jument, avec une grande action. Et dans une piste aux dimensions inhabituelles, ce genre de mécanique peut parfois prendre un peu trop ses aises.

Louise y avait pensé.

Kaliber aussi, manifestement.

« J’avais un peu d’appréhension parce que c’est une grande jument, elle s’ouvre très vite. Je me suis dit : dans cette grande piste, peut-être… Mais pas du tout. Elle était au top. Je suis même impressionnée, épatée. C’est comme si elle savait qu’aujourd’hui, c’était différent. »

Les chevaux n’ont probablement jamais lu le programme d’Aix-la-Chapelle. Certains ont pourtant un talent assez agaçant pour comprendre quand il faut sortir la chemise du dimanche.

Kaliber semble être de ceux-là.

Et sa cavalière, elle, a pu faire exactement ce qu’elle s’était promis : regarder, sentir, écouter le public. Prendre tout ce qu’il y avait à prendre de cette première fois, sans laisser l’émotion prendre les commandes.

Rendez-vous pris

Il reste alors cette sensation particulière, celle qui arrive après la ligne d’arrivée.

Le bruit.

Les applaudissements.

Et, cette fois, un zéro au tableau.

Cette immense piste qui, quelques minutes plus tôt, paraissait presque intimidante et dont on n’a soudain plus vraiment envie de sortir.

Alors forcément, une question arrive : après avoir goûté à Aix, est-ce qu’on se promet d’y revenir ?

Cette fois, Louise ne cherche pas ses mots.

« Ça, c’est sûr. Je travaille tous les jours très dur pour pouvoir aller au niveau. Donc tous les jours, je me réveillerai le matin et je me dirai : il faut que j’aille à Aix encore une fois. Surtout quand on sort de piste et que tout le monde applaudit… On ne ressent pas ça tous les jours. C’est dingue. »

À 20 ans, Louise Ameeuw est donc entrée pour la première fois sur la piste d’Aix avec Kaliber et des étoiles plein les mirettes.

Elle en est ressortie avec les mêmes étoiles. Et sans faute.

Et une idée supplémentaire en tête : revenir.

Pas demain, pour disputer une Coupe des nations un peu particulière au sein d’une équipe composées de plusieurs nations différentes. Non. Plus tard.

Vu la trajectoire récente, le bronze européen de Hagen et cette première invitation allemande, on se gardera bien de transformer un rêve en prédiction.

Mais quelque chose nous dit qu’au moment de repartir d’Aix, Louise n’a pas vraiment dit au revoir.

Plutôt à bientôt.

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