Au Caire, le Global répond aux critiques par l’action.

Publié par Sébastien Boulanger le 26/10/2026

La première escale du Longines Global Champions Tour au Caire avait offert au jumping international un décor spectaculaire, au pied des pyramides de Gizeh. Mais derrière les images de carte postale, la condition des chevaux de travail dans la région avait suscité une vague de critiques sur les réseaux sociaux. Ce lundi, le Global Champions et la Fédération équestre égyptienne ont annoncé un programme de cinq ans destiné à améliorer le sort de plusieurs milliers d’animaux. De quoi rappeler qu’organiser un concours de haut niveau et se préoccuper des réalités locales ne sont pas nécessairement deux ambitions incompatibles.

Le contraste était saisissant. D’un côté, les meilleurs cavaliers de la planète, des chevaux préparés avec une attention de tous les instants et un terrain de concours installé dans l’un des décors les plus emblématiques du monde. De l’autre, à quelques encablures de cette vitrine du sport équestre, une réalité autrement moins reluisante : celle des chevaux de travail de la région de Gizeh, dont les conditions de vie et d’utilisation soulèvent depuis longtemps des questions de bien-être animal.

Il n’en fallait pas davantage pour que les réseaux sociaux s’enflamment à l’occasion de cette première étape égyptienne du Longines Global Champions Tour, avant-dernier rendez-vous de sa saison régulière.

Les critiques n’ont pas tardé à pleuvoir. Certaines parfaitement légitimes, soulevant de véritables questions sur le traitement réservé aux animaux dans la région. D’autres nettement moins nuancées, mélangeant parfois de façon assez surprenante la situation des chevaux de travail, les responsabilités des autorités égyptiennes et celles des organisateurs d’un concours international. Avec, comme souvent sur les réseaux sociaux, quelques commentaires franchement injurieux pour compléter le tableau.

Non la cause ne justifie et n’excuse pas tout. Et juger d’un point de vue occidental une situation, peu souvent choisie, à des milliers de kilomètres de là ne doit pas se faire en deux lignes sur internet. Sans oublier qu’à force de vouloir désigner des coupables à tout prix, on finit parfois par oublier l’essentiel : trouver des solutions.

Car rien n’interdit d’organiser un superbe événement sportif tout en se préoccupant des problèmes de la société qui l’accueille. Mieux encore, la présence d’un événement international peut parfois devenir un levier pour tenter de faire évoluer les choses.

C’est précisément l’ambition affichée ce lundi 26 octobre par le Global Champions et la Fédération équestre égyptienne.

(©Brooke)

Cinq ans pour changer la donne

Dans un communiqué conjoint, les deux organisations annoncent le lancement d’un programme de cinq ans destiné à améliorer durablement les conditions de vie des chevaux de travail et d’autres animaux dans la zone des pyramides et, plus largement, dans la région de Gizeh.

Et cette fois, il ne s’agit pas simplement de promettre quelques actions ponctuelles.

Autour de la table figurent notamment la Fédération équestre égyptienne, le Longines Global Champions Tour, les autorités gouvernementales égyptiennes, l’organisme public chargé des services vétérinaires, Orascom Pyramids et Brooke, une organisation internationale spécialisée dans la protection des équidés de travail.

Cette dernière connaît particulièrement bien le terrain. Fondée au Caire en 1934 par Dorothy Brooke, elle œuvre depuis près d’un siècle à l’amélioration des conditions de vie des chevaux, ânes et mulets dont dépendent de nombreuses communautés.

(©Brooke)

Le programme entend d’abord venir en aide à environ 700 chevaux, avant d’étendre son action, dans une seconde phase, à quelque 2 000 animaux.

Au menu : un meilleur accès à l’alimentation, à l’eau, aux soins vétérinaires et aux médicaments essentiels. Mais aussi la formation des propriétaires et des personnes chargées quotidiennement des animaux, la mise en place d’un suivi régulier de leur bien-être et la définition de règles plus claires en matière de détention responsable.

Le dispositif s’appuiera sur des mesures déjà engagées, notamment l’enregistrement des chevaux, leur identification électronique, les vaccinations et les examens vétérinaires.

Un mécanisme de financement spécifique doit également être créé, avec des contributions des organisations partenaires et la possibilité, à terme, pour les cavaliers, propriétaires, sponsors et particuliers de participer à l’effort.

Des engagements, mais aussi des comptes à rendre

Pour éviter que les bonnes intentions ne restent au stade des communiqués, les partenaires ont également annoncé la nomination de Jenny Ellis, représentante européenne de l’International Grooms Association, comme intervenante indépendante chargée de contribuer à la supervision du programme.

Forte de son expérience dans les questions de bien-être équin au Caire, elle devra notamment veiller à ce que les mesures annoncées débouchent sur des améliorations concrètes et mesurables.

« Les améliorations significatives en matière de bien-être équin exigent davantage que des interventions à court terme », souligne-t-elle, insistant sur la nécessité d’un suivi constant, de formation et de responsabilités clairement établies.

Le président de la Fédération équestre égyptienne, le Dr Ismail Shaker, voit pour sa part dans cette collaboration l’occasion de réunir les autorités, les vétérinaires, les organisations de protection animale et la communauté équestre internationale autour d’une démarche coordonnée et durable.

Du côté de Jan Tops, fondateur et président du Longines Global Champions Tour, le message est tout aussi clair.

« Amener le saut d’obstacles international au Caire offre une occasion d’apporter une contribution positive au-delà de la compétition elle-même », explique-t-il, rappelant que le bien-être des chevaux constitue un principe fondamental du sport équestre.

Et d’ajouter que les changements durables prennent du temps, mais que le Global entend jouer un rôle constructif dans cette évolution.

Des premières actions dès la fin du concours

En attendant la finalisation du calendrier et des modalités financières, certaines initiatives ont déjà été engagées.

Les aliments non utilisés fournis par Red Mills, partenaire du Global Champions, ainsi que le foin restant après le concours du Caire, ont été mis à disposition de la Fédération équestre égyptienne afin d’être redistribués aux chevaux de travail.

Des grooms présents sur l’événement ont également proposé du matériel et des fournitures vétérinaires inutilisés, dont la distribution devra être organisée après les vérifications nécessaires.

Ces gestes ne vont évidemment pas transformer du jour au lendemain les conditions de vie des équidés de Gizeh. Mais ils constituent de premières actions concrètes, en attendant le déploiement d’un programme autrement plus ambitieux.

Reste à connaître le montant exact des financements, les modalités de contrôle et le calendrier précis des différentes phases. Ces éléments doivent encore être communiqués. Et c’est bien sur les résultats obtenus au fil des cinq prochaines années que l’initiative devra être jugée.

(© Brooke)

Et si le concours avait finalement servi de déclencheur ?

Évidemment, certains trouveront encore à redire. Que le Global Champions cherche à redorer son image, qu’il tente de se donner bonne conscience ou que cette annonce relève avant tout d’une opération de communication.

Libre à chacun d’y voir les intentions qu’il souhaite.

Mais une question mérite tout de même d’être posée : si le Global Champions n’avait pas choisi de faire étape en Égypte, ce programme aurait-il seulement vu le jour ?

Impossible de l’affirmer avec certitude. Mais il est permis d’en douter, du moins sous cette forme et avec une telle mobilisation de partenaires internationaux.

La situation des chevaux de travail dans la région de Gizeh ne date évidemment pas de l’arrivée des cavaliers du Global. Les organisations de protection animale, Brooke en tête, n’ont pas attendu qu’un Grand Prix se dispute au pied des pyramides pour s’en préoccuper.

En revanche, l’exposition médiatique de cette première étape égyptienne a incontestablement placé le sujet sous les projecteurs. Et voilà désormais plusieurs acteurs majeurs du sport équestre, des autorités locales et des spécialistes du bien-être animal réunis autour d’un projet commun.

On peut naturellement souhaiter que les choses aillent plus vite, que les engagements soient plus importants et que les mesures annoncées produisent rapidement des effets. On doit même rester attentif à leur mise en œuvre.

Mais faut-il pour autant condamner une initiative avant même qu’elle ait eu l’occasion de porter ses fruits ?

Le sport de haut niveau évolue dans un monde dont il ne peut ignorer les réalités. Cela ne signifie pas qu’il doive renoncer à organiser de grands événements dans les régions où subsistent des difficultés. Cela signifie plutôt qu’il peut aussi profiter de sa visibilité, de ses moyens et de son influence pour contribuer à les résoudre.

Au Caire, le Global Champions a offert au saut d’obstacles l’un des décors les plus spectaculaires de sa saison. Si, dans cinq ans, son passage permet également à plusieurs milliers de chevaux de vivre et de travailler dans de meilleures conditions, cette première édition égyptienne aura laissé un héritage autrement plus précieux que quelques belles images devant les pyramides.

Et ce serait peut-être, finalement, sa plus belle victoire.

En apprendre plus sur son action et soutenir Brooke here

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