Rodrigo Giesteira Almeida a regardé Scott Brash. Puis il lui a pris une seconde et demie.

Publié par Sébastien Boulanger le 12/07/2026

Observer le meilleur, copier deux ou trois idées, puis lui passer devant. Dimanche à Chantilly, Rodrigo Giesteira Almeida a appliqué la méthode avec un certain sens du timing. En selle sur Karonia.L, le Portugais a remporté le Grand Prix CSI 4* devant Scott Brash et Laura Kraut. Une vingt-quatrième victoire internationale cette saison, et surtout une démonstration avant les Mondiaux d’Aix-la-Chapelle.

Sur l’herbe, pas le temps de faire du tourisme

Chantilly avait sorti le grand jeu. Les Grandes Écuries en toile de fond, les tribunes pleines, les drapeaux de vingt-quatre nations dans le vent et une grande piste en herbe suffisamment vaste pour donner des idées de liberté aux chevaux et quelques sueurs froides aux cavaliers.

Pour le dernier acte du Chantilly Classic présenté par Al Shira’aa, Grégory Bodo avait dessiné un vrai Grand Prix : 1,55 m, treize obstacles, seize efforts, de longues galopades et des difficultés laissées sur le feu jusqu’à la dernière ligne.

Le genre de parcours où rester sans faute ne suffit pas. Encore faut-il ne pas rentrer à la maison le lendemain.

Cinq couples l’ont appris à leurs dépens, privés de barrage pour dépassement du temps accordé. Dix autres ont trouvé le bon dosage entre prudence et vitesse. Parmi eux, Nicolas Layec avec Fée de Caryan et Marc Dilasser avec Arioto du Gevres, vainqueurs ici même l’an dernier.

Pour Dilasser, l’histoire du doublé a toutefois pris fin très vite. Dès le premier obstacle du barrage. Rideau.

Scott Brash dessine le raccourci

Laura Kraut a d’abord posé une référence sérieuse. Avec Tres Bien Z, l’Américaine boucle un nouveau sans-faute en 45’’09.

Puis Scott Brash entre en scène.

Avec Hello Mango, l’Écossais serre ses courbes, monte le tempo et enlève une foulée dans l’ultime ligne : huit au lieu de neuf. Résultat, 44’’97.

À cet instant, on peut raisonnablement penser que le problème est réglé. Scott Brash vient de faire du Scott Brash. Propre, rapide, lisible après coup, évidemment beaucoup moins avant.

Au paddock, Rodrigo Giesteira Almeida n’a d’ailleurs regardé qu’un seul parcours. Celui-là.

« C’était le seul cavalier que je voulais voir, parce que, pour moi, c’est le meilleur cavalier du monde. J’adore apprendre chaque jour. Son barrage était très rapide, mais j’avais vraiment envie d’être encore plus vite. »

Regarder Scott Brash pour apprendre, donc. Mais pas pour finir deuxième.

Une leçon bien retenue

Le Portugais avait déjà envisagé les huit foulées dans la dernière ligne. Voir Brash les réaliser a terminé de le convaincre.

Pour le reste, il fallait encore trouver quelque chose. Un détail. Une courbe. Une foulée qui traîne.

Il l’a trouvée entre les obstacles deux et trois.

« J’avais vu que Scott avait légèrement ouvert sa trajectoire à cet endroit. J’ai réussi à passer plus court et à enlever une foulée. Je pense que c’est là que j’ai gagné. »

Avec Karonia.L, Rodrigo Giesteira Almeida part à l’attaque dès la ligne de départ. Pas de round d’observation, pas de chauffage progressif. La jument tourne court, couvre du terrain et avale la dernière ligne en huit foulées.

Le chronomètre s’arrête à 43’’40.

Une seconde et cinquante-sept centièmes de mieux que Scott Brash.

À ce niveau, ce n’est plus un petit écart. On parle en années lumières.

Le fauteuil rouge, seul endroit où il tremble

Une fois la ligne franchie, il reste pourtant l’épreuve la plus pénible : attendre.

Installé sur le fauteuil rouge réservé au leader provisoire, Rodrigo Giesteira Almeida voit défiler les derniers concurrents. Et découvre qu’il préfère nettement galoper à pleine vitesse vers des barres à 1,55 m que rester assis à imaginer quelqu’un faire mieux.

« J’avais un peu peur, oui. Pour moi, c’est l’endroit le plus difficile. Je préfère être en piste, à galoper et à essayer de gagner, plutôt que d’attendre sur la chaise du leader. »

Personne ne fera mieux.

Scott Brash termine deuxième. Laura Kraut troisième. Deux champions olympiques derrière le Portugais, qui signe au passage sa vingt-quatrième victoire internationale depuis le début de l’année.

La statistique commence à ressembler à une habitude.

Karonia.L, de 90 centimètres au grand bain

La victoire est belle. L’histoire de la jument l’est peut-être encore davantage.

Rodrigo Giesteira Almeida monte Karonia.L depuis quatre ans. Lorsqu’il la découvre en Belgique, elle évolue encore sur des épreuves à 90 centimètres. Elle ne possède même pas de passeport FEI.

Pas exactement le profil d’une future gagnante de Grand Prix 4* annoncé en lettres lumineuses.

Mais le Portugais voit autre chose.

« Dès la première fois que je l’ai vue, j’ai eu un très bon sentiment. Elle était encore très verte et extrêmement respectueuse, mais elle avait déjà cette mentalité. Pour moi, c’est l’une des qualités les plus importantes chez un cheval. »

Le couple avance sans brûler les étapes. 90 centimètres, puis davantage. Les concours internationaux. Les Grands Prix. Jusqu’aux CSI5*.

À Chantilly, Karonia.L boucle son week-end sans la moindre faute dans les trois grandes épreuves qu’elle dispute. Et termine par un double sans-faute dans la plus importante.

« Je suis vraiment très fier d’elle. C’est une jument extraordinaire et je sais qu’elle est naturellement très, très rapide. »

Le genre de phrase qui, après un barrage pareil, ressemble davantage à un constat qu’à un compliment.

Chantilly avant la Soers

Cette victoire n’arrive pas n’importe quand.

Chantilly constituait la dernière grande sortie de Karonia.L avant les Championnats du monde d’Aix-la-Chapelle. Dans quelques semaines, le couple retrouvera une autre pelouse mythique, celle de la Soers.

Avec un objectif qui n’est plus vraiment dissimulé.

« Maintenant, nous allons essayer de la préparer du mieux possible et tenter d’aller chercher une médaille à Aix-la-Chapelle. »

À Chantilly, Rodrigo Giesteira Almeida voulait voir comment sa jument se comporterait avant le grand rendez-vous mondial. Elle a répondu en battant Scott Brash et Laura Kraut.

Dimanche, Rodrigo Giesteira Almeida a regardé Scott Brash pour s’inspirer.

La prochaine fois, ce sont peut-être les autres qui prendront des notes.

Retrouvez les résultats complets du Grand Prix de Chantilly ici

(So Horse avec Chantilly Classic. Photos © Chantilly Classic/Sportfot)

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