Le marché du cheval a changé de camp

Publié par Sébastien Boulanger le 23/06/2026

Pendant longtemps, le commerce du cheval de sport ressemblait à une équation relativement simple. Trouver un bon cheval, le valoriser, puis lui trouver un acheteur. Aujourd’hui, la dernière étape est devenue la plus facile.

À quelques jours de la nouvelle édition de The Collection Auction, qui retrouvera Peelbergen dans son format hybride, à la fois en ligne et en live, Carlos Pinto (Milestone Farm) et Steve Tinti ( ST Stables) dressent le même constat : le vrai défi n’est plus de vendre un crack. C’est de le trouver.

The Collection Auction

La chasse avant la vente

« Aujourd’hui, le problème, ce n’est pas de vendre les chevaux. Le problème, c’est de les trouver », résume Carlos Pinto.

La raison est simple. Le sport de haut niveau n’a jamais consommé autant de chevaux.

Entre les CSI5*, le Global Champions Tour, la Ligue des Nations et la multiplication des concours internationaux, la demande pour des chevaux capables de performer au plus haut niveau continue de grimper.

Et lorsqu’un vrai cheval de Grand Prix apparaît, il quitte rarement le marché.

« Quand ils sont là, ils ne sont plus à vendre », constate Pinto. « Les propriétaires sont devenus des mécènes. Ils veulent voir leurs chevaux sauter au plus haut niveau. »

Le temps où un cavalier produisait un cheval dans l’idée de le vendre rapidement semble de plus en plus loin.

Le métier de détective

The Collection Auction

Cette évolution a changé le quotidien des marchands.

Pour trouver un futur crack, inutile d’attendre qu’il gagne un Grand Prix.

À ce moment-là, il est souvent déjà trop tard.

« Il faut le dénicher de plus en plus tôt », explique Steve Tinti. « Une fois qu’il a commencé à éclore en CSI, les propriétaires deviennent beaucoup moins vendeurs. Ou alors à des prix déjà presque impayables. »

La prospection ne se fait donc pas dans les tribunes des plus gros concours.

The Collection Auction

Elle commence souvent beaucoup plus bas.

« Il faut être souvent en concours, mais pas forcément sur le haut niveau. On regarde les CSI deux étoiles, les épreuves jeunes chevaux, les nationaux, les régionaux. »

Un travail de terrain plus proche du recrutement d’un centre de formation de football que du commerce traditionnel.

Le piège du sans-faute

Ce qui rend l’exercice encore plus complexe, c’est qu’un crack ne se lit pas toujours dans les résultats.

Steve Tinti l’admet volontiers : il fonctionne d’abord au feeling.

Bien sûr, un bon pourcentage de sans-faute attire l’attention. Mais un jeune cheval peut accumuler les fautes pour mille raisons : un manque de maturité physique, un mauvais programme, une ferrure inadaptée ou simplement un système qui ne lui convient pas.

« Beaucoup de chevaux qui deviennent très bons n’étaient pas forcément les meilleurs à cinq ou six ans. »

Carlos Pinto va même plus loin.

Pour lui, le système dans lequel évolue le cheval compte parfois autant que son talent brut.

Un cheval prometteur confié aux bonnes mains peut exploser à neuf ou dix ans. Un autre, pourtant très impressionnant à six ans, peut ne jamais franchir le cap.

Pourquoi la vente présente désormais davantage de chevaux âgés

 

The Collection Auction aura lieu le vendredi 3 juillet 2026, à partir de 18h, à Peelbergen, pendant la demi-finale des Longines EEF Series (les deux rendez-vous devraient d’ailleurs coexister les prochaines années).

Pour définir cette 7e édition, Steve Tinti parle d’une collection où l’on retrouvera « beaucoup de chevaux à haut niveau les prochaines années ».

Carlos Pinto, lui, la résume en un mot : « excitante ». Avant d’ajouter : « Ce n’est pas que du rêve, ça commence déjà à être la réalité. »

Cette réalité explique aussi l’évolution progressive de The Collection Auction.

Lors des premières éditions, les chevaux étaient souvent plus jeunes.

Aujourd’hui, Pinto, Tinti & Co prennent davantage de risques en conservant certains sujets jusqu’à sept ou huit ans.

The Collection Auction

L’objectif est simple : offrir aux acheteurs des chevaux dont le potentiel n’est plus seulement théorique.

« Avant, c’était un peu du rêve », résume Pinto.

Aujourd’hui, plusieurs chevaux du catalogue sautent déjà 1,40 m ou 1,45 m et affichent des références sportives solides.

« Ce n’est plus uniquement du rêve. Ça commence presque à être la réalité. »

Une philosophie qui se retrouve dans le catalogue 2026, composé presque exclusivement de chevaux de six, sept et huit ans.

Derrière chaque cheval, des milliers de kilomètres

Un crack ne se résume pas à son pedigree.

C’est aussi une question de timing, de formation et de patience.

Chez The Collection Auction, la valorisation fait partie intégrante du projet. Carlos Pinto insiste d’ailleurs sur l’importance du travail réalisé avant même que les chevaux n’apparaissent dans le catalogue.

« On essaye de produire ces chevaux dans les meilleures conditions possibles et de les amener au meilleur moment du marché », explique-t-il.

Concrètement, cela passe par des tournées comme le Sunshine Tour, plusieurs semaines de compétition sur des pistes formatrices, un programme adapté à chaque individu et surtout une progression pensée sur le long terme.

L’objectif n’est pas de brûler les étapes pour impressionner le marché à cinq ans. Au contraire.

« Les chevaux de quatre et cinq ans, on les laisse grandir tranquillement », précise Pinto. « À partir de six ans, lorsqu’ils sont prêts physiquement et mentalement, on commence à les emmener davantage. »

Une philosophie qui tranche avec la course permanente aux résultats précoces.

Car pour les organisateurs, la vraie valeur d’un cheval ne se mesure pas seulement à ce qu’il montre aujourd’hui, mais surtout à ce qu’il pourra encore montrer dans trois, cinq ou dix ans.

Cette logique explique aussi pourquoi plusieurs chevaux de la vente ont été conservés plus longtemps que prévu.

The Collection Auction

« On pensait déjà présenter Paisley l’année passée », raconte Pinto. « Mais nous avons préféré lui donner encore une année. Aujourd’hui, nous sommes contents d’avoir attendu, d’avoir parfait sa formation. »

Dans un marché souvent obsédé par l’immédiateté, cette patience est devenue une forme de luxe. Et peut-être même l’une des signatures de The Collection Auction.

Vingt-deux chevaux, des années de travail

Derrière les vingt-deux chevaux présentés cette année se cachent bien plus que quelques mois de sélection.

« Des années de travail », corrige immédiatement Steve Tinti.

Certains chevaux sont suivis depuis leur plus jeune âge. D’autres ont même été élevés directement dans les structures des organisateurs.

Chaque candidat passe par un long processus d’observation, de valorisation et d’écrémage avant d’intégrer la collection finale.

The Collection Auction

Le résultat est volontairement resserré.

Pas de catalogue XXL. Pas de dizaines de lots.

Seulement vingt-deux profils que les organisateurs seraient eux-mêmes prêts à acheter.

Les trois hunters, marque de fabrique

Comme chaque année, trois hunters se sont glissés au milieu des sauteurs. Marque du savoir faire de Willemijn, la femme de Carlos, spécialiste de la discipline..

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Une signature devenue presque une marque de fabrique.

« Nous étions parmi les premiers à mélanger jumping et hunter dans une même vente », rappelle Pinto.

Un choix qui vise principalement le marché américain, destination quasi exclusive de cette discipline.

Une tradition qui apporte une couleur différente à une vente largement tournée vers le saut d’obstacles, tout en rappelant que le talent ne s’exprime pas toujours entre deux chandeliers de Grand Prix.

Une vente réussie, ce n’est pas qu’une enchère record

Dans un marché où les chiffres occupent souvent toute la lumière, Steve Tinti défend une autre définition du succès.

The Collection Auction

Pour lui, une vente réussie n’est pas celle qui affiche le prix le plus élevé.

C’est celle qui crée la bonne association.

« Si un cavalier amateur réalise son objectif avec son cheval en 1,40 m, c’est aussi une réussite que quelqu’un qui se classe en Grand Prix cinq étoiles. »

Une vision qui explique probablement pourquoi The Collection Auction continue de cultiver une réputation particulière dans le paysage européen.

Parce qu’au-delà des enchères, l’objectif reste toujours le même : identifier aujourd’hui les chevaux dont tout le monde parlera demain.

The Collection Auction

Retrouvez le catalogue complet de The Collection Auction 2026 ici

Contacts:

CARLOS PINTO +31 618 206 611

STEVE TINTI +32 483 716 027

WILLEMIJN POELS +31 623 227 595

Photos © The Collection Auction

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