Ils voulaient une grande première. Ils ont eu un grand final. Sous un soleil qui cognait presque autant que les barres, le premier Jumping International de la Province de Namur, installé à Gesves après son déménagement de Courrière, s’est offert une conclusion à la hauteur des ambitions affichées. Un Grand Prix CSI2* spectaculaire, dix barragistes, des tribunes pleines à craquer, un public qui en redemandait… et, au bout du suspense, la victoire du Suisse Guillaume Gillioz et de son incroyable Remix, 18 ans et toujours des refrains plein les jambes.
Gesves avait rendez-vous avec son histoire
Il devait être l’apothéose d’un week-end où il s’était passé à peu près tout : du sport de haut niveau, des spectacles, une vente aux enchères, un match de football, des émotions à la pelle et un public venu valider la mue du populaire Jumping de Courrière vers son nouveau terrain de jeu à Gesves.
Restait une dernière histoire à raconter.
Celle du Grand Prix CSI2* à 1,45 m, dessiné par Frank Van Humbeek. Soixante couples au départ. Un parcours suffisamment sélectif pour rappeler que les cadeaux étaient restés à l’entrée.
Les gradins, eux, étaient pleins. Le soleil aussi.
Que le spectacle commence.
Laura ouvre la voie, Loris y croit très fort
La première à trouver la combinaison gagnante s’appelle Laura Meunier. La Française déroule une copie propre, fluide, parfaitement maîtrisée avec Viva Fly LRW. Premier sans-faute. Premier ticket pour le barrage.
Quelques minutes plus tard, Loris Berrittella lui emboîte le pas. Galop décidé, trajectoires tendues, bras levés en passant la ligne d’arrivée. Avec Kissinger Hero Z, le Belge ne fait pas dans la diplomatie. Juste dans l’efficacité.
Et pendant que certains rêvent déjà du barrage…
D’autres se cassent les dents.
Le héros local Grégory Wathelet avait pourtant sorti Argentina de la Marchette, sa grise maison. Mais Gesves n’est pas la Californie. Deux barres au sol mettent fin aux ambitions du numéro un belge.
Même sanction pour Cyril Cools ou Thierry Goffinet.
Il y aura aussi ceux qui passent tout près. François Bossu, sept points. Parce qu’ici, le chrono n’offrait aucun cadeau. Arnaud Doem et Anthony Philippaerts, eux, repartent avec cinq points. Suffisant pour nourrir quelques regrets.
Pas Fort Boyard, mais il fallait bien trouver la clé
Le Grand Prix n’était pas une cellule de Fort Boyard. Mais certains finiront par mettre la main sur la clé.
Axel Vandoorne, déjà très en vue tout le week-end, place Kaline de Fremis parmi les élus.
Puis arrive un retour qui fait plaisir. Cinq mois éloigné des terrains après une grave blessure au genou,Sacha Beghuin prouve qu’il n’a rien perdu de son talent. Avec Livollette, il décroche lui aussi son billet pour le barrage.
Les Suisses, eux, commençaient presque à trouver le temps long.
Ils corrigent rapidement le tir.
Guillaume Gillioz, cavalier de Steve Guerdat, place Remix parmi les dix finalistes. Puis Kaya Ehning, impériale avec Chicharita 3, rejoint la fête.
imitée un peu plus tard par Florence Schwizer-Seydoux et Real Star de Lorette.
On pense encore voir Nathan Budd, Virginie Thonon ou Louise Joassin s’inviter à la danse. Une barre en décidera autrement, même si Louise et Lady Lou LJ signent l’une des belles surprises du week-end.
Andres Vereecke, vainqueur du Grand Prix 4* de Liège l’an dernier, sera bien au rendez-vous. Tout comme Bart Clarys.
Le dernier invité se nomme Gauthier Mercenier. Arrivé avec son étalon de dix ans Kavinski Guiguellerie, il complète une liste de dix barragistes sur soixante partants.
Un ratio parfait.
Dix pour un trophée
Laura Meunier lance les hostilités.
Double sans-faute. 40″88. Propre. Peut-être même un peu trop propre.
Loris Berrittella baisse immédiatement le chrono. 39″29.
Cette fois, le message est clair.
Derrière, ça casse.
Seize points pour Vereecke. Quatre points pour Beghuin, Schwizer-Seydoux ou encore Clarys.
Puis arrive Guillaume Gillioz.
Et avec Remix, ce n’est plus une démonstration.
C’est un rappel.
À 18 ans, la fille de Quidam de Revel n’a peut-être plus la fraîcheur d’un premier tube, mais elle possède toujours cette qualité rare des grands classiques : ils traversent le temps sans prendre une ride.
38″50.
Le nouveau chrono de référence.
Ni Kaya Ehning.
Ni Axel Vandoorne, pourtant battu pour seulement vingt-deux centièmes avec sa SBS de dix ans, ne réussiront à le faire tomber.
Il ne reste plus qu’un homme.
Un Belge.
Mercenier fait vibrer Gesves… avant la petite faute
Dernier à s’élancer, Gauthier Mercenier possède tout pour renverser la Suisse.
Le public retient son souffle.
À l’entrée de l’ancien triple, transformé en double pour le barrage, le couple donne même un sérieux coup de chaud aux tribunes.
Tout passe.
Ou presque.
Une barre tombe.
Le chrono affiche pourtant 39″99.
Insuffisant.
Le Grand Prix s’envole vers la Suisse.
Guillaume Gillioz, enfin son Grand Prix
Cette victoire n’est pas anodine pour Guillaume Gillioz.
Elle est même une première.
« J’ai déjà été classé à Genève, j’ai gagné des épreuves à 1,50 m en national… mais je n’avais encore jamais gagné un Grand Prix deux étoiles. C’est mon premier. »
Une victoire d’autant plus importante que sa jument revenait seulement progressivement après un petit souci physique en début de saison.
Le Suisse reconnaît aussi avoir dû se remettre lui-même en question.
« Elle sautait bien. Le problème, c’était moi. Vendredi, je montais catastrophiquement. Aujourd’hui, je me suis dit : fais-lui confiance comme tu l’as toujours fait. »
Et avec son humour bien connu, il glisse même une explication inattendue.
« Hier soir, je me suis rasé… Peut-être que c’est ça ! » (rires)
Le cavalier de Steve Guerdat n’a jamais caché son ambition au barrage.
« Aujourd’hui, sincèrement, j’avais vraiment envie de gagner. Quand j’ai vu qu’il n’y avait pratiquement que des sans-faute au début, je me suis dit : bon… all-in. »
Quelques minutes après sa victoire, son téléphone sonne.
À l’autre bout du fil : Steve Guerdat.
« Il m’a appelé directement en sortant de piste. Il m’a demandé : « Tu as gagné ? » Je lui ai répondu : « Oui, je crois. » Il était vraiment content. »
Avant de conclure avec un joli clin d’œil à l’organisation :
« C’est toujours un plaisir de venir ici. Grégory est un grand ami de Steve et on est toujours très bien accueillis. Et quand on repart avec le Grand Prix, la route paraît forcément un peu moins longue. » (rires)
Mercenier repart un peu frustré… mais heureux
Pour Gauthier Mercenier, la frustration tient dans une seule barre.
« Non, il n’a pas manqué grand-chose. En partant dernier, avec le public qui poussait, le cheval commence à me permettre de mettre un peu plus de vitesse. Je pense que j’ai payé mes huit foulées juste avant. »
Le bilan du week-end reste pourtant largement positif.
« Super content. Tous les chevaux ont bien sauté. Mon huit ans a été fantastique et Kavinski signe deux sans-faute dans les rankings. »
Déjà fidèle au rendez-vous namurois, il ne compte pas manquer la suite.
« J’adore ce concours. L’organisation avec Grégory et Hugo est toujours parfaite. J’étais là à toutes les éditions… et je serai là aux prochaines. »
Berrittella, le podium et le plaisir de la maison
Troisième du Grand Prix, Loris Berrittella avait toutes les raisons de sourire.
Son élève venait déjà de remporter le Grand Prix une étoile quelques heures plus tôt.
« Ça me tenait à cœur de montrer l’exemple. J’ai essayé d’être le plus rapide, mais les adversaires étaient très motivés. »
Très attaché à Kissinger Hero Z, qu’il monte depuis ses cinq ans, le Belge savoure surtout le chemin parcouru.
« On a pris énormément de temps pour se connaître. Il y a eu des hauts et des bas. Aujourd’hui, la maturité arrive et tout le travail commence à payer. »
Avec un frère impliqué dans l’organisation, ce podium avait forcément une saveur particulière.
« C’est un concours familial. Et je tiens vraiment à féliciter toute l’organisation. Pour une première édition ici, c’est une vraie réussite. »
Le pari de Gesves est gagné
Au-delà du sport, cette première édition du Jumping International de la Province de Namur laisse surtout une impression.
Celle d’un pari réussi.
Grégory Wathelet, organisateur, ne cache pas sa satisfaction.
« Le bilan est excellent. Il y a des choses à améliorer, évidemment, mais le potentiel est énorme. Le public nous a suivis malgré la chaleur et le football. C’est ce qui compte le plus. »
Même satisfaction chez le coorganisateur Ugo Berrittella.
« C’était un peu comme repartir de zéro. Mais les retours sont extrêmement positifs. On a déjà plein d’idées pour améliorer encore les prochaines éditions. »
Le Jumping de Courrière a changé d’adresse.
Pas d’âme.
Et au vu des tribunes pleines, du spectacle offert pendant une semaine et de ce Grand Prix remporté par un Guillaume Gillioz irrésistible, personne ne semble regretter le déménagement.