Lara de Liedekerke-Meier, huit fois reine de Belgique : un titre arraché avec les tripes

Publié par Sébastien Boulanger le 16/07/2026

Les plus beaux titres ne sont pas toujours ceux que l’on survole. Il y a ceux qui s’arrachent, ceux qui obligent à improviser, à serrer les dents et à continuer d’y croire lorsque le scénario se complique. Le huitième titre de championne de Belgique décroché par la Namuroise, dimanche, sur ses terres du château d’Arville appartient clairement à cette catégorie. Avec Quintus, loin d’être son premier choix, la Namuroise a dû effacer une barre à l’obstacle, remonter au classement et résister au retour de Tine Magnus. Une victoire au mental qui arrive au meilleur moment avant les Mondiaux.

Le huitième. Mais certainement pas un titre au rabais.

Huit fois championne de Belgique.

Écrit comme ça, on pourrait croire à une routine.

Une championne qui court à domicile, sur un terrain qu’elle connaît par cœur, en l’absence de Karin Donckers. Une nouvelle ligne au palmarès et tout le monde rentre à la maison.

Sauf que le concours complet n’aime pas les scénarios écrits d’avance.

Et Lara de Liedekerke-Meier encore moins.

Parce que cette couronne-là, elle ne lui est pas tombée dans les bras.

Elle est allée la chercher.

« Je l’ai été chercher au plus profond de mes tripes, celui-là. Il fait du bien. Je suis très contente pour plein de raisons. D’abord parce que je ne me suis pas facilité la tâche. Je n’ai pas choisi mon premier cheval, ni mon deuxième, ni presque mon troisième. »

En quelques mots, tout est dit.

Kiarado d’Arville, la deuxième locomotive, était soigneusement emballé sous papier bulle en vue des Mondiaux. Sa star, Hooney d’Arville de retour après Badminton, n’avait pas encore le kilométrage nécessaire. Alors Quintus a hérité du costume.

Pas le premier nom inscrit sur la feuille de route.

Mais parfois, les meilleurs seconds rôles deviennent les héros du week-end.

Une barre, quatre points… et le championnat bascule

Le dressage met Lara sur de bons rails. Puis vient cette barre à l’obstacle.

Une seule. Quatre points.

Et, soudain, tout change. Cinquième provisoire.

La marge de manœuvre vient de disparaître.

« D’autres ont privilégié le sans-faute au chrono et moi, je trouvais que le cheval sautait bien. Je ne me suis pas trop inquiétée du chrono… et finalement, j’ai quand même fait quatre points. J’étais cinquième après l’obstacle. »

À partir de là, impossible de gérer. Il faut attaquer.

Et devant, quelqu’un a déjà placé la barre très haut.

Tine Magnus ne lui a rien offert

Si certains résumeront ce championnat à l’absence de quelques figures belges, ils oublieront un détail.

Le titre s’est joué à deux.

Face à Lara, Tine Magnus et Dia van het Lichterveld Z ont bataillé ferme dans ce championnat. En tête après l’obstacle (c’est Maarten Boon qui menait la danse après le dressage) , la cavalière belge impose le rythme avant le cross.

Lorsque Lara s’élance, elle sait exactement ce qu’il lui reste à faire.

« Quand je suis partie sur le cross, j’avais la pression parce qu’elle avait été tout droit partout et qu’elle était, à ce moment-là, la plus rapide. »

Pas vraiment le contexte idéal pour une promenade dans le parc du château.

Le championnat se transforme alors en duel à distance.

Tine a posé une référence.

À Lara de répondre.

« Au final, je me suis vraiment bien concentrée. Je me suis battue, elle s’est battue, les autres se sont battus. C’était une vraie belle bataille. »

Cette phrase vaut presque autant que le titre.

Parce qu’elle dit tout.

Il y avait une adversaire. Il y avait de la pression. Et il fallait aller gagner.

Le cross, là où tout se joue

Le cross reste le terrain d’expression préféré de Lara de Liedekerke-Meier.

Celui où il faut décider avant même d’avoir fini de réfléchir.

Celui où les plans parfaits n’existent pas.

À Arville, tout ne s’est d’ailleurs pas déroulé comme prévu. Dans la combinaison 7AB, Quintus avale tellement de terrain qu’il devient impossible de tourner comme prévu vers le numéro 8.

Il faut improviser.

Choisir l’option. Continuer.

« Je me suis retrouvée vraiment très proche et je n’ai pas pu tourner vers le huit, donc j’ai dû faire une option. Malgré ça, j’étais quand même la plus rapide de la journée. »

La feuille de résultats retiendra le meilleur temps du cross. Mais elle ne dira jamais tout.

Elle ne dira pas qu’un cheval qui ne devait pas être l’affiche du week-end s’est battu jusqu’au bout.

« Je pense qu’on est restés très sains dans nos têtes tous les deux. Le cheval s’est vraiment battu pour moi. »

Tine Magnus avait posé la question. Lara de Liedekerke-Meier a répondu sur le terrain.

Oui, il manquait du monde. Et alors ?

Karin Donckers n’était pas là. Le plateau n’avait pas la densité dun plus grand championnat.

Lara est d’ailleurs la première à le reconnaître.

« Si on est 100 % honnête, il n’y avait pas le plus de monde non plus. Ce n’est pas le calibre de ce qu’on aura à Aix-la-Chapelle. »

Mais un championnat ne se résume jamais à la liste des absents.

Il raconte aussi la manière. Et celle-ci vaut largement un détour.

Une cavalière qui remonte depuis la cinquième place. Qui s’impose malgré une barre à l’obstacle.

Qui gagne avec un cheval qui n’était pas son premier choix.

Et qui compose toujours avec les séquelles d’une clavicule douloureuse et de deux côtes fracturées.

« J’ai été la chercher loin, mais dans la concentration et dans la confiance. Je l’aime bien ce titre-là. Je l’aime bien. »

La répétition n’a rien d’anodin.

L’année dernière, Lara avait résumé son sacre avec une honnêteté désarmante : tout le monde avait été mauvais, elle un peu moins que les autres.

Cette fois, elle n’a pas besoin de trouver une formule.

Il y a eu un duel. Une remontée.

Une bataille. Et un titre qui ne souffre d’aucune contestation.

Une histoire à régler avec les Mondiaux

À Arville, Lara n’a pas simplement ajouté un huitième titre à sa collection.

Elle a repris la main. Sur ses sensations.Sur sa confiance.

Et peut-être aussi sur son histoire avec les Championnats du monde.

« À Kentucky, j’étais trop jeune. À Caen, on venait de la dixième place de Badminton, donc tout le monde m’attendait un peu au tournant. À Tryon, je venais d’accoucher. J’avais encore un bébé attaché à mon sein. »

Chaque Mondial avait jusque-là son poids supplémentaire à porter.

Cette fois, le décor est différent.

« C’est la première fois que je pars vers des Jeux mondiaux avec l’impression d’être sereine. Ça fait un an et demi qu’on prépare cette échéance. »

Une phrase qui dit probablement davantage que son huitième titre belge.

Kiarado dans les starting-blocks

Si Quintus a parfaitement rempli sa mission à Arville, le regard est déjà tourné vers Kiarado d’Arville.

Le cheval avec lequel Lara voulait aborder cette échéance depuis le début.

Le parcours annoncé à Aix-la-Chapelle semble d’ailleurs taillé pour ses qualités.

« Hooney, c’est un peu un SUV. Tu mets du temps à accélérer, du temps à freiner. Une fois que c’est lancé, c’est lancé. Kiarado, c’est une voiture de sport. Tu fais un son de bouche, il revient. Tu fais u autre, il repart. »

Une comparaison qui résume parfaitement le choix de la championne.

« À choisir, c’est lui. C’est lui que je voulais. »

Vice-champion du monde des chevaux de sept ans, vainqueur à Boekelo, deuxième derrière Michael Jung à Marbach… Kiarado possède désormais le vécu pour répondre présent.

Et Lara aussi.

« C’est moi qui vais devoir porter l’équipe. Il va falloir que je sorte ma meilleure performance. Mais je me sens prête. »

Se refaire une santé

Il y a les chevaux à préparer. Et puis il y a la cavalière.

Depuis plusieurs semaines, Lara de Liedekerke-Meier compose avec un corps qui lui rappelle régulièrement que le concours complet ne fait pas de cadeaux. Sa clavicule, fracassée lors d’une lourde chute à Arville il y a deux ans, et re-fracturée (décidément) cette année lors de la Coupe des Nations de Marbach au mois de mai, reste encore douloureuse. Et comme si cela ne suffisait pas, deux côtes cassées sont récemment venues alourdir l’addition.

La mésaventure s’est produite à Maarsbergen, la semaine précédant Arville.

« Je montais en hackamore. Il a lâché et, du coup, je suis tombée de l’autre côté et je me suis explosé les côtes. »

Pas les conditions idéales pour monter 6 chevaux à Arville.

« Physiquement, je suis complètement à la ramasse, mais j’arrive vraiment à faire abstraction quand je suis à cheval. »

Cette capacité à serrer les dents ne signifie pas que tout est rentré dans l’ordre. Avec des côtes encore en convalescence et une clavicule toujours sensible, les prochaines semaines seront capitales. Vacances, repos et soins devront lui permettre de récupérer pleinement et de se présenter à Aix-la-Chapelle avec autre chose que la seule force mentale.

« Je vais essayer de prendre soin de moi à fond parce que cette échéance, je l’attends. »

À Arville, Lara a prouvé que la tête était prête. Reste désormais à remettre le corps au même niveau.

Retrouvez les résultats complets du championnat de Belgique de complet 2026 ici

(Photos © Harcy Photography)

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