À 20 ans, Lauranne Spits découvre le Saut Hermès comme on entre dans une cathédrale : un peu intimidée, les yeux grands ouverts, mais déjà habitée. Engagée dans les Talents Hermès avec Parel van het Russeltveld, la jeune Belge vit un week-end hors du temps, entre apprentissage accéléré et émotions brutes. À ses côtés, son frère Thibeau, passé par là, désormais installé en 5*, orchestre, conseille, ajuste. Une histoire de famille, version Grand Palais.
Un décor qui dépasse tout
Le Grand Palais n’est pas un concours. C’est une expérience sensorielle.
Et Lauranne Spits l’a compris dès ses premiers pas dans l’arène.
« C’est assez incroyable, honnêtement. Avoir l’opportunité de monter dans un endroit comme celui-ci, c’est déjà énorme. Et puis on apprend de tout : des cavaliers, de leur manière de travailler, de gérer leurs chevaux… On a presque l’impression de vivre comme un cavalier cinq étoiles, avec l’hôtel, les navettes… C’est un peu fou pour moi. (sourire) C’est vraiment une expérience différente, et je suis très reconnaissante d’avoir pu venir cette année. J’espère pouvoir revenir. »
Ici, tout est amplifié. Les regards, le silence, la lumière.
« Non, clairement pas. Justement, c’est pour ça que j’essaie d’en profiter au maximum. On ne sait jamais si on aura à nouveau cette chance, donc je prends tout ce qu’il y a à prendre ici. »
Entre deux mondes, la piste du Grand Palais
Entrer en piste pour la première fois ici, c’est un peu comme changer de dimension.
« J’étais un peu submergée. Je ne pensais pas forcément avoir ma place ici, ou alors je pensais que ce serait très difficile d’y accéder… Et finalement, j’y suis. Donc oui, j’étais vraiment très heureuse. »
Et puis il y a cette piste, unique.
« Oui, c’est assez spécial. On a l’impression de monter dehors… tout en étant à l’intérieur. Il y a la lumière, le soleil… ça donne une vraie sensation d’extérieur dans une piste indoor. C’est assez unique. Et franchement, c’est spectaculaire de monter ici. »
Parel, partenaire encore en découverte
À ses côtés, Parel van het Russeltveld, 11 ans, découvre elle aussi.
« Ma jument n’est pas vraiment habituée à ce type d’ambiance, avec autant de public. Elle est encore un peu tendue. Le premier jour, elle l’était beaucoup, mais ça s’améliore. d’épreuve en épreuve, c’était déjà mieux. J’espère qu’elle sera au top pour conclure ce dimanche. »
Un duo en construction, encore en phase d’ajustement.
« Oui, elle est assez sensible, donc je sais ce que je dois faire, et ne pas faire, avant d’entrer en piste. Même quand elle manque de confiance, elle essaie toujours de donner le meilleur. À moi de lui transmettre un maximum de sérénité. Elle fait toujours tout pour moi, elle est vraiment incroyable. »
Le lien est là. Profond.
« Je l’ai eue lors de ma dernière année junior, il y a environ trois ans. Elle avait sept ans à l’époque. L’idée, c’était de progresser ensemble sur des parcours plus importants, et éventuellement de la vendre plus tard. Mais mes parents ont tenu parole : ils m’ont laissé le temps de grandir avec elle. Et aujourd’hui, je suis là grâce à ça. Sans cheval, on ne vient pas sur ce genre de concours. Donc je suis vraiment reconnaissante de pouvoir encore compter sur elle. »
Pression douce et regard des autres
Parce qu’au Grand Palais, il n’y a pas que les obstacles.
Il y a aussi les attentes.
« Oui, clairement. Ce matin, j’étais assez tendue, alors que le parcours n’était pas énorme. Mais l’ambiance change tout. Tu as envie de bien faire, surtout quand tu es entourée de cavaliers cinq étoiles. Et puis beaucoup de gens savent que je suis “la sœur de”… donc ils s’attendent peut-être à quelque chose. Moi, je fais juste de mon mieux. Je ne suis pas encore là où je veux être, mais je travaille pour y arriver. »
Thibeau, conseiller très discret
Dans cette première au Saut Hermès, Lauranne n’est pas seule.
Elle avance en binôme. En famille.
« Oui, clairement. C’est la première fois qu’on dispute un concours de cette ampleur ensemble avec ma sœur. Au départ, elle était sélectionnée et pas moi… donc j’étais presque un peu jaloux. (sourire) Mais non, elle mérite totalement sa place. Ce genre d’événement, c’est complètement différent. On apprend énormément en regardant les meilleurs cavaliers évoluer ici. Et puis finalement, j’ai aussi pu être de la partie. Donc ça rend l’expérience encore plus sympa. »
Si Thibeau n’avait pas eu sa place sur ce Saut Hermès, il ne serait probablement pas venu voir sa soeur.
« Pas spécialement, non. J’aurais probablement été en concours ailleurs, à Lier par exemple. Lauranne est quelqu’un de solide, elle sait gérer seule. Mais évidemment, s’il le faut, il y a toujours quelqu’un de la famille pour être là. Maintenant que je suis sur place et qu’elle monte, c’est forcément plus pratique. »
Un rôle de grand frère (Thibeau vient de fêter ses 25 ans), mais un rôle presque effacé.
« Honnêtement, il est assez simple. Elle connaît très bien son travail. J’essaie surtout de l’aider un peu sur les parcours, de lui donner confiance. On échange nos impressions, on confronte nos idées. Mais au final, c’est elle qui connaît le mieux son cheval et ses sensations. Si je peux apporter un petit plus, tant mieux. Mais elle est déjà capable de construire son propre plan. »
Dans les reconnaissances, les détails font la différence.
« Oui, bien sûr. On a été formés pour être autonomes, mais avoir un deuxième regard, ça reste important. Parfois, juste confirmer une idée ou ajuster un détail, ça peut faire la différence. Et si je peux l’aider à ce niveau-là, c’est déjà très bien. »
Et surtout, aucune rivalité sur ce concours. Même pas un comparatif des performances.
« (rire) Non, pas vraiment. On ne se retrouve même pas en confrontation directe, donc ça change. Peut-être que ce serait différent sur un barrage ensemble… mais ici, l’idée, c’est surtout de se soutenir. On espère juste tous les deux faire un bon concours. »
Apprendre, encore et toujours
Au fond, Lauranne Spits ne s’égare pas. Elle sait pourquoi elle est là.
« Beaucoup de choses. Chaque concours t’apprend quelque chose, qu’il soit bon ou mauvais. On ne rentre jamais à la maison sans avoir progressé. Et pour moi, c’est ça le plus important : je suis là pour apprendre. »
Deux Spits sous la verrière, mais une seule logique : avancer ensemble. Lauranne découvre, Thibeau affine, et le Grand Palais devient le terrain d’un apprentissage familial grandeur nature.