Badminton, acte IV : Lara de Liedekerke avance sans trembler (ou presque)

Publié par Sébastien Boulanger le 05/05/2026

Quatrième participation, même frisson. Ce week-end, Lara de Liedekerke retrouve le mythique CCI5* de Badminton Horse Trials avec Honey d’Arville. Une préparation pas totalement linéaire, quelques doutes bien rangés dans une boîte mentale, mais une constante : la lucidité. À quelques jours du grand saut, la cavalière namuroise joue une partition qu’elle connaît par cœur… sans jamais la banaliser. Fidèle à son habitude, elle nous parle, sans filtre, d’un rendez-vous à part.

“On ne change pas grand-chose”

À l’approche d’un cinq étoiles, on pourrait s’attendre à une révolution. Il n’en est rien.

Bah idéalement, on change pas grand-chose.

Une ligne directrice claire. Mais derrière cette apparente stabilité, la réalité du CCI5* s’impose vite.

Les exigences sont plus élevées sur un concours cinq étoiles. C’est vraiment l’extrême à tout point de vue, tant dans le dressage que dans le jumping, mais surtout dans le cross.

Le décor est planté.

On part sur un cross avec la distance maximale, donc le cheval doit être affûté pour pouvoir courir douze minutes à cinq cent septante mètres minute.” Et encore, ce n’est qu’une moyenne. “Il y a des pics de vitesse, les obstacles sont gigantesques.

Le cœur en ligne de mire

Pas de recette miracle. Mais une mécanique bien huilée.

Quand je les entraîne, en général, j’ai neuf galops plus ou moins avant mon jour de cross.

Une montée en puissance progressive chez elle, sur les terres du château d’Arville, là où se déroulera le CCI 4* du mois de juillet.

Le sept et le huitième sont les plus intenses et le dernier va juste être un entraînement pour garder le cardiaque à niveau.”

Mais cette fois, la préparation a dévié du script.

J’ai eu une préparation un peu différente par rapport à d’habitude parce qu’on a eu une chute au mois de mars.

Conséquence :

La jument était un petit peu plus bloquée dans son travail que d’habitude.

Sur la dernière séance :

Aujourd’hui, c’était un entraînement de galop… normalement le dernier.

Le travail est précis.

“Je travaille sous forme d’intervalles… on utilise le dénivelé pour essayer de la pousser sans faire des kilomètres inutiles.

Avec une idée fixe :

Le muscle le plus important dans ce cas-ci, est le cœur.

Alors on pousse… mais pas trop.

Aujourd’hui, on l’a fait six fois. J’aurais normalement pu aller jusque huit, mais il faut parfois aussi savoir écouter son cheval.

La validation finale ne se fait jamais seul.

“On a enregistré l’entraînement de galop… je vais encore communiquer avec ma vétérinaire.”

Objectif : confirmer.

Je pense qu’elle va me dire que tous les feux sont au vert.

Mais aussi se rassurer.

C’est juste pour me rassurer… et essayer de pas faire trop d’anthropomorphisme.

Autrement dit, ne pas se dire que le cheval montre ceci, ou ressent cela si ce n’est pas le cas. Puis verrouiller mentalement.

Mettre toutes mes inquiétudes dans un coin de ma tête… fermer la petite boîte.

Et quand on demande si le couple est prêt pour l’autre « rendez-vous » de l’année.

Je dirais que oui… je dirais oui, qu’on est prêt.

Badminton, le frisson intact

Quatrième fois. Et toujours le même impact.

“C’est toujours aussi spécial.”

Les souvenirs s’empilent.

“La première fois… j’étais dixième. La deuxième fois, c’était un peu décevant. L’année dernière, c’était incroyable.”

Et aujourd’hui ?

Avec la prépa qui n’a pas été optimale, je ne suis pas aussi sereine que ce que j’aurais aimé.

Mais elle recadre immédiatement.

Ça reste un super concours. J’ai trop de chance de pouvoir y aller.” Lara reste Lara.

Moins de contrôle, plus de recul

Avec l’expérience, le regard change.

Je pense qu’il y a deux, trois ans, j’aurais été beaucoup plus stressée.”

Aujourd’hui :

“On peut pas tout contrôler.”

Alors elle accepte.

Avec la préparation que j’ai eue, j’ai fait ce que je pouvais.

Et surtout, elle savoure.

Je suis ravie de monter dans mon camion… d’aller jusque là-bas.

L’image est forte.

De traverser cette arche près du château… d’entendre mon nom.

Presque un rêve. Mais plus tout à fait.

“Ça reste un petit peu un rêve d’enfant. Aujourd’hui… c’est ma réalité.”

Objectif : terminer

Pas de projection chiffrée. Les sensations récentes la rendent prudente.

“Difficile à dire. J’ai pas eu le ressenti que j’aurais aimé avoir sur le cross.”

Alors elle simplifie.

Je vais devoir marcher le cross une fois, deux fois, trois fois…

Et viser l’essentiel :

De le terminer correctement.

Avant de conclure, fidèle à elle-même :

J’espère faire la meilleure perf qu’elle et moi, on est capable de faire.

Pas la préparation parfaite. Pas la confiance totale. Mais une cavalière alignée avec ce qu’elle est capable de faire ici et maintenant.

À Badminton, c’est parfois comme ça que commencent les bonnes surprises.