L’Allemagne n’a pas survolé Ocala du début à la fin. Elle a fait mieux : elle a tenu quand tout le monde commençait à tanguer. Samedi soir, dans la CSIO 5* Longines League of Nations à 770.000 dollars, l’équipe d’Otto Becker a profité du naufrage partiel des autres cadors pour s’imposer (avec 4 points), devant l’Irlande (8 à l’issue des deux manches) et la Belgique à 12. Le héros du dernier rideau s’appelle Richard Vogel. Son complice, Cloudio. Et derrière, toute une Mannschaft a joué juste.

L’Allemagne a gagné quand la soirée s’est mise à dérailler
Après la première manche, ce n’était pourtant pas écrit en lettres capitales. L’Irlande menait avec un score immaculé de zéro, les Pays-Bas suivaient avec un point de temps, tandis que l’Allemagne et la Belgique pointaient à quatre points. La Grande-Bretagne était déjà plus loin à neuf, devant la France à 12, le Brésil à 18 et l’Italie à 20. Et surtout, énorme secousse dans le tableau : les États-Unis, tenants du titre, n’ont même pas atteint la seconde manche, tout comme la Suisse, dans un format où seules huit équipes sur dix revenaient sous les projecteurs.
Puis le concours a changé de visage. Même parcours, mais plus du tout la même musique. En deuxième manche, seules trois paires revenaient par équipe et tous les scores comptaient. Traduction : plus de filet de sécurité, plus de cache-misère, et les fautes deviennent tout de suite plus lourdes à porter. C’est là que l’Allemagne a fait parler son sens du collectif : trois parcours sans faute pour verrouiller l’affaire et conserver seulement les quatre points ramenés du premier acte. Victoire finale avec 8 points, devant l’Irlande et la Belgique. La Grande-Bretagne termine quatrième avec 21 points, et les Pays-Bas, plombés par un lourd score, glissent jusqu’à la cinquième place avec 31.
Vogel ferme la porte, Cloudio met le cadenas
Le dernier mot est revenu à Richard Vogel, cavalier d’ancrage de l’Allemagne, auteur d’un double sans-faute avec Cloudio, un étalon Holsteiner de 12 ans par Casall x San Patrignano Cassini. C’est lui qui a scellé la victoire, dans ce rôle d’anchor rider où il faut entrer avec du sang-froid et sortir avec zéro. Vogel l’a dit lui-même : il arrivait dans une situation presque confortable, avec une barre à disposition, mais dans ce format, tout peut encore basculer très vite. Il a aussi souligné qu’il venait seulement de rencontrer Cloudio sur place pour cette Coupe des Nations, ce qui rend le double clear encore plus costaud.

Thieme retrouve Chakaria, et ça change tout
Dans cette victoire allemande, il y a aussi une histoire de retour. Andre Thieme, déjà vainqueur du Grand Prix J.P. Morgan à 350.000 dollars le jeudi avec Paule S, a cette fois sellé DSP Chakaria pour l’épreuve par équipes. La jument de 16 ans, championne d’Europe en 2021, revenait avec du vécu, du coffre, et visiblement encore pas mal d’essence dans le moteur. Thieme regrettait sa faute du premier tour, mais il a remis les pendules à l’heure en livrant un sans-faute dans la seconde manche. Dans ses mots, le plus important n’était pas seulement le score : c’était de retrouver cette jument à ce niveau après une blessure, et de sentir qu’elle était bel et bien de retour.

Kukuk, Dittmer, Becker : la profondeur allemande, encore et toujours
L’autre double sans-faute majeur du camp allemand est venu de Christian Kukuk avec Checker 47, de retour en piste pour leur premier concours de la saison 2026 après plusieurs mois sans compétition. Kukuk a expliqué qu’il n’avait plus concouru avec lui depuis décembre et a remercié l’équipe de Ludger Beerbaum à Riesenbeck pour avoir gardé le cheval prêt. Son ressenti ? Un Checker toujours aussi frais, toujours aussi partant, comme si les années ne s’étaient pas accumulées.

Et puis il y a René Dittmer, en première sélection Longines League of Nations, avec Corsica X. Pas le nom le plus clinquant du quatuor, peut-être, mais le genre de cavalier qui donne de l’épaisseur à une équipe. Dittmer l’a dit sans détour : gagner ici, entouré de cavaliers au palmarès pareil, c’est une sensation “incroyable”.

Otto Becker, lui, a résumé la semaine d’une phrase simple et brutale : “What a week, what a team!”. Pour le chef d’équipe allemand, cette victoire dans la Coupe des Nations compte énormément. Il a aussi salué l’organisation, la famille Roberts, Longines et surtout le tracé du chef de piste Alan Wade, qu’il a qualifié de fantastique.
L’Irlande pouvait y croire, les Pays-Bas ont craqué
Le concours, évidemment, ne se résume pas à l’Allemagne. L’Irlande avait la main après le premier tour. Cian O’Connor avec Chatolinue PS et Shane Sweetnam avec James Kann Cruz ont tous deux signé un double sans-faute. Le problème, c’est que les huit points concédés par Bertram Allen avec Qonquest de Rigo n’ont pas pu être effacés. C’est le genre de soirée où deux copies parfaites ne suffisent pas si la troisième laisse trop de traces.

Côté néerlandais, la chute au classement est encore plus violente. Le collectif orange était idéalement placé après la première manche, mais il a dû compter les 20 points de Kevin Jochems et Camilla van de Helle dans l’acte final. À ce niveau-là, c’est presque une condamnation immédiate : les Pays-Bas passent d’outsiders très crédibles à cinquièmes au général.

Une Belgique sobre et la France réduite à Mallevaey
Coté belge ce n’est pas l’extase, mais ce n’est pas la Bérézina non plus.
Une première manche proprette mais pas totalement clean: Si Nicola Philippaerts (Katanga v/h Dingeshof et Roy Van Beek (Cavoiro – H) sortent avec un parcours vierge du premier tour, les deux amazones, Emilie Conter (Portobella van de Fruitkorf) et Annelies Vorsselmans (Trezeguet) comptaient chacunes une barre au sol.

En deuxième manche Seul Roy Van Beek sécurisera le double sans-faute pour le plat pays.
Côté Français, la 6ème place finale est flatteuse.
Heureusement que le couple phénomène Mallevaey/Dynastie de Beaufour était là pour sauver les meuble avec à nouveau deux tours parfaits (ça commence à sentir le record). 20 points (4 et 16) pour Marie Demonte (Forban de Beliard), 16 points (8 et 8) pour Kevin Staut (Feline de Hus). Voilà que ne venait pas relever les 12 points effacés en première manche de Julien Anquetin avec Beau de Laubry Z
On oublie Ocala (sauf Nina), Next.

Ocala rebattra peut-être les cartes de toute la saison
Cette étape d’Ocala était la deuxième des cinq manches de la Longines League of Nations 2026, et la seule disputée en Amérique du Nord. Après Abu Dhabi et Ocala, la série doit encore passer par Rotterdam puis Gassin–Saint-Tropez, avant la finale de Barcelone du 1er au 4 octobre 2026. Avec ce succès, l’Allemagne prend la tête du classement général avec 190 points, devant la France à 155, l’Irlande à 150 et le Brésil à 130. Là encore, le message est limpide : les Allemands n’ont pas seulement gagné une soirée floridienne, ils ont pris la main sur la saison.
Retrouvez les résultats complets de la LLN d’Ocala ici
(Photos © FEI/Shannon Brinkman)