Après près de dix ans à son compte, Robinson Maupiler a rangé son costume de patron indépendant pour enfiler celui de cavalier de commerce chez Jan Tops, à Valkenswaard. Pas un repli stratégique. Pas une nostalgie de grande maison. Plutôt une occasion XXL, tombée au bon moment, dans l’une des écuries les plus identifiées du jumping mondial, reconnue pour son travail de formation, de trading et de mise en couple cheval-cavalier.
À 33 ans, le Français repart dans une machine de guerre. Mais avec son vécu, ses cicatrices et une idée simple : regarder devant.

Le coup de fil qui n’était pas prévu
Robinson Maupiler n’avait rien demandé. C’est souvent comme ça que les bonnes histoires commencent : par une proposition qu’on n’attend pas, puis qu’on finit par ne plus pouvoir refuser.
« Ça s’est fait un peu par Rafael Amaral Rodrigues, qui travaille pour Jan depuis quelques années, qui m’a proposé de venir travailler pour eux il y a six mois. Ce n’était pas du tout dans mes intentions. Ça fait neuf ou dix ans que je suis à mon compte et ça marchait. Avec des hauts et des bas comme tout chef d’entreprise, mais honnêtement, j’étais très bien à mon compte. »

Puis Rafael relance. Encore. Et encore. Jusqu’au jour où Robinson essaye un cheval pour dépanner. Le petit dépannage devient discussion. La discussion devient réunion. La réunion devient projet.
« J’ai eu un super feeling avec Jan. Il est vraiment motivé pour refaire l’écurie de commerce comme il y a eu il y a des années, ravoir plusieurs chevaux dans le sport, petit à petit remettre vraiment le truc en route. Et j’aimais vraiment le projet aux côtés de Rafael et Philippe de Balanda. »
Pas un retour en arrière, merci bien
La tentation était facile : voir dans ce retour en grande écurie une marche arrière. Après Stephex, Zangersheide, Karel Cox, puis l’indépendance, Maupiler reprendrait donc un rôle “chez quelqu’un”. Sauf que l’intéressé démonte l’idée avec la délicatesse d’un vertical pris plein centre.
« Bien sûr que c’est un pas en avant. Moi, je ne regarde jamais derrière. Je pense que quand on regarde derrière, on recule. Il faut regarder de l’avant et avancer. »
Voilà. C’est dit.

Et il ajoute :
« Si je devais retravailler pour quelqu’un, je ne pouvais pas mieux tomber. Ce n’était pas du tout dans mes plans. Aujourd’hui, c’est une grosse opportunité. »
Chez Tops, l’écurie est installée à Valkenswaard, autour d’un outil de très haut niveau, entre sport, commerce, élevage et formation. Le site officiel de Stal Tops présente la structure comme une écurie mondiale de saut d’obstacles, forte de plus de quarante ans d’histoire, avec un savoir-faire revendiqué dans l’association chevaux-cavaliers.
Et puis c’est à 20 minutes du lieu de résidence du cavalier français. Un plus.
Treize chevaux, huit par jour, zéro mélange
Aujourd’hui, Robinson Maupiler monte une petite quinzaine de chevaux, dans une tranche large, de 6 ans à des chevaux plus âgés. Mais pas question de faire l’usine.
« Actuellement, je dois avoir treize chevaux sur ma liste et je ne veux pas monter plus que huit chevaux par jour, parce que sur tous les chevaux que j’ai, il faut passer beaucoup de temps. »

Ses propres chevaux ? Ils existent encore, mais plus chez lui.
« J’en ai encore, parce que j’en avais quand même beaucoup. Je les ai dispatchés un peu à gauche et à droite. Ce sont des chevaux qui sont de toute façon dans le commerce, mais on ne peut pas séparer du jour au lendemain. Non, je ne les ai pas gardés avec moi. J’en ai déjà beaucoup chez Jan et à la fin, il ne faut pas tout mélanger. Moi, je travaille à 100 % pour Jan. »
Simple. Net. Propre.

Le commerce, cette école de la patience
Maupiler n’arrive pas dans le commerce comme un stagiaire qui découvre le café tiède du lundi matin. Stephex à ses débuts. La collaboration avec Zangersheide ensuite. Karel Cox. Puis sa propre structure. Le Français connaît la musique.
« Le commerce, ça a toujours été un truc qui m’a botté. Il faut bien savoir s’encadrer. J’ai eu la chance de travailler avec les bonnes personnes et j’ai essayé d’apprendre le mieux de chacun, puis de faire à ma sauce. »
Son métier ? Produire, construire, rendre lisible. Puis laisser partir.

« Produire des chevaux, ça a toujours été mon job. Les amener jusqu’à un point où ils sont vendus. Puis on recommence avec des nouveaux. Donner le truc à quelqu’un d’autre et recommencer un nouveau projet, j’ai toujours aimé. »
La définition du cavalier de commerce, selon Maupiler, tient en une phrase : rendre le cheval plus simple pour celui qui vient après.
« On doit être capable de tout monter : des grands, des petits, du sang, moins de sang, peu importe. Mais on doit surtout faire en sorte qu’à la fin chaque cheval devienne le plus facile possible, pour qu’il aille avec le plus de gens possible, pour le bon client. »

Jan Tops, businessman ? Oui. Homme de cheval ? Encore plus.
Jan Tops traîne forcément une image de bâtisseur. Fondateur du Longines Global Champions Tour, créateur d’un empire sportif et commercial, homme derrière les installations de Valkenswaard, notamment la Tops International Arena.
Mais Robinson insiste sur autre chose : le regard.

« Il est passionné à fond. Il est à fond dans l’élevage, parce qu’on a une vingtaine de poulains par an. Il adore venir quand on fait sauter les trois ans en liberté. Quand je saute un six ans au concours, que ce soit au training, il m’appelle après. Quand le cheval saute bien, il est excité comme un enfant. »
Et même loin des terrains, Tops regarde. Les parcours. Les chevaux. Les détails. Le commerce n’est pas seulement affaire de tableaux Excel et de coups de téléphone. Il y a encore de la poussière de piste dans le système.
Le sport, mais pas à l’envers
Maupiler ne débarque pas chez Tops avec un grand discours de conquête sportive. Il sait où il met les pieds. Il sait aussi ce qu’il veut reconstruire.
« Je n’ai jamais pensé au sport, parce qu’il y a énormément de cavaliers, des milliers qui sont meilleurs que moi. Quand j’étais à mon compte, ma priorité a toujours été de faire tourner la boutique. Aujourd’hui, je suis dans une écurie de commerce où, quand tout va bien aller, on va pouvoir penser au sport et il y a tout le fonctionnement autour qui est là pour. »
Pas de promesse en carton. Pas de storytelling. Juste une trajectoire : remettre la machine en route, produire, vendre, et, petit à petit, remonter.
« Quand tout va bien et que tout est là, petit à petit, on va essayer de gentiment aller vers le haut en faisant du commerce, bien sûr. »
“Boosté à trois mille pourcent”

Après une année plus calme, Maupiler a retrouvé du moteur. Et pas un petit moteur de tondeuse.
« L’année passée, j’ai fait une année un peu en stand-by, où j’ai beaucoup moins monté. Maintenant, c’est de nouveau à fond. Comparé à quand on est à son compte, on regarde les choses différemment. Mais boosté à trois mille pourcent, ça, c’est sûr. »
Le retour chez une grande écurie n’a donc rien d’un retour au bercail. C’est une prise d’élan. Robinson Maupiler a déjà connu les grandes maisons. Cette fois, il y revient avec une autre épaisseur. Moins petit dernier. Plus homme de métier.
Et comme il le dit lui-même :
« Looking forward. On verra bien ce qui se passe. »
À Valkenswaard, Robinson Maupiler a retrouvé quelque chose qui compte beaucoup dans ce sport : l’élan.
