Des Oranje un peu pâles

Publié par Sébastien Boulanger le 29/07/2026

Les listes de sélection se ressemblent souvent. Quatre cavaliers, un réserviste et quelques déclarations bien calibrées. Celle dévoilée par la KNHS raconte pourtant autre chose. Derrière les noms retenus pour les championnats du monde d’Aix-la-Chapelle se dessine une réalité que les Bataves n’essaient plus de masquer : dans les disciplines olympiques, l’heure n’est plus aux promesses de podium, mais à la quête d’une qualification pour les Jeux de Los Angeles. Une lucidité qui en dit long sur l’évolution du rapport de force mondial… et sur le chemin parcouru depuis leur dernier sacre sur cette même piste. Il y a 20 ans

Une présence sur tous les fronts

Les Pays-Bas n’ont pas l’intention de faire de la figuration à Aix-la-Chapelle. Du 11 au 23 août. Comme la plupart des grandes nations européennes, TeamNL sera représentée dans les six disciplines au programme des championnats du monde : dressage, saut d’obstacles, concours complet, para-dressage, attelage à quatre chevaux et voltige.

Une délégation complète qui témoigne de la vitalité du sport équestre néerlandais. Le directeur technique Laurens van Lieren ne s’y est d’ailleurs pas trompé.

« Je suis fier de cette importante et belle délégation que nous envoyons aux championnats du monde. Nous serons présents dans les six disciplines et nous avons, en attelage et en para-dressage, des chances de podium par équipes comme en individuel. Je n’exclus pas non plus une médaille en voltige. »

Bram Chardon
(Bram Chardon, une des grandes chances de médaille pour les Pays-Bas à Aix.)

Jusque-là, le discours est celui d’une nation ambitieuse.

Puis vient la nuance.

Les disciplines olympiques changent de discours

Lorsqu’il évoque le dressage, le concours complet et le saut d’obstacles, Laurens van Lieren ne parle plus de médailles.

L’objectif est tout autre : terminer parmi les sept meilleures nations afin d’assurer la qualification pour les Jeux olympiques de Los Angeles 2028. C’est tout ???

Le contraste est saisissant.

Il y a encore quelques années, les Pays-Bas figuraient presque systématiquement parmi les candidats au podium dans ces disciplines. Aujourd’hui, la fédération préfère afficher un objectif réaliste plutôt que de vendre un rêve difficile à atteindre.

Ce n’est pas un aveu de faiblesse.

C’est le reflet d’un sport où les écarts se sont considérablement resserrés.

Vingt ans après le sacre, retour à la Soers

Le hasard du calendrier offre un symbole presque parfait.

Les Mondiaux reviennent à Aix-la-Chapelle exactement vingt ans après les Jeux équestres mondiaux de 2006, lorsque les Pays-Bas avaient décroché le titre mondial par équipes sur cette même piste.

À l’époque, les oranje faisaient partie des nations qui donnaient le tempo du saut d’obstacles mondial.

Aujourd’hui, ils reviennent avec une ambition beaucoup plus pragmatique.

« De manière réaliste, nous devons viser une place dans le Top 7 afin de décrocher notre qualification pour les Jeux olympiques de Los Angeles », résume le sélectionneur Wout-Jan van der Schans.

Une phrase qui résume à elle seule la philosophie néerlandaise.

Une équipe bâtie sur la confiance

Pour relever ce défi, Wout-Jan van der Schans n’a pas cherché à surprendre.

Le sélectionneur a reconduit les couples qu’il suit depuis plusieurs mois et qu’il préparait déjà au printemps pour cette échéance.

Willem Greve Grandorado

Willem Greve et Grandorado TN N.O.P. emmèneront la sélection. À leurs côtés, Harrie Smolders retrouvera naturellement un rôle de leader avec Mr. Tac Deux piliers autour desquels le sélectionneur souhaitait construire son équipe depuis plusieurs mois.

Harrie Smolder Mr. Tac

La troisième place revient à Bas Moerings avec Ipsthar. Le cavalier de Roosendaal devait convaincre cette saison que son couple avait le niveau des grands championnats.

Bas Moerings  Ipsthar
(©Moerings Sporthorses)

« Il a réussi à faire ses preuves », estime Van der Schans.

Le dernier ticket revient à Michael Greeve et Denver, déjà aperçus lors des Championnats d’Europe l’an dernier. Le sélectionneur explique avoir échangé régulièrement avec son cavalier afin de préparer au mieux ce rendez-vous mondial. Leur participation discrète au CSI 4* de Valkenswaard, le week-end dernier, faisait d’ailleurs partie de cette montée en puissance.

Michael Greeve  Denver
(© FEI/Shannon Brinkman)

En cas de besoin, Mathijs van Asten fera le déplacement comme réserviste avec Cassina Dior. Une jument qui avait marqué les esprits lors de la Ligue des nations d’Ocala et dont le sélectionneur apprécie la ‘ »zénitude » sur les grandes pistes comme celles d’Aix-la-Chapelle.

Le paradoxe des Bataves

Cette sélection raconte finalement bien plus qu’une simple liste de noms.

Les Pays-Bas continuent de produire certains des meilleurs chevaux du monde. Le KWPN demeure une référence internationale. Harrie Smolders reste l’un des cavaliers les plus réguliers du circuit, tandis que Willem Greve s’est imposé comme une valeur sûre des grands rendez-vous.

Pourtant, la fédération néerlandaise n’aborde plus les disciplines olympiques avec le costume de favorite.

Ses plus grandes ambitions de médailles sont désormais assumées en attelage et en para-dressage. Le saut d’obstacles, le dressage et le concours complet regardent d’abord vers Los Angeles.

Le glissement est subtil, mais il est révélateur.

Il raconte l’évolution d’un sport où l’Allemagne, les États-Unis ou encore la Belgique disposent aujourd’hui d’une densité rarement observée. Pour rester dans le premier wagon mondial, il ne suffit plus d’aligner un ou deux cracks. Il faut quatre couples capables d’enchaîner les parcours sans faiblir.

C’est précisément ce que les Néerlandais espèrent retrouver à Aix.

Photo cover © KNHS

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