Koen Vereecke, vingt ans après, remet la Belgique à l’heure

Publié par Sébastien Boulanger le 19/09/2026

Il fallait deux manches, seize cavaliers et des nerfs particulièrement bien accrochés pour trouver un successeur à Jos Verlooy. À Lanaken, la finale du championnat de Belgique a fait voler le classement en éclats avant de consacrer Koen Vereecke et Merryweather Vt Leeuwerikenhof. Vingt ans après son premier titre national, le Belge remet ça. Pieter Devos prend l’argent avec Rainbow van’t Zorgvliet, tandis que Mathieu Bourdeaud’Hui, leader depuis mercredi, doit se contenter du bronze. Cruel pour l’un. Magistral pour les deux autres.

Seize cavaliers et pas le droit de respirer

Ils ne sont plus que seize.

Les seize meilleurs d’une semaine commencée mercredi et qui, au moment d’entrer dans cette finale, ressemble encore à une partie de Jenga jouée sur un bateau. Douze cavaliers se tiennent en moins d’une barre.

Autrement dit : accrochez-vous, ça va bouger.

Et ça bouge.

Bernard Mathy a préparé une première manche avec une idée assez simple : trier, mais sans envoyer les chevaux au casse-pipe.

« J’aime essayer de faire bouger le classement un maximum, sans les tuer non plus. Faire bouger le classement avec les fautes, mais aussi un peu avec le temps. Mettre un parcours délicat, qui va leur convenir à tous, sans mettre les chevaux dans le rouge », explique le chef de piste.

Mission accomplie.

Parce que les sans-faute des deux premières journées commencent soudainement à perdre des plumes.

Frédéric Vernaet et Orak d’Hamwyck T&L laissent quatre points sur l’avant-dernière difficulté. Gudrun Patteet se fait cueillir à l’entrée du triple. Gilles Thomas attend, lui, le milieu de la combinaison pour fauter. Thibeau Spits et Rozelien Dwerse Hagen paient encore plus cher avec deux fautes.

Le championnat que Mathieu Bourdeaud’Hui semblait avoir pris par le col depuis mercredi est soudain beaucoup moins lisible.

Devos et Vereecke passent entre les gouttes

Au milieu de ce petit jeu de massacre, deux hommes ont visiblement oublié de recevoir le scénario.

Pieter Devos et Koen Vereecke.

Les deux sont impeccables.

Devos déroule avec Rainbow van’t Zorgvliet. Vereecke fait pareil avec Merryweather Vt Leeuwerikenhof. Et puisque Mathieu Bourdeaud’Hui et Oscar the Homage commettent eux aussi une faute, le classement se retourne : Vereecke prend les commandes avant la seconde manche.

C’est exactement ce que Bernard Mathy voulait provoquer. Une finale dans laquelle chaque barre déplace trois cavaliers et où regarder le classement entre deux passages devient presque déconseillé aux cardiaques.

Reste alors une deuxième manche.

Et quelques comptes à régler.

Patteet ressort le couteau entre les dents

Certains ont une faute à effacer. D’autres une frustration à digérer.

Robin Van Thillo, troisième après la première journée du championnat puis tombé au fond du classement, repart à l’attaque. Cette fois, zéro. Il terminera finalement septième.

Wilm Vermeir et Adelio font de même. Sans faute, propre, efficace.

Mais la réaction la plus expressive vient peut-être de Gudrun Patteet.

Piégée par le triple en première manche, l’amazone revient avec une idée assez facile à deviner : pas question de terminer son championnat là-dessus. Cette fois, tout reste en place. Et lorsqu’elle franchit le dernier obstacle, sa joie raconte le reste.

Patteet vient surtout de mettre une bonne dose de pression sur ceux qui la précèdent encore.

Parce qu’ils ne sont plus que trois.

Mathieu Bourdeaud’Hui, Pieter Devos et Koen Vereecke.

À eux de répondre.

Bourdeaud’Hui, les regrets d’un presque champion

Mathieu Bourdeaud’Hui pourra longtemps repenser à cette barre de la première manche.

Parce que pour le reste, le jeune Belge a réalisé un championnat qui ressemble furieusement à une déclaration d’intention.

Leader après les deux qualifications avec Oscar the Homage, il savait que les écarts minuscules ne lui laisseraient pratiquement aucun joker. Avant la finale, il ne s’attendait d’ailleurs à aucune promenade.

« Je savais que cela allait être difficile. Je m’attendais à deux manches très lourdes et c’est ce qu’on a eu. Mais mon cheval a très bien sauté aujourd’hui et je suis vraiment très heureux de lui. »

Après ses quatre points de la première manche, le plan pour la seconde devient nettement plus rudimentaire.

« Faire sans faute », sourit-il.

Voilà. Parfois, le jumping n’a pas besoin de grandes théories

Oscar the Homage répond présent. Bourdeaud’Hui aussi. Une seconde de trop lui ajoute un point de temps, mais ne change pas l’essentiel : ce sera la troisième place.

Un podium, évidemment.

Mais pas tout à fait celui dont on rêve lorsqu’on a dominé les deux premières journées de la tête et des épaules.

Il y aura forcément quelques « et si… » à digérer. Et si cette barre était restée en place ? Et si cette seconde avait été grattée ailleurs ?

Le principal intéressé, lui, ne dramatise pas. Il n’avait même appris qu’en arrivant à l’échauffement qu’il pouvait devenir l’un des plus jeunes champions de Belgique.

« Je ne savais pas. On me l’a dit quand j’étais ici en train de m’échauffer. Je n’étais pas vraiment occupé avec ça. »

La suite ? Un peu de repos pour Oscar the Homage, puis direction la saison indoor.

À son âge, Bourdeaud’Hui n’a probablement pas terminé de venir jouer avec les grands.

Et les grands, justement, l’ont bien compris.

« Si vous passez avant lui au barrage, vous n’avez encore rien gagné »

Quand on demande à Koen Vereecke et Pieter Devos de parler du jeune homme qui vient de les accompagner sur le podium, les deux expérimentés ne distribuent pas les compliments par politesse.

Vereecke voit chez Bourdeaud’Hui « un jeune avec une très bonne mentalité en piste ».

Et surtout un garçon qui ne vient pas pour faire de la figuration.

« Il veut toujours être devant. Si vous devez passer avant lui dans un barrage, vous n’avez encore rien gagné, parce qu’il va tout donner. Parfois, il est peut-être encore un peu impétueux, mais cela va se régler avec l’âge. Et il garde aussi la tête froide. Je pense que c’est une très bonne qualité pour un cavalier. »

Pieter Devos appuie là où ça fait encore plus plaisir.

Il raconte avoir appris à connaître Bourdeaud’Hui sur quelques étapes Coupe du monde l’hiver dernier. Ce qu’il retient ? L’ambition, évidemment, mais surtout la manière de la gérer.

« C’est quelqu’un qui veut y aller, mais qui garde les pieds sur terre. Il sait qu’il faut travailler et que rien ne vous tombe simplement dans les mains. Il a de l’ambition, mais avance calmement, en construisant son chemin vers le haut. »

Et puis il y a ce championnat.

Mener. Prendre une faute. Voir deux vieux briscards vous passer devant. Et revenir malgré tout chercher le podium.

« À son âge, être devant dans un championnat, faire une petite faute puis revenir comme il l’a fait, c’est le signe que vous êtes très fort mentalement et que vous êtes fait pour ça. Je pense qu’on va encore beaucoup entendre parler de lui. »

Message reçu.

Mais pour cette fois, les anciens gardent encore les clés de la maison.

Devos et son « cheval phénoménal »

Reste Pieter Devos.

Avec Rainbow van’t Zorgvliet, le Belge est dans une drôle de situation : suffisamment proche du titre pour commencer à y croire, mais sans avoir son destin totalement entre les mains.

Alors il fait la seule chose qui lui reste à faire.

Zéro.

Pas une barre qui tremble. Pas davantage le cavalier.

Devos vient de terminer son championnat sans ajouter le moindre point en finale. Le titre est là, quelque part entre ses mains et l’entrée en piste du dernier concurrent.

Et lorsqu’il parle de Rainbow, le Belge, d’ordinaire plutôt mesuré, range lui-même la modestie au vestiaire.

« Je vais utiliser des superlatifs, ce que je ne fais pas souvent, mais je pense que je monte tout simplement un cheval phénoménal. Il n’y a presque pas de mots. »

Devos était pourtant arrivé à Lanaken sans mettre la médaille d’or dans le cahier des charges.

« Je suis venu ici pour lui donner de l’expérience dans un championnat. Il sautait déjà très bien ces dernières semaines et progressait chaque semaine. Mais il a énormément appris ici et il s’est encore amélioré chaque jour. Je commence aussi à vraiment bien le connaître. »

Évidemment, il aurait préféré la chaise d’à côté sur le podium.

Mais Devos sait aussi reconnaître ce qui vient de se passer.

« Je suis un peu déçu, bien sûr, parce que j’aurais préféré être assis là-bas. Mais félicitations à Koen : le meilleur a tout simplement gagné. »

Surtout, le vice-champion de Belgique semble avoir découvert à Lanaken que Rainbow possède encore une sacrée marge.

Le cheval est arrivé chez lui dix mois plus tôt. Sa progression depuis étonne même son cavalier. Devos ne l’imaginait pas forcément capable d’aller aussi vite aussi rapidement. Dès la première journée, Rainbow lui a montré le contraire.

« Je pensais d’abord terminer dans le top 15 et finalement je suis sixième. C’était déjà au-dessus de mes attentes. Et je sens surtout qu’il y a encore énormément de marge. »

Pas nécessairement un cheval de vitesse pure, concède Devos. Mais un cheval prudent, intelligent et que l’on peut encore apprendre à accélérer.

Bref, une finale perdue.

Mais peut-être quelque chose de beaucoup plus important de trouvé.

Koen, Merryweather et vingt ans de patience

Il ne reste plus que Koen Vereecke.

Merryweather Vt Leeuwerikenhof sous la selle.

Et probablement quelques litres de sang-froid dans les veines.

Le calcul est limpide. Devos vient de faire le boulot. Pour être champion, Vereecke n’a plus besoin de jouer avec le chronomètre. Il doit surtout laisser les barres là où Bernard Mathy les a posées.

Facile à écrire depuis une chaise.

Un peu moins quand un titre national attend de l’autre côté.

Dans le triple, Merryweather oblige son cavalier à s’employer. Vereecke remet un peu d’ordre dans la maison.

Puis plus rien.

Ou plutôt si : du calme.

Obstacle après obstacle, Merryweather donne l’impression que cette finale est une formalité administrative nécessitant simplement quelques signatures supplémentaires.

Dernier obstacle.

Toujours rien.

Koen Vereecke est champion de Belgique.

Pieter Devos prend l’argent. Mathieu Bourdeaud’Hui le bronze.

Et soudain, le calendrier fait très bien les choses.

2006-2026 : la boucle est bouclée

Parce que Koen Vereecke connaît déjà la musique.

En 2006, il remportait son premier championnat de Belgique seniors. C’était à Kapellen, avec Sulyman, hongre alezan de onze ans par Avontuur.

Cette année-là, Vereecke avait signé une performance assez remarquable : aucune faute aux obstacles sur les quatre manches du championnat.

Il devançait Jos Lansink et Thunder van de Zuuthoeve ainsi que Marc Van Dijck et Verelst Goliath.

Vingt ans plus tard, rebelote.

Autre lieu. Autre cheval. Quelques cheveux gris supplémentaires, probablement. Mais toujours cette faculté assez pratique, dans un championnat, à ne pas faire tomber les barres quand tout le monde commence à compter les points.

Cette fois, c’est Merryweather Vt Leeuwerikenhof qui lui offre son deuxième titre national.

Et celui-ci possède peut-être une saveur particulière.

Parce que vingt ans dans le sport de haut niveau, ce n’est pas seulement une ligne entre deux dates. C’est une carrière entière. Des chevaux qui arrivent, d’autres qui partent. Des saisons excellentes, des périodes moins simples. Des gamins qui débarquent et commencent à vous pousser dans le dos.

Dont un certain Mathieu Bourdeaud’Hui.

Et pourtant, Vereecke est toujours là.

Champion de Belgique en 2006.

Champion de Belgique en 2026.

Entre les deux, le jumping belge a changé de génération plusieurs fois. Lui a simplement continué à sauter.

Et dans vingt ans ?

Le titre prend d’autant plus de relief que le début d’année de Merryweather n’avait pas franchement donné envie de réserver la salle des fêtes.

Les choses ne se passaient pas comme prévu.

Puis la machine s’est remise en route.

Et à Lanaken, tout s’est aligné.

Alors l’année, qui avait commencé de travers, est désormais franchement réussie. Et « elle n’est pas terminée » précise t’il.

Reste une question.

Puisqu’il y avait vingt ans entre les deux premiers titres, est-ce qu’on reprend rendez-vous dans vingt ans ?

  1. Koen Vereecke. Troisième couronne ?

Le nouveau champion de Belgique éclate de rire.

« J’espère que ce sera mon fils à ce moment-là. »

Voilà qui nous emmène directement en 2046.

Koen aura alors 77 ans. On évitera donc de prendre des paris trop longtemps à l’avance sur celui qui sera en selle.

Mais dans la famille Vereecke, visiblement, on sait déjà quoi faire des vingt prochaines années.

Retrouvez les résultats complets du championnat de Belgique ici

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