Après l’acte collectif et quelques relents de plages californiennes parvenus jusqu’en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, les Championnats du monde d’Aix-la-Chapelle ont basculé ce vendredi dans leur deuxième chapitre : le Grand Prix Spécial. Trente couples, une médaille individuelle à aller chercher et, derrière, un autre petit jeu : terminer parmi les dix-huit autorisés à disputer la Kür de samedi. Pour la Belgique, avant le passage de Justin Verboomen et Zonik Plus, Larissa Pauluis et Flambeau ont fait le boulot. Pas tout à fait comme ils l’auraient voulu, mais suffisamment pour prolonger le week-end.

1-2-3 soleil, version dressage
Après deux jours de Grand Prix, une médaille par équipes et une première sélection naturelle, ils n’étaient plus que trente à revenir dans la grande arène d’Aix-la-Chapelle ce vendredi pour le Grand Prix Spécial. La FEI programme bien ce Special comme première finale individuelle des Mondiaux, avant le Grand Prix Freestyle de samedi soir.
Cette fois, plus question de compter les points des copains. Chacun pour soi, Dieu pour tous et les juges au milieu.
Avec tout de même un deuxième objectif derrière la quête du meilleur classement possible : gagner son ticket pour la Kür. Dix-huit places. Pas une de plus. Et avec la limitation du nombre de couples d’une même nation, il faut parfois davantage sortir la calculette que les jumelles.
Une sorte de 1-2-3 soleil version dressage. Le premier qui bouge a perdu.
Jeroen Devroe et Wim Verwimp n’ayant pas franchi le cut du Grand Prix, les espoirs belges reposaient donc sur deux couples : Larissa Pauluis avec Flambeau, puis Justin Verboomen et Zonik Plus. Ce dernier avait d’ailleurs terminé deuxième du Grand Prix avec 80,885 %, derrière Cathrine Laudrup-Dufour.
Autant dire que le plat pays avait encore quelques cartouches.

Barrez-vous si vous n’aimez pas le soleil
Et puisque le thermomètre avait lui aussi décidé de participer aux Championnats du monde, le programme du jour était coupé en deux sessions. Une le matin, une autre en fin d’après-midi, avec au milieu une longue pause permettant aux chevaux, et probablement à quelques humains, d’éviter le barbecue grandeur nature sur la plaine de la Soers.
Larissa Pauluis était, elle, de la « session du matin ». Enfin, façon de parler : entrée en piste à 12h19.
Flambeau, manifestement, n’avait rien contre l’idée de se dorer encore un peu la pilule.
Le Belge d’adoption a donc embarqué sa cavalière pour huit minutes de Grand Prix Spécial. Huit minutes éloignées de la météo du jour : de très belles éclaircies, puis quelques passages nettement plus nuageux.
« Je pense que j’ai très bien commencé », analyse Larissa à sa sortie de piste. « J’ai trouvé que le début de mon épreuve était vraiment bien. »
Et il l’était.
Le couple déroule, s’installe dans sa reprise et semble parti pour venir chercher un gros score. Jusqu’à ce que quelques grains de sable viennent se glisser dans la machine.
Deux fautes qui coûtent cher

La première arrive dans les changements de pied aux deux temps. La seconde sur le galop allongé. Deux moments qui, dans un Grand Prix Spécial mondial, coûtent vite beaucoup plus cher qu’un transat en première ligne sur la plage de Knokke.
« Dommage, on est passé derrière mes jambes un peu quand il change de pied », regrette Larissa. Puis Flambeau lui joue un autre petit tour : « Il me pique mon galop allongé, il n’écoute pas assez bien. Pourtant, je m’y attendais un petit peu, donc j’étais préparée, mais il l’a quand même fait. »
Et à ce niveau-là, les juges ne distribuent pas les points fidélité.
« Ces deux mouvements-là me coûtent énormément de points. Je suis un peu déçue parce que je pensais vraiment qu’il pourrait faire un très, très bon score aujourd’hui. »
Verdict : 72,325 %.
À cet instant de la compétition, Larissa Pauluis et Flambeau occupent la dixième place provisoire.
Pas exactement le score rêvé au moment d’entrer en piste. Mais suffisamment pour déclencher la deuxième épreuve de la journée : les mathématiques.

Sortez les calculettes
Parce qu’à Aix-la-Chapelle, ce vendredi, il ne suffisait pas de savoir piaffer. Il fallait aussi avoir suivi en cours de maths.
Pauluis est dixième. Dix couples doivent encore entrer en piste après la pause. Dans le scénario catastrophe où les dix lui passeraient devant, la Belge glisserait donc à la vingtième place.
Aïe.
Sauf que.
Parmi ces dix derniers concurrents figurent notamment un Allemand et un Danois. Or, trois couples de chacune de ces nations occupent déjà une position qualificative et seuls trois représentants par pays peuvent accéder à la Kür.
Vous avez suivi ?
Nous non plus, au début.
Mais après avoir sorti le papier, le crayon, une calculatrice et probablement demandé confirmation à quelqu’un qui avait fait maths fortes : dans le pire des scénarios, Larissa Pauluis récupère bien l’une des dix-huit places qualificatives pour le Freestyle. Ouf.
Elle le savait d’ailleurs en sortant de piste.
« Je serai dans les 18 pour la Kür. C’était un peu le goal. Aujourd’hui, c’est un peu en demi-teinte, mais il peut aussi s’envoler très bien sur la Kür et faire un truc super. »
Voilà pour les comptes.
La FEI confirme que le Grand Prix Freestyle, ultime finale individuelle du dressage, se disputera samedi soir à partir de 19 heures, sous les projecteurs du stade principal.
45 000 raisons de revenir

Et peut-être que ce samedi soir conviendra finalement encore mieux à Flambeau.
Parce qu’une Kür, c’est une autre histoire. De la musique, une reprise construite sur mesure, un stade en fusion et cette sensation très particulière qu’Aix-la-Chapelle sait produire mieux que beaucoup d’autres endroits sur la planète cheval.
Larissa Pauluis en salive déjà.
« Le public était incroyable. Moi, je n’ai jamais monté avec autant de public. 45 000 personnes, je pense, pour la Kür. Donc ça va être quelque chose. »
Avec, au milieu de la marée humaine, quelques touches de noir-jaune-rouge.
« J’ai vu plein de drapeaux, trop sympa. Ça fait vraiment plaisir d’être soutenue comme ça. C’est hyper encourageant. »

Alors oui, Larissa Pauluis aurait voulu davantage que 72,325 %. Elle avait commencé sa reprise avec l’impression, et l’ambition, d’aller chercher beaucoup plus haut.
Mais dans un championnat, il y a les jours où l’on gagne. Et ceux où l’essentiel consiste simplement à rester dans le jeu.
Larissa et Flambeau y sont toujours.
Prochaine étape : la Kür. Et d’ici là, la Belgique peut ranger la calculette et se concentrer sur la reprise de Justin Verboomen.
Les résultats complets du Grand Prix Spécial ici





