À Vienne, Budd et Patteet se glissent derrière l’intouchable Eckermann

Publié par Sébastien Boulanger le 27/09/2026

Katrin Eckermann n’a laissé que les miettes, samedi à Vienne. Avec Chao Lee, l’Allemande a survolé le barrage de l’épreuve 5* à 1,50 m du Global Champions Tour. Derrière, la Belgique a fait mieux que résister : Nathan Budd et Ely des Rosiers Z prennent une superbe deuxième place, juste devant Gudrun Patteet et Baron-RR Z. Pour Budd, qui dispute sa première saison sur le circuit, il s’agit de sa meilleure performance sur le Global.

Eckermann met tout le monde d’accord

Le décor était somptueux. Le chrono de Katrin Eckermann l’était encore davantage.

Dans l’arène installée devant le château de Schönbrunn, quinze couples avaient obtenu leur billet pour le barrage de cette épreuve à 1,50 m. Et lorsque l’Allemande s’est élancée avec Chao Lee, elle n’a pas exactement choisi l’option visite guidée dans Vienne. Mais plutôt la version j’envoie valser les autres.

(Photos ©GCL/Jan Vlcek)

Pied au plancher, mais sans perdre la précision.

Eckermann et sa jument de treize ans ont coupé les cellules en 36’’42, sans toucher une barre. Plus d’une seconde d’avance et, surtout, un sacré problème posé à tous ceux qui devaient encore s’élancer.

(Photos ©GCL/Jan Vlcek)

Les Autrichiens ont essayé de répondre. Bianca Babanitz et Dakato ont terminé avec quatre points en 41’’17. Katharina Rhomberg et Cuma 5 avaient, eux, le chrono pour inquiéter sérieusement Eckermann, mais une faute sur l’oxer noir du Global a anéanti leurs espoirs de victoire à domicile.

Tom Wachman et Obora’s Laura ont ensuite concédé huit points.

Puis Nathan Budd est entré en piste.

Budd et Ely, vite et propre

Pas de grand cinéma.

Avec Ely des Rosiers Z (Emerald x Thundervd Zuuthoeve), Nathan Budd a surtout livré un barrage très fluide. Le rythme est resté élevé, les courbes propres et les barres sur les taquets.

À l’arrivée : 37’’76 et zéro faute.

(Photos ©GCL/Jan Vlcek)

Pas suffisamment pour aller chercher Eckermann, mais assez pour s’installer à la deuxième place.

Et pour Budd, le résultat compte.

« Je trouvais que l’épreuve n’était quand même pas si facile. Au début, il y avait très peu de sans-faute et on voyait même quelques chevaux à la peine », raconte le Belge.

Schönbrunn est peut-être splendide sur les photos, mais l’endroit possède aussi ses petites particularités une fois qu’on se retrouve avec un parcours à sauter.

(Photos ©GCL/Jan Vlcek)

« C’est un concours qui est somptueux, mais particulier. On est devant le château, il y a l’éclairage et la piste n’est pas tout à fait droite. Ce n’est pas si facile. »

Ely, lui, avait visiblement décidé que l’architecture autrichienne ne serait pas son problème du soir.

Dès le premier tour, Budd sent qu’il y a quelque chose à jouer.

« Après le premier tour, j’avais le sentiment qu’il avait sauté avec tellement de facilité… Et je sais qu’il est vite. Alors je me suis dit : bon, on va essayer, on va faire ce qu’on peut. »

Ce qu’ils peuvent, ce samedi soir, c’est donc 37’’76.

Le problème, c’est qu’Eckermann avait fait 36’’42.

Budd ne semble pas particulièrement traumatisé par l’écart.

« Katrin est tellement vite et tellement forte que derrière elle, c’est comme si on avait gagné. »

(Photos ©GCL/Jan Vlcek)

Et Patteet transforme ça en tir groupé belge

Nathan Budd n’a même pas eu beaucoup de temps pour profiter seul de sa deuxième place provisoire.

Gudrun Patteet arrivait derrière.

Avec Baron-RR Z, la Belge a elle aussi appuyé sur l’accélérateur. Un nouveau parcours sans faute, engagé jusqu’au bout, bouclé en 37’’89.

(Photos ©GCL/Jan Vlcek)

Treize petits centièmes.

C’est tout ce qui sépare les deux Belges.

Patteet s’installe alors juste derrière Budd et transforme le classement en joli tir groupé noir-jaune-rouge : deuxième et troisième derrière Eckermann.

Et cette fois, le podium ne bougera plus.

(Photos ©GCL/Jan Vlcek)

Maikel van der Vleuten et Quastor vd Heffinck ont bien tenté leur chance, mais deux fautes à la sortie du double les ont repoussés avec huit points. Ciaran Nallon et Christians Carado ont ensuite signé un double sans-faute en 39’’90, insuffisant pour venir bouleverser le trio de tête.

Katrin Eckermann première. Nathan Budd deuxième. Gudrun Patteet troisième.

Deux Belges sur un podium cinq étoiles à Vienne. Il y a des samedis plus pénibles.

Ely des Rosiers Z, une histoire qui dure

La performance de Budd avec Ely possède également un peu de profondeur.

Le couple ne s’est pas constitué hier.

(Photos ©GCL/Jan Vlcek)

Et même le mot « couple » ne raconte pas complètement l’histoire puisque Ely est né à la maison.

Nathan Budd montait déjà sa mère avant que celle-ci ne se blesse à six ans. Ely est son premier produit.

« À cinq ans, il sautait déjà super. On a été champions de Belgique des cinq ans ensemble », raconte-t-il.

En 2023, Ely des Rosiers Z avait six ans lorsque Budd l’emmenait au Championnat du monde des jeunes chevaux à Lanaken. Ensemble, ils y remportaient la deuxième qualificative des six ans, disputée à 1,35 m.

Trois ans plus tard, le fils d’Emerald et d’une mère par Thunder van de Zuuthoeve se retrouve sur un podium CSI5* du Global Champions Tour.

La progression est plutôt jolie.

D’autant que cette saison n’avait pas été totalement limpide avec lui.

« Ely, ça a toujours été un bon cheval. La saison dernière, il sautait vraiment super. Mais cette saison, j’avais du mal à le retrouver à 100 %, comme il était. »

À Vienne, les sensations sont revenues.

Et avant même le barrage.

« Ici, dès le premier jour, je trouvais qu’il avait très bien sauté. Déjà au paddock, le feeling était super. Et quand il est comme ça, tu as l’impression que tout est beaucoup plus facile. »

Voilà sans doute ce qui compte autant pour Budd que la deuxième place elle-même.

« Non seulement c’est super d’avoir été deuxième, mais en plus je retrouve mon cheval comme il était, comme il est réellement. »

Le Championnat de Belgique pouvait attendre

Cette deuxième place donne aussi un peu plus de relief à une décision prise quelques jours auparavant.

La semaine dernière, Budd nous avait confié qu’il ferait l’impasse sur le Championnat de Belgique afin de préserver ses chevaux en vue de Vienne et de la suite de la saison.

Le choix répond d’abord à ses engagements sur le Global.

« Dans le Global, on signe aussi pour une équipe. C’est donc normal qu’on soit là pour l’équipe. »

Mais derrière l’obligation sportive se cache surtout une question de gestion.

Ely des Rosiers Z et H’Aubigny de Talma n’ont que neuf ans. Et la saison ne s’arrête pas à Vienne.

Alors il faut compter les concours, les parcours et les échéances. Bref, faire ce truc assez peu spectaculaire mais plutôt utile dans une carrière : choisir.

« Je trouvais que ça faisait trop pour eux. Ce résultat vient confirmer un peu ce que je pensais et ce que je voulais. »

Dans un monde idéal, évidemment, Budd aurait pu disputer le Championnat de Belgique, enchaîner avec Vienne et continuer gaiement sur le reste du calendrier.

Les chevaux ont cette fâcheuse tendance à rendre le monde idéal assez théorique.

« Il faut rester malin et raisonnable par rapport aux chevaux, à leur évolution et à leur âge. »

Une semaine après avoir laissé passer le Championnat de Belgique, Ely répond par deux parcours sans faute et une deuxième place dans une épreuve cinq étoiles.

Pas besoin d’en tirer de grandes théories.

Le choix n’a simplement pas été mal payé.

Une première saison qui se passe plutôt bien

(Photos ©GCL)

Pas besoin, là encore, de chercher midi à quatorze heures.

Nathan Budd dispute sa première saison sur le Global Champions Tour et vient d’y signer sa meilleure performance.

Mais lorsqu’on lui demande ce que cette première campagne lui apporte, il parle moins de résultats que d’une chose beaucoup plus basique : pouvoir sauter régulièrement à ce niveau.

« Avant, je sautais un cinq étoiles et, quand il était fini, je n’avais aucune idée de quand allait être le suivant. »

Dans un pays qui ne manque pas exactement de cavaliers capables de prétendre aux sélections cinq étoiles, la nuance est importante.

Avant le Global, Budd pouvait recevoir une opportunité sans savoir quand arriverait la suivante. Difficile, dans ces conditions, d’installer une véritable routine.

Son arrivée chez les Doha Falcons a changé la donne.

« Ici, on a un plan beaucoup plus établi. L’équipe est super et le team manager fait un top boulot. Tout est clair, tout est précis. Juste le fait de sauter beaucoup et d’avoir un plan, ça change. »

Et la régularité offre un autre luxe : celui d’avoir le droit de se tromper.

Ou plutôt celui d’avoir rapidement l’occasion de corriger.

« Si j’ai fait une erreur et que ce n’était pas assez bien, je peux réfléchir à la manière de l’améliorer pour le concours d’après. Avant, parfois, quand on faisait une erreur, c’était trop tard parce qu’on n’avait plus la sélection pour le suivant. »

Faire, analyser, recommencer.

Pas exactement la découverte du siècle. Mais dans le sport de haut niveau, pouvoir répéter l’exercice reste probablement l’une des meilleures façons de progresser.

« Cette saison m’a appris énormément de choses »

Il y a aussi tout ce qui ne figure pas sur les feuilles de résultats.

Les cavaliers croisés chaque semaine. Les discussions. Les façons différentes de travailler. Les petits détails observés chez ceux qui vivent dans cet environnement depuis des années.

« On rencontre plein de gens, on discute avec plein de gens. On a des points de vue différents sur des petites choses qui fonctionnent ou qui ne fonctionnent pas. Ça m’apprend beaucoup aussi. »

La saison du Haras des Rosiers a également été marquée par l’absence de Touardo Blue Z pendant une partie de l’année. Le cheval est désormais sur le chemin du retour, sans que son cavalier ne souhaite précipiter les choses.

(Cette saison, Budd a du composer sans Touardo Blue Z.)

Pendant ce temps, ses deux neuf ans ont pris du métier.

Et leur cavalier avec.

Vienne vient simplement poser un résultat concret sur cet apprentissage.

Pas une révolution.

Pas un changement de planète.

Et pas besoin d’en faire quinze tonnes.

Nathan Budd signe le meilleur résultat de sa première saison sur le Global avec un cheval né à la maison, qu’il dit avoir enfin retrouvé comme il le voulait.

Gudrun Patteet l’accompagne sur le podium.

Et devant les deux Belges, Katrin Eckermann et Chao Lee avaient simplement décidé que la première marche ne se négociait pas.

À Vienne, l’Allemande a gagné.

Derrière, les Belges ont plutôt bien ramassé les miettes.

Retrouvez les résultats complets de l’épreuve ici

Ne manquez pas la newsletter So Horse

Nous ne spammons pas ! Consultez notre politique de confidentialité