Dakar 2026 : l’Asie prend l’or, l’Afrique entre dans l’histoire et l’Europe regarde passer le train

Publié par Sébastien Boulanger le 06/11/2026

À Dakar, les Jeux olympiques de la jeunesse ont décidé de bousculer quelques habitudes. L’Asie s’offre l’or par équipes, l’Afrique décroche le bronze sur ses terres et l’Europe, pourtant bien partie, termine sans médaille. Le tout avec 24 jeunes cavaliers, des chevaux qu’ils ne connaissaient pas quelques jours auparavant et une bonne dose de nerfs. Bienvenue dans un concours où les réputations ne franchissent pas les obstacles à votre place.

DAkar 2026

L’Asie a trouvé la bonne formule

On attendait une bataille entre les grandes nations traditionnelles du saut d’obstacles. On a eu droit à une petite redistribution des cartes.

Jeudi 5 novembre, au Centre équestre de Diamniadio, l’équipe asiatique a remporté la première médaille d’or équestre des Jeux olympiques de la jeunesse de Dakar 2026. Avec 17 points de pénalité, elle a devancé l’équipe interaméricaine (21 points) et l’Afrique (29 points).

Dakar 2026 Sresht Raju Mantena
(Sresht Raju Mantena)

Quatre cavaliers composent cette équipe asiatique : l’Indien Sresht Raju Mantena, la Chinoise Ruirui Sun, l’Émiratie Alya Adnan Awadh Almheiri et l’Indonésien Nusrtdinov Zayan Fatih.

Dakar 2026

Quatre nationalités, quatre chevaux différents et une médaille commune. Pas exactement le quotidien d’une équipe de Coupe des nations.

Mais la belle histoire porte surtout un nom : Ruirui Sun. Mardi, la Chinoise avait encaissé 19 points de pénalité avec Astral Z. Deux jours plus tard, elle signait un sans-faute au moment où son équipe en avait besoin.

Dakar 2026 Ruirui Sun
(Ruirui Sun)

Entre les deux ? Quelques ajustements, un cheval plus détendu et une cavalière qui a su remettre les choses dans l’ordre.

Le genre de retournement qui rappelle qu’en équitation, le talent ne consiste pas seulement à bien monter quand tout va bien. Il faut aussi savoir réparer ce qui ne fonctionne pas. 

L’Afrique ne voulait pas seulement organiser la fête

Dakar 2026 marque une première historique : jamais un événement olympique n’avait été organisé sur le continent africain.

Et visiblement, les cavaliers africains n’avaient aucune intention de se contenter du rôle de figurants.

Avec 29 points, l’équipe continentale décroche le bronze. Une médaille qui dépasse largement le simple résultat sportif.

Parmi les artisans de cette performance, le Marocain Ghali Bougja produced a clear with Alato de la Cense lors de la seconde qualificative. Une prestation précieuse dans une compétition où les trois meilleurs scores de chaque équipe sont retenus.

(Ruirui Sun)Dakar 2026 Ghali Bougja Bo Reed
(Ghali Bougja du Maroc félicité par Bo Reed d’Afrique du Sud.)

Le podium africain rappelle aussi une évidence trop souvent oubliée : le saut d’obstacles international ne s’arrête pas aux frontières de l’Europe occidentale.

Et à Dakar, cette médaille a une saveur particulière. Elle arrive devant un public qui découvre l’olympisme à domicile et voit ses représentants rivaliser avec les meilleurs jeunes cavaliers de la planète. 

Eden Kazoum, le Sénégal au bout des rênes

Dans les tribunes, un nom résonne forcément un peu plus fort que les autres : Eden Milla Duscia Kazoum.

Seule représentante sénégalaise dans les épreuves équestres, la jeune cavalière porte sur ses épaules une pression que les classements ne racontent pas.

Mardi, associée à Gaby van de Rock, elle a terminé cinquième ex æquo de la première qualificative individuelle avec quatre points de pénalité.

Dakar 2026 Kazoum
(Eden Milla Duscia Kazoum)

Pas de sans-faute, mais une entrée en matière solide dans un contexte qui n’a rien d’ordinaire.

Car monter aux Jeux devant son public, avec un cheval découvert quelques jours plus tôt, n’est pas précisément la meilleure recette pour faire baisser son rythme cardiaque.

Kazoum a d’ailleurs qu’elle parlait régulièrement à son cheval pendant son parcours pour se rassurer.

Une méthode comme une autre. Certains comptent leurs foulées. D’autres discutent avec leur monture. Tant que les barres restent sur les taquets, personne ne va s’en plaindre.

Sa présence constitue déjà un symbole important pour le Sénégal, où l’équitation cherche à se faire une place sur une scène sportive internationale particulièrement concurrentielle. 

Dakar 2026

L’Europe avait les cartes, pas la médaille

Le résultat européen est sans doute l’une des surprises de cette compétition.

Après la première journée, le continent semblait pourtant avoir de sérieux arguments.

Dakar 2026 Platini
(Valentine Platini)

La Monégasque Valentine Platini et le Suisse Mike Smits avaient tous deux signé un sans-faute lors de la première qualificative. Smits a même poursuivi avec un deuxième parcours vierge de pénalité sur Barentin de Rampan.

Dakar 2026 Smits
(Mike Smits)

Mais une compétition par équipes ne se gagne pas avec un seul cavalier en état de grâce.

Pendant que l’Europe laissait filer ses ambitions collectives, l’Interamérique réalisait une remontée spectaculaire, notamment grâce aux sans-faute du Guatémaltèque Cristian Tejada Saravia, de l’Américaine Liza Tittle and Bruna de Rossetti Faine, engagée sous les couleurs du Chili.

Dakar 2026 Liza Tittle
(Liza Tittle)

Résultat : l’argent pour l’Interamérique et un podium qui se ferme devant les Européens.

La leçon est assez simple. Même dans une discipline où l’Europe possède une tradition immense, personne n’a de médaille réservée à son nom. 

Chevaux prêtés, certitudes envolées

C’est peut-être ce qui rend ces Jeux olympiques de la jeunesse aussi intéressants.

Contrairement aux grands championnats internationaux, où les cavaliers arrivent avec des chevaux qu’ils connaissent parfois depuis des années, les 24 participants de Dakar montent des chevaux mis à leur disposition.

Autrement dit, impossible de débarquer avec son partenaire habituel, ses automatismes bien huilés et trois saisons de complicité dans les bagages.

Il faut découvrir une nouvelle monture, comprendre son fonctionnement, adapter son équitation et construire une relation de confiance en quelques jours.

Une forme de speed dating équestre, avec des obstacles au milieu.

Ce format met particulièrement en lumière la capacité d’adaptation des cavaliers. Et rappelle que l’équitation n’est pas simplement une affaire de moyens, de chevaux prestigieux ou de pedigrees interminables.

À Dakar, il faut avant tout savoir monter.

Dakar 2026 Alya Adnan Awadh Almeiri
(L’Émiratie Alya Adnan Awadh Almeiri sacrée aussi avec l’équipe d’Asie.)

L’histoire des Jeux de la jeunesse montre d’ailleurs que cette compétition peut constituer un véritable tremplin. Le Suisse Martin Fuchs, médaillé d’or par équipes à Singapour en 2010, est ensuite devenu champion d’Europe et numéro un mondial. L’Italien Giacomo Casadei, sacré en individuel à Buenos Aires en 2018, a lui aussi poursuivi son ascension au plus haut niveau. Sans oublier Nicola Philippaerts qui à Singapour en 2010, s’était classé à la 23ème place individuelle, mais était rentré avec la médaille d’or par équipe.

Dernier rendez-vous, derniers frissons

Après les médailles par équipes, place à la finale individuelle ce vendredi 6 novembre.

Tous les 24 cavaliers ont obtenu leur qualification pour cette ultime confrontation. Les regards se tournent notamment vers Sresht Raju Mantena, Mike Smits et Cristian Tejada Saravia, tous auteurs de deux sans-faute lors des qualificatives.

Mais avec des chevaux prêtés et des adolescents qui découvrent la pression olympique, mieux vaut éviter de distribuer les médailles avant le dernier obstacle.

À Dakar, l’Asie a déjà remporté l’or, l’Afrique a trouvé sa place sur le podium et l’Europe a appris qu’un palmarès collectif ne saute pas les barres.

La relève mondiale a du talent. Et manifestement, elle n’a pas l’intention d’attendre son tour.

Retrouvez le programme et résultats here

(Photos: ©FEI/Kirsty Pasto)

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