À Dakar, il fallait des chevaux rapides, des cavaliers au sang-froid et, surtout, laisser les barres sur les taquets. Vendredi, le Suisse Mike Smits a parfaitement maîtrisé l’équation. Dernier à s’élancer dans un barrage à douze, il a devancé l’Américaine Liza Tittle et le Colombien Alejandro Gutiérrez Alcocer pour décrocher l’or individuel des Jeux Olympiques de la jeunesse. Avec Barentin de Rampan, le jeune Suisse signe une performance remarquable : pas une seule barre renversée durant toute la compétition. Une manière plutôt élégante de refermer le chapitre équestre de Dakar 2026.
Douze au barrage, pas de droit à l’erreur
Des finales se gagnent à l’usure. D’autres se jouent sur un virage, une foulée ou quelques centièmes. Celle de Dakar aura eu le mérite de réunir un peu tout cela.
Au Centre équestre de Diamniadio, douze couples avaient signé un parcours sans faute pour décrocher leur billet pour le barrage. Douze prétendants, trois médailles et une certitude : personne n’allait recevoir son podium en cadeau.
L’Américaine Liza Tittle, partnered with Senji de Reaute, posait une première référence sérieuse en 38 »51. Le Colombien Alejandro Gutiérrez Alcocer, en selle sur Villeroy van het Harteveld Z, répondait avec un nouveau sans-faute en 38 »72. Deux dixièmes à peine entre les deux.

Restait un cavalier. Mike Smits.
Dernier à entrer en piste, le Suisse connaissait l’équation : zéro faute et moins de 38 »51. Pas exactement le moment idéal pour découvrir le trac.
Mais Smits n’était manifestement pas venu au Sénégal pour collectionner les regrets. Avec Barentin de Rampan, il bouclait son barrage en 37 »81. Sans faute. Sept dixièmes de mieux que l’Américaine.
La Suisse tenait son champion olympique de la jeunesse. Et le suspense pouvait enfin prendre des vacances.

Smits, zéro barre et beaucoup de caractère
Le plus impressionnant dans cette victoire n’est peut-être pas le chronomètre.
C’est le zéro.
Pas une seule barre renversée durant toute la compétition. Dans une discipline où la moindre touchette peut transformer une médaille d’or en souvenir amer, Mike Smits et Barentin de Rampan ont traversé les épreuves avec une précision remarquable.
Et pourtant, le Suisse n’était pas arrivé avec une confiance débordante. Il avait abordé la compétition avec des doutes avant de progressivement prendre confiance au fil de ses parcours.
Au barrage, en revanche, plus question de calculer. Il fallait prendre des risques, sans perdre la précision qui avait fait sa force jusque-là.

L’autre particularité de cette performance tient au format des Jeux Olympiques de la jeunesse : les cavaliers montent des chevaux mis à leur disposition, découverts quelques jours seulement avant la compétition.
Autrement dit, pas de longues années de complicité ni de réglages peaufinés pendant des mois. Il faut comprendre son partenaire, trouver les bons boutons et construire une relation en accéléré.
Smits a visiblement su lire le mode d’emploi mieux que tout le monde. Et au passage il fait un peu oublier que l’Europe est passée à côté d’une médailles par équipe.
L’argent a de l’âge, le bronze a du courage
Derrière le Suisse, les deux autres médaillés n’ont pas démérité.
Liza Tittle repart avec l’argent grâce à Senji de Reaute, un cheval de 20 ans. À un âge où certains de ses congénères profitent déjà d’une retraite bien méritée, le vétéran a encore montré qu’il avait de la ressource. Un sans-faute rapide et une médaille olympique pour rappeler que l’expérience n’est pas toujours un handicap face à la jeunesse.
Le bronze d’Alejandro Gutiérrez Alcocer possède, lui, un petit parfum de scénario hollywoodien.
Le Colombien a chuté au paddock d’échauffement avant la finale, se blessant à un doigt. Passage par l’infirmerie, feu vert médical, retour en selle. Et quelques minutes plus tard, une médaille de bronze autour du cou.

Pas vraiment la préparation idéale. Mais une sacrée manière de terminer la journée.
Dakar, bien plus qu’une médaille
Cette finale referme une semaine particulière pour les 24 jeunes cavaliers engagés dans une compétition qui restera historique.
Pour la première fois, un événement olympique s’est déroulé sur le continent africain. Et au-delà des classements, Dakar aura offert à ces jeunes sportifs une expérience inhabituelle : découvrir un cheval inconnu, s’adapter en quelques jours, monter en équipe continentale et affronter une pression olympique que beaucoup de cavaliers expérimentés n’ont jamais connue.
La Sénégalaise Eden Kazoum, représentante du pays hôte, termine pour sa part 22e du classement individuel. Une présence symboliquement importante pour une édition organisée à domicile.

Quant à Mike Smits, il repart avec l’or, une semaine sans la moindre barre renversée et un nom désormais inscrit au palmarès olympique de la jeunesse.
À Dakar, le Suisse n’a pas seulement été le plus rapide.
Il a surtout été celui qui n’a jamais fait tomber son rêve.

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(Photos ©FEI/Kirsty Pasto)



