Champion olympique, champion du monde, champion d’Europe, ancien numéro 1 mondial. Jeroen Dubbeldam sait exactement ce que représente une finale du Top 10 IJRC… même s’il ne l’a jamais remportée. À Genève, le Néerlandais livre une analyse dense, directe, sans langue de bois, en passant en revue les dix cavaliers et leurs chevaux. Beaucoup de respect, mais aucune complaisance. Place au regard d’un homme qui sait.
Dubbeldam, une voix légitime entre toutes
Jeroen Dubbeldam n’est pas un consultant de salon. Il a gagné ce que le sport propose de plus difficile : un titre mondial, un titre européen, une saison 2015 exceptionnelle conclue au sommet du ranking FEI avec SFN Zenith. La finale du Top 10 IJRC, il l’a vécue de l’intérieur, à plusieurs reprises. Sans jamais la gagner. Mais toujours en sachant pourquoi.
« Chaque année, la finale du Top 10 rassemble une concurrence extrêmement forte. Mais si l’on regarde le plateau de cette année, je dois dire que c’est peut-être l’un des plus relevés que nous ayons jamais eus. »
Pour Dubbeldam, le niveau est total.
« Non seulement les cavaliers sont exceptionnels, mais les chevaux engagés le sont tout autant. Tous ont aligné leurs meilleurs chevaux. Ce soir, ce sera une véritable bataille. »
Analyse détaillée des dix combinaisons
Kent Farrington – Toulayna
Pour Dubbeldam, Kent Farrington arrive avec un statut clair : celui de l’homme à battre.
« Kent Farrington est tout simplement l’un des cavaliers les plus compétitifs du circuit. Sa forme cette saison est incroyable. Il a remporté un nombre impressionnant de Grands Prix 5*, probablement une dizaine, voire plus. »
Ce qui frappe le champion néerlandais, c’est la régularité presque mécanique de l’Américain :
« Il arrive ici avec des chevaux en pleine forme, toujours très bien préparés, et une régularité exceptionnelle. Kent sait exactement comment gérer ce type de finale, comment monter sur deux manches sans prendre de risques inutiles. Ce sera très difficile de le battre ce soir. »
Scott Brash – Hello Chadora Lady
Scott Brash impressionne par la profondeur de son travail sur le long terme.
« Ces dernières saisons, il a travaillé à la construction d’une nouvelle écurie de chevaux, et il a fait un travail remarquable. »
À Genève, il dispose d’une force de frappe rare :
« Il a ici trois chevaux capables de gagner aussi bien le Grand Prix que le titre du Top 10. Son piquet est extrêmement solide, et il reste sur de nombreuses victoires importantes. »
À cela s’ajoute la pression, mais aussi la motivation, du Rolex Grand Slam :
« Il est toujours en course pour le Rolex Grand Slam de dimanche, ce qui montre son niveau actuel. Quand Scott est dans cette dynamique, il devient extrêmement difficile à battre. »
Christian Kukuk – Just Be Gentle
Champion olympique oblige, Kukuk est analysé avec beaucoup de respect.
« Christian est évidemment un sérieux prétendant. Même s’il ne monte pas son cheval olympique, son cheval actuel est, à mon sens, tout aussi performant, voire encore plus compétitif sur la vitesse. »
Dubbeldam insiste sur le danger que représente ce type de cavalier :
« Christian est très déterminé, très compétitif. Il monte toujours pour gagner, et dans une épreuve comme le Top 10, cela peut faire la différence. Il est extrêmement dangereux ce soir. »
Ben Maher – Dallas Vegas Batilly
Avec Ben Maher, la discussion tourne rapidement autour de l’expérience.
« Il est toujours difficile de dire quel est son meilleur cheval, tant il en possède d’excellents, mais Dallas est probablement le plus expérimenté. »
Un cheval façonné par les grands rendez-vous :
« C’est le cheval avec lequel il a disputé le plus de grands championnats. Cette expérience compte énormément dans une finale à deux manches, où il faut gérer la pression, la fatigue et la lucidité. C’est une combinaison capable de gagner ce Top 10. »
Gilles Thomas – Qalista DN
Le regard de Dubbeldam devient plus nuancé, presque pédagogique.
« Gilles dispute sa première finale du Top 10 IJRC. Il ne monte pas Ermitage Kalone cette fois-ci, mais un cheval plus jeune, fils d’Emerald. »
Il revient sur l’expérience récente à Prague :
« Le cheval manque encore d’expérience à ce niveau. À Prague, lors du Super Grand Prix, Gilles a dû abandonner parce que le cheval s’est montré encore un peu vert pour cette classe. »
Mais le potentiel est évident :
« Je suis très curieux de voir ce que cela donnera ce soir. Le cavalier est exceptionnel, le cheval a énormément de qualités. Cela peut aller dans les deux sens. Pour moi, c’est le grand outsider de la soirée. »
Harrie Smolders – Monaco
C’est l’un des passages les plus élogieux de l’interview.
« Harrie Smolders est pour moi l’un des meilleurs hommes de cheval du circuit. Il est très à l’écoute de ses chevaux et ne leur demande jamais plus que ce qu’ils peuvent donner. »
Avec Monaco, la relation est totale :
« Ce soir, il monte son meilleur cheval. Ils se connaissent parfaitement. C’est une combinaison très solide, très mature, et pour moi l’un des grands favoris de cette finale. »
Julien Epaillard – Donatello d’Auge
Dubbeldam souligne immédiatement le facteur vitesse :
« Julien est engagé avec Donatello d’Auge. Lorsqu’il est sans faute, il est extrêmement difficile à battre. »
Il s’interroge néanmoins sur la durée :
« La finale se dispute sur deux manches. Donatello prend de l’âge, et je suis curieux de voir s’il est toujours dans la même forme qu’il y a quelques années. »
Mais le verdict reste clair :
« Julien est le cavalier le plus rapide du circuit. Dès qu’il est clair, il devient automatiquement un candidat à la victoire. »
Richard Vogel – Cloudio
Une combinaison en pleine ascension :
« J’ai vu Cloudio récemment dans plusieurs grandes compétitions, notamment à Calgary, où il a remporté une très belle épreuve. »
Dubbeldam reste prudent mais confiant :
« C’est un très bon cheval, monté par un cavalier très fort. La combinaison est encore relativement jeune à ce niveau, mais elle progresse très vite. »
Daniel Coyle – Incredible
Le ton devient personnel :
« Daniel est un cavalier que je connais très bien, puisqu’il s’entraîne avec moi. »
Même sans Legacy, la relève est assurée :
« Il n’est pas ici avec Legacy, qui sera bientôt mise à la retraite après une carrière exceptionnelle, mais avec un autre cheval extrêmement compétitif, avec lequel il a déjà gagné de grosses épreuves, y compris un Grand Prix 5. »*
Et Dubbeldam conclut avec conviction :
« Daniel est capable de choses que l’on n’attend pas toujours. Il peut rendre possible l’improbable. Il peut clairement jouer un rôle ce soir. »
Steve Guerdat – Venard de Cerisy
Le respect est total.
« Steve Guerdat est toujours un plaisir à voir en piste. C’est un cavalier très expérimenté, avec un cheval lui aussi très expérimenté. »
À domicile, malgré la pression et son retour après blessure :
« Il revient d’une opération du dos, mais je l’ai vu monter ces derniers jours : il est en forme. »
Dubbeldam conclut presque en admirateur :
« Je suis un grand fan de Steve, de son équitation et de son approche du cheval. Et, ce soir, il a clairement les moyens de s’imposer. »
Le pronostic de Jeroen Dubbeldam
S’il devait choisir trois noms :
« Harrie Smolders, Steve Guerdat et Daniel Coyle. »
Un choix guidé par une certaine vision du sport :
« Harrie et Steve sont deux cavaliers que j’admire énormément pour leur horsemanship, et Daniel est mon élève. J’espère sincèrement que l’un d’eux l’emportera. »
Dans une finale du Top 10 IJRC aussi dense, l’analyse de Jeroen Dubbeldam rappelle que, au plus haut niveau, la victoire ne se joue pas seulement sur la technique ou la vitesse, mais sur l’équilibre subtil entre le cavalier, le cheval et l’intelligence du moment. Ce soir, à Genève, la vérité sera en piste.