La libre circulation des chevaux dans le Benelux, c’est terminé, ou presque. Depuis la modification du mémorandum de 2017, l’exemption de certificat sanitaire ne vaut plus que pour certaines zones frontalières très précises. Pour le reste : papier AFSCA (Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire), vétérinaire officiel, anticipation obligatoire. Et dans les vans, entre Namur, Liège, Ternat, Luxembourg ou Peelbergen, la géographie devient soudain un sport de haut niveau.
Le Benelux, ce n’est plus open bar
Pendant des années, le monde équestre belge a vécu avec une petite exception bien pratique : pour certains déplacements non commerciaux dans le Benelux, pas besoin de certificat sanitaire. Concours, loisirs, activités sportives, pâturage frontalier : on chargeait le cheval, on passait la frontière, et tout le monde rentrait à l’écurie sans avoir récité le code sanitaire européen.
Cette époque vient de prendre un sérieux coup de sabot.
L’AFSCA confirme que les règles ont changé : l’exemption ne s’applique plus à l’ensemble du Benelux, mais uniquement à certaines provinces frontalières. En dehors de ces zones, le certificat sanitaire redevient obligatoire. La circulaire entrée en vigueur le 12 mai 2026 abroge l’ancien accord Benelux de 2017.

La nouvelle carte : bienvenue dans le casse-tête provincial
Sans certificat sanitaire, les mouvements restent possibles uniquement dans des cas précis.
Depuis la Belgique vers les Pays-Bas, l’exemption concerne les chevaux provenant de Flandre occidentale, Flandre orientale, Anvers, Limbourg ou Liège, et se rendant en Zélande, Brabant-Septentrional ou Limbourg néerlandais. Vers le Grand-Duché, seules les provinces belges de Liège et de Luxembourg bénéficient de la dérogation.

Le reste ? Certificat.
Anne De Bie, avocate (Equilegis), résume le piège : un cheval qui part de Namur vers le Luxembourg doit désormais passer par la case AFSCA. Un cheval de la province de Luxembourg, lui, peut encore bénéficier de l’exception. Même pays, pas même traitement. Le droit adore les frontières. Le cheval, beaucoup moins.
“On ne pourra plus se dire : je charge et je vais vite au Luxembourg”
Concrètement, explique Alexandra Masuy, d’Alma Equestrian Management, il faudra faire “comme quand on va ailleurs que dans le Benelux” : demander un certificat sanitaire à l’AFSCA, avec passage d’un vétérinaire officiel et délivrance d’un document de sortie.
Et là, l’habitude du départ improvisé prend cher.
Anne De Bie prévient : “On ne pourra plus se dire : je charge au van et je vais vite au Luxembourg.” Le certificat vaut pour un trajet, pas pour un mois de liberté totale. Pour les cavaliers, éleveurs, marchands, stud-books et organisateurs, cela signifie plus d’anticipation, plus de frais, plus de délais.
Selon Anne De Bie, le coût moyen évoqué pour un certificat AFSCA tourne autour de 150 à 200 euros. Un détail ? Pas vraiment, surtout quand plusieurs chevaux doivent passer une admission de stud-book ou un événement à l’étranger.
Le centre du pays, grand perdant du nouveau Monopoly
La réforme crée des situations franchement savoureuses. Un cavalier liégeois qui va dans une zone néerlandaise autorisée peut rester dans le cadre de la dérogation. Un cavalier de Ternat qui veut faire le même trajet devra, lui, prévoir un certificat. Même destination, deux réalités.
Alexandra Masuy le dit très simplement : “Ça va vraiment dépendre d’où mon client se trouve.” Autrement dit, avant de regarder l’heure de passage en piste, il faudra regarder la province de départ.

Anne De Bie pointe aussi les absurdités frontalières : des propriétaires belges obligés de traverser le Luxembourg pour aller d’un point belge à un autre, des pâtures littéralement coupées par une frontière, des randonneurs équestres qui découvrent que la balade longue distance pourrait nécessiter un papier sanitaire. Aucun élément officiel clair ne permet encore, à ce stade, d’affirmer que tous ces cas seront traités avec souplesse.

Une tolérance jusqu’au 30 juin 2026, pas une permission éternelle
L’AFSCA prévoit une période transitoire jusqu’au 30 juin 2026 inclus. Pendant cette période, aucune sanction ne sera infligée pour les mouvements non commerciaux qui respectent les conditions du mémorandum mais se déroulent en dehors des nouvelles zones frontalières.
Traduction : le secteur a quelques semaines pour atterrir.
Après, les contrôles pourront faire beaucoup moins dans la pédagogie et beaucoup plus dans le procès-verbal. Anne De Bie parle d’infractions majeures, avec risque d’amendes lourdes et, selon les cas, de poursuites. Bref : jouer au plus malin avec un van et un passeport équin pourrait coûter plus cher qu’un week-end de concours mal engagé.

Santé animale ou machine à papier ?
Officiellement, l’AFSCA rappelle que le certificat sanitaire n’est pas “un simple document administratif” : il atteste qu’un cheval a été examiné par un vétérinaire officiel avant le départ et qu’il ne présente pas de symptôme de maladie à déclaration obligatoire.
Sur le terrain, le discours passe moins crème. Anne De Bie relève que beaucoup y voient aussi une réponse aux fraudes à l’importation et aux montages un peu trop créatifs autour des mouvements de chevaux. En clair : certains ont joué avec les failles, tout le monde récupère la facture.
Et comme souvent, le cavalier lambda découvre qu’il paie aussi pour les artistes du contournement.
Conclusion : le nouvel obstacle est administratif
La réforme ne signe pas l’arrêt des déplacements de chevaux dans le Benelux. Elle signe la fin du réflexe automatique.
Désormais, avant de charger, il faudra vérifier : province de départ, province d’arrivée, nature du déplacement, certificat ou dérogation. Le cheval, lui, continuera probablement à monter dans le van sans comprendre pourquoi son concours à deux heures de route ressemble désormais à une opération d’import-export.
Le Benelux avait rendu la frontière presque invisible. L’AFSCA vient de la repeindre en rouge.
Retrouvez la directive de l’AFSCA ici