Quentin Simonet, le président qui préfère les clubs aux salons VIP

Publié par Sébastien Boulanger le 20/05/2026

Président ad interim de la Fédération Équestre Européenne (EEF), Quentin Simonet n’a pas vraiment le profil du dirigeant qui rêve de tapis rouges et de tribunes olympiques. Lui parle surtout de clubs, de développement et de “piétons transformés en cavaliers”. Un discours presque à contre-courant dans un sport souvent obsédé par le très haut niveau.

Le gamin des poneys devenu patron provisoire de l’Europe

Chez les Simonet, tout commence avec des poneys familiaux qu’on refuse de vendre malgré la croissance des enfants.

« On n’a pas voulu vendre les poneys. On a continué avec eux malgré notre grande taille », raconte-t-il. 

L’attelage arrive ensuite (son frère est le meneur international Edouard Simonet). Puis les études. École de commerce, management du sport, sans objectif précis de carrière dans les chevaux.

« La passion m’a un petit peu rattrapé », glisse-t-il simplement. 

La Fédération Française d’Équitation devient alors son terrain de jeu professionnel. Relations internationales, gestion de l’attelage, logistique olympique pour Rio, Tokyo et Paris : Simonet grimpe les échelons sans faire beaucoup de bruit. En 2019, il entre au board de l’EEF. Aujourd’hui, il en assure la présidence par intérim après le départ de Theo Ploegmakers pour raison de santé.

Et visiblement, le costume ne lui monte pas à la tête.

(©EEF)

“Le vrai sujet, c’est la base”

Là où beaucoup de dirigeants vendent d’abord des médailles, Quentin Simonet parle surtout… de poneys clubs.

« La notion de développement sur laquelle on doit le plus travailler, c’est l’accessibilité de nos activités équestres », insiste-t-il. 

Le constat est limpide : sans renouvellement à la base, le haut niveau finira par s’effondrer tout seul.

« Si on n’arrive pas à renforcer cette base-là, dans un futur à plus ou moins moyen terme, on aura des vrais gros challenges. » 

Et Simonet pousse même le raisonnement plus loin que la simple compétition.

« Il faut qu’il y ait un peu plus de piétons transformés en cavaliers dans les années à venir. » 

La formule résume parfaitement sa vision : l’équitation doit arrêter de parler uniquement aux initiés si elle veut continuer à peser face aux débats sociétaux sur le bien-être animal ou l’utilité du sport équestre.

Un Européen convaincu

Dans son discours, le mot “collectif” revient constamment. Pas très glamour. Mais très révélateur.

Pour lui, l’Europe équestre ne doit pas être une compétition permanente entre fédérations.

« Sur le développement, il n’y a pas de compétition entre des Belges et des Hollandais », explique-t-il. 

Le rôle de l’EEF ? Mutualiser les idées, aider les fédérations plus fragiles, accompagner les programmes de formation et faire circuler les bonnes pratiques.

Une approche de terrain mais solide de la politique sportive européenne.

La Longines EEF Series, son projet étendard

Quand il parle de la Longines EEF Series, le débit accélère un peu. Normal : c’est probablement le projet qui symbolise le mieux sa vision.

« C’est le plus gros circuit de Coupe des Nations en Europe », affirme-t-il. 

Surtout, le Français voit ce circuit comme une rampe d’accès vers le très haut niveau.

« On va avoir de plus en plus de cavaliers qui seront passés sur la Longines EEF Series et qui formeront les équipes une de nombreuses nations. » 

Le renouvellement du partenariat avec Longines pour cinq années supplémentaires vient renforcer cette ambition. Une stabilité rare dans un sport où beaucoup de circuits vivent parfois sous perfusion économique.

Pas déconnecté du terrain

Le risque classique des dirigeants sportifs ? Finir loin du terrain. Simonet en est conscient.

« Je sais d’où je viens. Je viens vraiment du sport et d’une pratique familiale passionnée. » 

Il continue d’ailleurs à travailler quotidiennement au sein de la Fédération Française d’Équitation, au contact des problématiques administratives, des clubs et des organisateurs.

Et ça change probablement beaucoup de choses.

Parce qu’entre deux réunions FEI et trois assemblées générales, certains oublient parfois qu’une fédération vit surtout grâce aux bénévoles, aux coachs de club et aux familles qui chargent le van le dimanche matin.

(©EEF)

Simonet, lui, semble encore parler leur langue.

Pour combien de temps ? Réponse en septembre, à la veille de ses 40 ans, lors de l’assemblée générale de l’EEF. D’ici là, le Français avance sans trop se projeter.

« Candidat ou pas sur ce poste de présidence, je reste extrêmement motivé pour faire avancer les choses. » 

Et dans le petit monde des institutions équestres, ça ressemble déjà à un programme.

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