Pierre Arnould, roi d’un jour… et d’une revanche

Publié par Sébastien Boulanger le 04/05/2026

Sous le soleil tranquille de Zutendaal, Pierre Arnould a remis les pendules à l’heure. Champion de Belgique d’endurance 2026, vingt-neuf ans après son premier sacre, le cavalier belge signe un retour aussi improbable que symbolique. Une victoire construite sur 160 kilomètres, une jument de cœur… et une trajectoire cabossée qui retrouve enfin son cap.

Un championnat en trompe-l’œil, une victoire bien réelle

Vendredi 1er mai, dans le Limbourg, le décor avait tout du parfait terrain de jeu : soleil doux, piste roulante et ambiance détendue. À Zutendaal, juste derrière les installations de Zangersheide, le championnat de Belgique d’endurance se disputait sur l’épreuve reine : 160 kilomètres.

Quatorze cavaliers au départ, cinq nations représentées, mais côté belge, le tableau s’est rapidement éclairci. Très éclairci.

« Le seul Belge qui termine, c’est moi », résume le cavalier fondateur de l’Écurie des Alizés, sans détour.

Quatrième de la course internationale, mais seul rescapé national, il s’offre logiquement le titre. Une victoire au goût particulier, presque brut : pas de duel final, mais une course d’usure où il fallait simplement survivre.

Gibson Al Ondrel, la jument des liens et des héritages

Au cœur de ce succès, une jument au pedigree émotionnel chargé : Gibson Al Ondrel, 10 ans.

Née dans l’élevage familial fondé par son frère disparu, elle incarne bien plus qu’un simple partenaire sportif. Une histoire de transmission, presque de continuité.

« C’est le cheval de Karin (Boulanger) à la base », précise Arnould, évoquant sa compagne, déjà quintuple championne de Belgique. Elle avait d’ailleurs remporté le titre avec cette même jument il y a deux ans.

Un cheval sûr, expérimenté, capable d’encaisser les kilomètres. Bref, le choix logique pour viser haut.

AlUla, l’échec fondateur

Quelques mois plus tôt, direction l’Arabie Saoudite. Arnould est invité à courir à AlUla, futur théâtre du championnat du monde.

Problème : plus de cheval après la perte de Jadara’h sur colique.

Solution : Gibson.

Résultat : élimination à 20 km de l’arrivée.

Mais derrière l’échec, un constat : la jument est au niveau.

« On était très contents de ce qu’elle avait montré. »

Assez pour relancer la machine. Et viser Zutendaal.

Une victoire qui ouvre des portes… sans garantie

Avec cette performance sur 160 km, Arnould coche une case essentielle : l’éligibilité pour les championnats du monde.

Mais éligible ne veut pas dire sélectionné.

« Je ne suis pas dans le secret du sélectionneur. »

Même situation pour Karine, qui dispose de deux chevaux qualifiés. Le couple pourrait se retrouver… ou se croiser. Rien n’est encore décidé.

Retour au sommet, 25 ans plus tard

Le plus frappant, ce n’est pas le titre. C’est le timing.

Arnould avait quitté le haut niveau en 2001. Revenu à la compétition fin 2022, il enchaîne depuis les résultats.

Et surtout, il revient de loin.

Englué dans une procédure face à la Fédération Équestre Internationale, il a dû défendre son intégrité devant le Tribunal arbitral du sport.

Verdict : blanchi à 100 %.

Un an de combat. Une réputation à reconstruire.

Alors forcément, ce titre a une autre saveur.

« Le goût est meilleur que celui décroché il y a 29 ans. »

Une dynastie belge de l’endurance

Derrière la victoire individuelle, il y a aussi une histoire familiale.

Karine : 5 titres.
Pierre : 2 titres.
Le frère : 1 titre.
La fille : 1 titre.
Le neveu : 1 titre.

Total : 10 titres nationaux dans la même famille.

Une dynastie. Rien de moins.

Dans une discipline où tout se joue sur la gestion, la patience et la résilience, Pierre Arnould vient de signer une victoire à son image. Pas spectaculaire. Pas clinquante.

Mais solide, construite, et terriblement signifiante.

Le genre de titre qui ne fait pas que remplir une ligne de palmarès. Le genre de titre qui remet une carrière à l’endroit.

(Photos © Collection privée)