Aachen : les Belges allument la mèche, Lillie Keenan met tout le monde d’accord

Publié par Sébastien Boulanger le 23/05/2026

Aix-la-Chapelle, ce théâtre où personne ne triche. Tribunes combles. Herbe parfaite. Silence lourd avant les départs, puis cette rumeur typique d’Aix-la-Chapelle, celle qui monte quand le public sent qu’un truc est en train de se passer. La deuxième qualificative pour le Grand Prix Rolex avait tout du piège chic : 1m55, barrage, 48 couples, et un chef de piste, Frank Rothenberger, qui n’avait visiblement pas prévu d’offrir des souvenirs gratuits.

Les fautes sont tombées un peu partout. Pas de carnage, mais pas de promenade non plus. L’entrée de la dernière ligne a notamment rappelé que, dans ce stade, même les très bons peuvent soudain avoir l’air de chercher la sortie. Au bout du premier tour : 13 sans-faute, 12 repartants pour l’explication finale.

Brash pose, Guéry explose

Scot Brash Hello Mango

Scott Brash ouvre le barrage avec Hello Mango (Untouchable 27 x Numero Uno) et plante une première borne : 42’’56. Propre, sérieux, mais pas encore le feu d’artifice. McLain Ward tente sa chance avec Lestro vd Valckenborg (Stakkato Gold x Animo) : 4 points, 44’’40, podium déjà rangé dans la boîte à regrets. Sophie Hinners ne fera pas mieux.

Puis arrive Jérôme Guéry. Et là, changement de chaîne.

Avec Quito de Mariposa, BWP de 10 ans par Comme Il Faut et Air Jordan Z, le Belge ne vient pas « prendre de l’expérience ». Il vient secouer le stade. L’étalon découvre Aachen depuis deux jours ? Très bien, merci pour lui. Pas l’air impressionné. Pas le moins du monde.

Jérôme Guéry Quito de Mariposa

Guéry ouvre le galop, garde le rythme, laisse parler l’action immense de Quito. Le couple avale les lignes comme s’il avait répété ça quinze fois dans le jardin. Sauf que non : Quito ne dispute que ses premiers grands rendez-vous à ce niveau. Sans-faute. 40’’63. Boum.

« On est à Aix-la-Chapelle : ou je ne fais pas le barrage, ou je le fais à fond », nous explique Jérôme Guéry. « Le cheval a une action immense. J’ai ouvert un peu le rythme du barrage : dans le sens un-deux, j’ai fait six foulées, puis cinq foulées, puis neuf sur le dernier. Je rate juste un virage sur l’avant-dernier, mais je suis très heureux. Un cheval de dix ans, avec peu d’expérience, ensemble depuis très peu de temps… c’est magnifique. »

Jérôme Guéry Quito de Mariposa

Quito, le pari déjà gagnant

Guéry ne s’en cache pas : « Ça fait un mois et demi que le cheval est à la maison. C’est un cheval que je connais et qu’on a depuis longtemps. Il a toujours brillé, déjà en jeunes chevaux avec Virginie (Thonon), puis avec Seppe (Wouters) les deux années passées. On savait tous que c’était un bon cheval, mais là, il passe un step. Il est passé du trois étoiles au cinq étoiles. C’est seulement notre troisième concours ensemble. Faire quatrième ici, à Aix-la-Chapelle, le plus gros concours du monde, c’est formidable. »

Jérôme Guéry Quito de Mariposa

Et le Belge de tempérer, avec la lucidité des grands jours : « On en voudrait toujours plus, mais je ne pense pas faire le Grand Prix demain. Le cheval ne mérite pas ça. On va rester sur ce bon résultat dans la deuxième qualif et voir la suite. »

Une sage décision. Parce qu’un cheval comme ça, on ne le grille pas pour une photo de plus.

Abdel Saïd répond en patron

Ben Maher tente de recoller avec Point Break, mais reste à une seconde. Pas Mieux pour André Thieme. Puis Abdel Saïd entre avec Bonne Amie. L’autre Belge du barrage. Et lui aussi a compris le message : après Guéry, plus question de temporiser.

Abdel Said Bonna Amie

Sa jument de 13 ans a du métier, du moteur et cette manière de couvrir le terrain qui donne l’impression que les obstacles s’avalent. Abdel attaque, Bonne Amie répond, et le chrono tombe : 39’’59. Nouvelle référence. On se dit que cette fois, c’est probablement plié.

Said, lui, avait parfaitement lu la situation : « Quand j’ai vu Jérôme, je me suis dit : OK, ça rend les choses faciles, parce que maintenant il n’y a plus de doute. Il n’y a qu’une option : aller de l’avant. Je savais que ce serait un barrage très rapide. Jérôme a tout donné et ça a marché. Ils forment un jeune couple, donc je savais que je pouvais gratter un peu. Honnêtement, après mon barrage, je pensais que ce serait difficile à battre. Mais Lillie nous a battus. »

Abdel Said Bonna Amie

Sur Bonne Amie, le Belge garde des mots forts : « Ce qu’elle donne, avec sa taille, son élasticité, son cœur, et sa volonté de laisser les barres en place, c’est incroyable. Si les chevaux essayaient tous moitié autant qu’elle, on irait très loin. »

Puis Lillie Keenan a pris le TGV

Et donc Lillie Keenan. Avec Kick On. Le nom était déjà une consigne.

L’Américaine a vu Abdel sur l’écran. Elle sait ce qu’il faut faire. Elle sait aussi qu’à Aix, le public ne veut pas de calculatrice : il veut du sport, du vrai, celui qui vous fait lever avant même la dernière barre.

Lillie Keenan Kick On

Alors elle ne tire presque jamais. Elle laisse son cheval avancer, respirer, attaquer. Kick On file droit, mais droit façon train lancé pleine vitesse. 38’’21. Stratosphérique. Cette fois, oui : c’est terminé.

« J’ai vu Abdel à l’écran », nous raconte Lillie Keenan. « J’avais prévu de faire les contrats de foulées, et quand je l’ai vu les faire, j’ai compris que c’était possible. Son cheval est plus grand que le mien, mais le mien me donne énormément d’amplitude et de cœur. Je me suis dit que je n’avais rien à perdre. Tant que je ne le gênais pas, il allait me le donner. Et c’est ce qu’il a fait. »

Lillie Keenan Kick On

Et d’ajouter : « Abdel avait tout donné. Il avait fait toutes les grandes options. Il n’y avait rien d’autre à faire que d’essayer de ne jamais reprendre. »

Ward, mentor fier, élève en pleine montée

Mc Lain Ward

McLain Ward, battu plus tôt dans le barrage, pouvait tout de même sourire. Parce que la gagnante, c’est aussi un peu son chantier de longue haleine.

« Je suis très fier de faire partie de la carrière de ces jeunes cavaliers, qui sont maintenant de jeunes adultes », confie l’Américain. « Lillie est un talent incroyable. Si je peux être une petite partie de son succès, j’en tire beaucoup de fierté. »

Lillie Keenan Kick On

Et quand on lui demande si Keenan peut un jour devenir la meilleure cavalière du monde, Ward ne botte pas en touche : « Absolument. Ce que j’essaie toujours de lui rappeler, c’est que, selon moi, son talent est meilleur que celui de n’importe qui. Il s’agit simplement de croire en ça, d’avoir confiance, et de laisser cela exister sans essayer de faire autre chose. »

Lillie Keenan Kick On

Et la sélection de Lillie Keenan en équipe américaine pour les championnats du monde? Ward ne se cache pas : « Je pense qu’elle devrait être dans l’équipe. J’espère moi-même y être aussi. C’est clairement notre objectif cette année. »

Un aveu qui pèse, surtout à Aix-la-Chapelle, là même où chacun vient déjà prendre ses marques pour les grands rendez-vous. Chez Keenan, la victoire du jour n’est donc pas seulement une ligne de plus au palmarès. C’est aussi un message envoyé au staff américain : la New-Yorkaise n’est pas là pour apprendre la chanson. Elle connaît déjà le refrain.

Lillie Keenan Kick On

Lillie, elle, rend l’hommage : « McLain est mon mentor depuis probablement sept ans. Il a vraiment changé ma vie. Quand je suis arrivée chez lui, je ne croyais pas beaucoup en ma capacité à faire ça. Il a changé énormément de choses pour moi, dans le meilleur sens possible. Je pense que c’est le meilleur cavalier du monde, donc recevoir ses conseils, c’est plutôt cool. Avant d’entrer en piste, il m’a dit que je devais monter comme la meilleure version de moi-même. Aujourd’hui, c’était vrai. »

Larocca prive Guéry du podium, mais pas de la promesse

Dans la foulée, José María Larocca Jr viendra encore s’intercaler avec Chris, privant Jérôme Guéry d’un podium qui semblait pourtant lui tendre les bras. Dur ? Oui. Injuste ? Non. C’est Aachen. Ici, la moindre demi-seconde a des dents.

José María Larocca Jr

Mais la Belgique repart avec du lourd : Abdel Saïd deuxième, Guéry quatrième, deux barrages offensifs, deux chevaux qui disent beaucoup pour la suite. Abdel ira vers le Grand Prix avec Quaker : « Mon objectif était vraiment de me qualifier. L’an dernier, je ne l’avais pas fait et j’étais très déçu. On a beaucoup travaillé avec toute mon équipe pour venir ici forts. Douzième hier, deuxième aujourd’hui : on va dans la bonne direction. »

Guéry, lui, repart avec Quito et une certitude : le cheval est prêt pour de grandes choses, mais sans brûler les étapes.

Jérôme Guéry Quito de Mariposa

« J’en apprends tous les jours sur lui, et lui en apprend sur moi. C’est très impressionnant ce qu’on arrive déjà à faire ensemble en un mois et demi. Il est tellement généreux, tellement respectueux, il a tellement envie de bien faire. Il l’a encore démontré aujourd’hui. »

Cette quatrième place avait aussi une autre saveur. La veille, Qartouche de la Pomme d’Or avait quitté la piste dans l’inquiétude.

« Mon plan était de monter Cartouche dans les qualifs », explique Guéry. « Il a fait deux fautes qui ne correspondent pas à son habitude. Il est sorti de piste, le cheval n’était pas bien. On a fait radios et échographies avec les vétérinaires. On ne voit rien, mais le cheval est vraiment en souffrance. Le plan du week-end était perturbé. Donc oui, ça donne du baume au cœur à toute l’équipe de faire un bon résultat après l’incident d’hier. »

Aachen sait être cruel. Mais parfois, il rend aussi un peu de lumière.

Retrouvez les résultats complets de la deuxième épreuve qualificative pour le Grand Prix Rolex ici

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