Il avait découvert Aix en 2021 à travers les petites épreuves ouvertes aux jeunes cavaliers. Le Week-end dernier, Antoine Ermann est entré dans une autre dimension : celle du CHIO cinq étoiles, de ses tribunes pleines, de sa mythologie et de ses meilleurs cavaliers du monde alignés au paddock. À 24 ans, le Français continue de grimper les marches sans brûler les étapes, porté par Floyd des Prés, le cheval avec lequel il construit sa carrière depuis six ans.
Le choc dès l’entrée de piste
Il y a des concours prestigieux. Et puis il y a Aix-la-Chapelle. Celui que les cavaliers évoquent avec des étoiles dans les yeux et une pointe de respect dans la voix. Antoine Ermann, lui, n’a même pas essayé de cacher son émotion.
“Aix a toujours été, ça sera toujours la Mecque de l’équitation. Donc forcément, c’était un rêve de gosse de venir là. Déjà de venir. Après, pouvoir monter, c’était encore une étape plus loin pour moi. J’ai réalisé un petit rêve en venant là et de monter dans le cinq étoiles aussi.”
Le Français connaissait déjà les lieux. Un passage éclair en 2021 pour le une étoile réservé aux jeunes cavaliers. Mais le vrai CHIO, celui du cinq étoiles, est un autre monde.
“Sur le moment, on se rend pas forcément compte, mais après, avec le recul, on réfléchit, on se dit : ‘Ouais, quand même.’ J’ai pu sauter là. Peut-être que ce n’est pas pareil ailleurs, mais ici, il n’y a rien de comparable.”
Et quand on lui demande ce qui rend ce concours si différent des autres, Ermann ne parle pas uniquement de sport.
“Je pense déjà la structure, la piste est énorme, la piste est bonne. Les facilités sont super pour les chevaux, pour nous. Et puis surtout il y a l’histoire qui va avec. C’est un concours emblématique. Il y a toujours les meilleurs cavaliers du monde qui sont venus sauter là.”
À Aix, même les journées passent différemment.
“Ça passe assez vite les journées ici parce qu’il y a quand même du sport toute la journée. Donc on est toujours très contents de regarder des épreuves sur ce terrain-là.”
Le passionné de chevaux parle aussi comme un passionné de sport. Et ça s’entend.
Floyd des Prés, plus qu’un simple cheval de Grand Prix
Dans cette découverte du très haut niveau, Antoine Ermann n’est pas arrivé avec son complice. À ses côtés, il y avait Floyd des Prés (Vigo Cece x Papillon Rouge). Un cheval de la maison. Celui qu’il monte depuis ses cinq ans.
Et forcément, ça change beaucoup de choses.
“C’est un cheval qui me fait vivre des choses que je n’aurais pas pu imaginer sans un cheval comme lui, du moins pas si tôt dans ma carrière.”
Le duo a grandi ensemble. Découvert le haut niveau ensemble. Et cette histoire commune agit presque comme un filet de sécurité dans les grands rendez-vous.
“Quand on attaquait un gros parcours, surtout l’année dernière quand on découvrait le haut niveau, je pense que j’étais moins stressé et lui non plus parce qu’on se connaissait très bien. On sentait quand il y avait un peu plus de pression ou de motivation. Je pense que ça a été plus facile pour nous parce qu’on a abordé ce niveau-là ensemble.”
Dans un sport où beaucoup de couples se construisent rapidement, cette relation longue durée apporte autre chose. Une confiance presque instinctive.
“Le fait de l’avoir élevé, de le monter tous les jours depuis six ans, c’est sûr qu’il y a une relation qui s’installe et beaucoup d’affection. J’aime énormément mes autres chevaux aussi, mais naturellement, avec lui, il y a quelque chose en plus.”
Le calme des grands… avant même d’y être
Ce qui surprend chez Antoine Ermann, ce n’est pas seulement son équitation. C’est sa capacité à ralentir le tempo au milieu de l’emballement général.
Depuis plusieurs mois, son nom revient partout dans les discussions autour de l’avenir du jumping français. Mais lui refuse d’accélérer artificiellement le scénario.
Championnat du monde ? Top 10 mondial ? Sélection estivale ? Le Français préfère garder les pieds fermement sur la piste.
“Comme tous les cavaliers, on aimerait tous revenir là cet été, on va tout faire pour. Après, ce n’est pas nous qui décidons. Nous, notre rôle, c’est de manager au mieux nos chevaux, les amener en meilleure forme toute l’année, qu’ils soient bien dans leur corps, bien moralement.”
Même logique lorsqu’on lui parle du très haut niveau mondial.
“Bien sûr, j’aimerais être dans le top dix un jour. Mais je me suis pas dit : dans X années, je vais y être. Pour moi, il faut que ça se passe naturellement. Je vais rester cheval d’abord, faire de bons plannings pour mes chevaux, bien les respecter, et il n’y a pas de raison que les résultats n’arrivent pas.”
Pas de communication calibrée. Pas de storytelling artificiel. Juste un cavalier qui semble avoir compris très tôt que les chevaux sa se respecte.
Une génération française qui avance ensemble
À Aix-la-Chapelle, Ermann découvre aussi une autre réalité : faire partie du groupe France qui compte.
Autour de lui, Kevin Staut, Simon Delestre, Julien Épaillard et les autres servent autant de références que de relais d’expérience.
“En tant que jeune, on est quand même entourés de cavaliers très expérimentés. J’ai la chance d’avoir proche de moi Simon depuis plusieurs années. Je vais aussi régulièrement en concours avec Kevin, Julien… Donc ça, c’est une vraie chance.”
Et contrairement aux clichés sur les sports individuels, le Français insiste sur l’ambiance collective.
“Les expérimentés nous ont toujours accueillis et ont fait le maximum pour nous aider. Nous, on a toujours fait preuve de motivation et d’intérêt envers eux. Je pense que tout ça crée une bonne ambiance.”
Même la concurrence reste “bon enfant”.
“Quand on fait un et deux d’un Grand Prix, peu importe l’ordre, c’est toujours plus sympa d’être battu par un coéquipier, par un ami.”
Dans cette progression, Antoine Ermann peut aussi compter sur un soutien un peu particulier : sa compagne, la cavalière française Jeanne Sadran. Deux jeunes têtes d’affiche du jumping français, deux carrières qui avancent en parallèle et surtout une même vision du cheval.
“On est tous les jours ensemble avec les chevaux. Je pense que c’est plutôt une chance parce qu’on peut s’aider. Quand tu as vraiment quelqu’un avec toi au quotidien, que tu connais très bien, je trouve que c’est un plus.”
Loin d’une rivalité permanente, Ermann parle surtout d’échanges et d’équilibre.
“Il n’y a pas du tout d’esprit de concurrence. Je pense vraiment que c’est une chance pour nous.”
Et quand les deux cavaliers parlent chevaux, la base reste la même : passion, exigence et envie de progresser ensemble.
“On a la même vision de base des chevaux. On est deux personnes très passionnées, très sportives aussi. Chaque cavalier a ses qualités, ses défauts, ses points de vue, mais comme on a la même base, ça va bien. On peut beaucoup échanger.”
Construire avant de rêver
Chez Antoine Ermann, le mot qui revient le plus souvent n’est peut-être pas “victoire”. C’est “construction”.
Construire des chevaux. Construire une écurie. Construire un système viable.
“Il faut monter plusieurs chevaux, il faut vendre des chevaux aussi pour pérenniser le système.”
Le discours est lucide. Loin de l’image glamour du jumping cinq étoiles.
“Les chevaux, c’est quand même une grosse valeur. Le système autour d’eux est assez onéreux. Donc il faut garder un côté commercial dans notre écurie.”
Et au fond, c’est peut-être ce mélange qui rend Antoine Ermann aussi intéressant aujourd’hui : le rêveur capable de s’émerveiller devant Aix-la-Chapelle… sans jamais oublier tout ce qu’il faut construire pour y revenir durablement.