Steve Guerdat, un dimanche pour l’Histoire

Publié par Sébastien Boulanger le 23/08/2026

Il était cinquième mercredi. Troisième jeudi. Le voilà premier samedi soir. Enfin, premier ex æquo. Depuis le début de ces Mondiaux d’Aix-la-Chapelle, Steve Guerdat et Dynamix de Bélhème avancent comme ils aiment le faire : sans tambour, sans déclaration martiale et, surtout, sans barre par terre. Dimanche, le Jurassien peut devenir champion du monde et rejoindre un club qui ressemble davantage à un salon privé : celui des cavaliers sacrés champions olympique, du monde et d’Europe en individuel. Mais avant d’entrer dans l’Histoire, il faudra notamment se débarrasser d’un Allemand qui, détail légèrement gênant, occupe exactement la même place que lui.

Cinquième, troisième, premier et…

Steve Guerdat avait prévenu dès mercredi : « On ne gagne pas un championnat le premier jour, mais on peut tout perdre. »

Alors le Suisse n’a rien perdu.

Dans la Chasse qui ouvrait ces championnats du monde, Dynamix de Bélhème et lui terminent cinquièmes. Pas de coup d’éclat façon Julien Épaillard, pas de démonstration destinée à prévenir la planète jumping. Juste un parcours propre, rapide et suffisamment bien placé pour commencer à construire quelque chose. La Suisse, elle, souffre davantage et termine cette première journée au treizième rang provisoire.

Mais Guerdat, lui, est déjà là.

Le lendemain, il faut ouvrir la voie pour l’équipe suisse. Passage en premier. Le genre de position où l’on sert à la fois de cavalier, d’éclaireur et de cobaye pour les trois copains derrière.

Dynamix saute. Steve pilote. Zéro.

« Dynamix a été fantastique du début à la fin. Elle a très bien sauté et était vraiment concentrée sur ce qu’elle avait à faire », explique-t-il après son parcours. Avant d’ajouter cette phrase qui résume assez bien sa semaine : « Je ne peux faire que mon travail et essayer de mettre l’équipe dans la meilleure situation possible pour les cavaliers qui vont suivre. »

Son travail, donc.

Pas celui des autres.

Pendant que la Suisse tangue, Steve ne bouge pas

Jeudi, la formation helvète se remet dans le bon sens avec trois sans-faute et remonte jusqu’à la huitième place du classement par équipes. Guerdat, lui, grimpe au troisième rang individuel, à égalité avec Daniel Deusser : 0,86 point chacun. Devant eux, Scott Brash est à 0,80 et Sophie Hinners à 0,84. Autrement dit, à ce stade, le classement tient dans un mouchoir de poche. Un tout petit mouchoir.

Vendredi soir, changement d’ambiance.

Aix-la-Chapelle passe en mode championnat du monde pour de bon. La nuit, la pluie, les tribunes pleines et Frank Rothenberger qui décide qu’il est temps d’arrêter les politesses. Les cotes montent jusqu’à 1,65 m et le triple commence à distribuer les additions.

Steve Guerdat passe encore tôt pour la Suisse.

Et encore une fois, rien ne tombe.

Ce n’est pas forcément le parcours le plus facile de sa semaine. Mais c’est peut-être le plus important. Dynamix se bat dans le triple, Guerdat l’accompagne, et le couple ressort avec un nouveau zéro. Dynamix en mission.

Derrière, tout le monde n’aura pas cette tranquillité.

Martin Fuchs et Conner Jei prennent quatre points. Gaëtan Joliat et Chelsea Z en concèdent davantage, et la Suisse doit finalement se contenter de la sixième place du championnat par équipes. Pendant que l’Allemagne fête son titre mondial à domicile devant 40 000 personnes, Guerdat poursuit donc son petit déménagement personnel vers le sommet du classement individuel.

Sans bruit. Ou presque.

Le détail assez fou : Deusser a exactement la même feuille

Car il y a un problème. Un problème allemand. Donc un sacré problème du coup. Daniel Deusser.

Au moment d’aller dormir avant la finale individuelle de dimanche, Steve Guerdat est bien en tête du championnat du monde. Mais il peut laisser un peu de place sur l’oreiller : Deusser est couché exactement à côté.

0,86 point pour Guerdat. 0,86 pour Deusser.

Et l’égalité ne doit rien à un savant calcul de championnat. Lors de la Chasse de mercredi, Guerdat et Dynamix de Bélhème avaient terminé exactement dans le même temps que Deusser et Otello de Guldenboom. Même chrono, donc même conversion en points. Depuis ? Deux sans-faute chacun. Résultat : impossible de glisser une feuille de papier entre les deux hommes.

Derrière, Ben Maher et Point Break sont à 1,01 point. Marcus Ehning et Coolio 42 suivent à 1,78, Sophie Hinners et Iron Dames Singclair à 1,84. Bref, Guerdat est premier, mais certainement pas installé dans un transat avec vue sur la médaille d’or.

Ce dimanche, les 25 meilleurs repartiront pour la première manche de la finale individuelle. Les douze meilleurs accéderont ensuite à l’ultime round. Et tous les compteurs acquis depuis mercredi restent évidemment dans les sacoches.

Deux parcours encore. Ou même trois peut-être. Puisque le chrono d’ouverture n’a pas rempli son rôle en ouverture, il faudra peut-être le sortir de sa boite à nouveau pour, enfin, les départager. Un barrage en bonus. Parce qu’il faut.

Parce qu’autant vous dire si ça va jusque là. Nous on leur donnerait bien à tous les deux la médaille d’or

Deux hommes dans le club, Steve devant la porte

Et puis il y a l’Histoire.

La vraie.

Steve Guerdat est déjà champion olympique individuel, titre décroché à Londres en 2012 avec Nino des Buissonnets. Il est également champion d’Europe individuel depuis Milan 2023, justement avec Dynamix de Bélhème. À Paris, un an plus tard, le couple avait ajouté l’argent olympique à la collection.

Il manque donc une pièce.

La mondiale.

S’il l’obtient dimanche à Aix-la-Chapelle, Guerdat rejoindra un cercle extraordinairement fermé : celui des cavaliers ayant remporté les trois grands championnats individuels du saut d’obstacles.

Ils ne sont que deux.

Hans Günter Winkler, champion du monde en 1954 et 1955, champion olympique individuel en 1956 et champion d’Europe en 1957.

Jeroen Dubbeldam, champion olympique à Sydney en 2000, champion du monde à Caen en 2014 puis champion d’Europe, ici même à Aix-la-Chapelle, en 2015.

Dubbeldam était devenu le deuxième homme à réussir ce triplé, près de soixante ans après Winkler.

Onze ans plus tard, Steve Guerdat peut devenir le troisième.

« Le championnat est encore long »

Depuis mercredi, Guerdat répète à peu près la même chose sous différentes formes. Ne pas s’emballer. S’occuper de Dynamix. Faire son boulot. Recommencer demain.

Après son sans-faute de jeudi, il expliquait encore : « Le championnat est encore long. Dynamix se sent très bien et c’est évidemment le plus important. »

Il avait raison.

Le championnat est encore long.

Mais beaucoup moins qu’avant.

Il reste désormais deux parcours, 25 cavaliers au départ, douze pour le dernier acte et un Daniel Deusser qui possède exactement le même score que lui. Derrière, Maher, Ehning, Hinners et quelques autres attendent la moindre barre avec l’enthousiasme de gens qui n’ont rien de personnel contre Steve Guerdat, mais qui récupéreraient volontiers son fauteuil.

Depuis mercredi, le Jurassien avance sur la pointe des pieds.

Cinquième. Troisième. Premier.

Ce dimanche, personne ne pourra plus vraiment se cacher.

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