Du côté de Liège, le 14 juillet se fête au mois d’octobre

Publié par Sébastien Boulanger le 24/10/2026

Jeudi, Bosty avait déjà fait retentir la Marseillaise. Vendredi, Julien Épaillard a remis ça. Mais avant que le Normand ne transforme Liège Expo en petit territoire français, il a fallu affronter une autre forme de tempête. Une vraie, celle-là. De celles qui font bouger les écuries, vider les tribunes et annuler une épreuve. Enfin, presque. Parce qu’au bout d’une soirée complètement improbable, le sport a repris ses droits. Et le plus rapide de tous a encore frappé.

Mario Kart, des chevaux et des nuages noirs

Tout avait pourtant bien commencé.

Pour lancer cette deuxième soirée du CSI 4* de Liège, John Dourcy, le directeur du concours, avait imaginé une nouvelle formule pour son épreuve show. Un Pro-Am un peu particulier : le professionnel en karting, l’amateur à cheval. Une sorte de mariage entre la Formule 1 miniature et le jumping, avec juste ce qu’il faut de fantaisie pour rappeler qu’un vendredi soir, on peut aussi venir au concours pour s’amuser.

Et franchement, rien que pour voir Gilles Thomas déguisé en Mario Kart, le déplacement valait déjà le coup.

L’ambiance était là. Le public aussi. Bref, tous les ingrédients étaient réunis pour une belle soirée, avec en plat principal une épreuve à 1,50 m en deux manches, le Prix Lotto, et 54 cavaliers annoncés au départ.

Sauf qu’à Liège, ce vendredi, quelqu’un avait oublié de consulter la météo. Ou plutôt de négocier avec elle.

Car dehors, le ciel avait décidé de participer au spectacle. Et pas en figurant.

De violentes rafales se sont abattues sur Liège Expo, au point de faire bouger certaines structures des écuries provisoires. Là, évidemment, plus question de plaisanter. Ni de jouer les héros.

Les organisateurs ont immédiatement réagi. Priorité absolue : mettre les chevaux et les grooms en sécurité. Évacuation des écuries concernées, mobilisation générale et branle-bas de combat. Chacun a mis la main à la pâte.

Le sport pouvait attendre.

(L’attente pour la cinquantaine de cavaliers de l’épreuve, comme pour le public.)

Et il a attendu. Jusqu’à cette annonce du speaker que personne n’avait vraiment envie d’entendre : l’épreuve de 1,50 m n’aurait pas lieu.

Rideau. Fin de soirée. Rentrez chez vous.

Enfin, ça, c’était le scénario improvisé.

Annulée, puis ressuscitée

Parce que les tempêtes, même les plus violentes, finissent par passer.

Une fois le calme revenu et la sécurité des chevaux et des personnes assurée, une drôle d’idée a commencé à circuler : et si, finalement, on la disputait, cette épreuve ?

Après tout, les chevaux étaient là. Les cavaliers aussi. Et tout ce petit monde n’avait pas traversé l’Europe pour regarder les bourrasques secouer des bâches.

Certains avaient envie de défendre leur part des 40 600 euros de dotation. D’autres voulaient sauter pour le public liégeois. Et quelques-uns, probablement, pour les deux.

Alors, on a remis la machine en route.

Plus d’une heure après l’annonce de l’annulation, alors que les tribunes s’étaient presque entièrement vidées, les cavaliers ont recommencé à reconnaître le parcours. Scène assez surréaliste : certains étaient revenus en tenue de ville, à l’image de Julien Épaillard, qui ne pensait manifestement plus avoir besoin de ses bottes ce soir-là.

Mais le Normand, comme les autres, était prêt à se rhabiller pour l’occasion.

Au total, le programme avait pris 2 h 15 de retard. Neuf des 54 engagés avaient finalement décidé de faire l’impasse et d’aller se coucher. Les 45 autres allaient pouvoir en découdre.

Et dans cette histoire, il faut saluer la réactivité de l’organisation. Parce qu’entre maintenir une épreuve à tout prix et tout mettre en œuvre pour qu’elle puisse reprendre une fois la sécurité garantie, il y a une nuance. Une grosse.

Julien Épaillard ne s’y est d’ailleurs pas trompé au moment de revenir sur les événements :

« Tout le monde a réagi. On est tous allés donner un coup de main. Beaucoup de solidarité dans ce moment-là, tout s’est bien passé. Donc bravo à l’organisation. »

Le chrono, cet autre emmerdeur

Une fois les chevaux sur la piste, on aurait presque pu croire que le plus dur était passé.

Presque.

Parce que Bernard Mathy, le chef de piste, n’avait visiblement pas prévu de passer de la pomade aux rescapés de la tempête.

Dès les premiers départs, une évidence s’impose : le chronomètre va faire des dégâts. Pas forcément sur la vitesse pure, mais sur le temps accordé. Un point de temps dépassé par-ci, un autre par-là. Les barres restent parfois sur les taquets, mais les secondes, elles, s’envolent.

Jérôme Guéry Quito de Mariposa
(Jérôme Guéry et Quito de Mariposa, un des couples victime du chrono en première manche.)

Et le premier véritable sans-faute se fait attendre.

Jusqu’à l’arrivée d’un certain Julien Épaillard.

Entre-temps, le Français a troqué ses vêtements civils pour sa tenue de travail. Et lorsqu’il entre en piste avec Le Coultre de Muze, son BWP de 15 ans, une question traverse forcément les esprits : si Épaillard ne parvient pas à rentrer dans le temps, qui va bien pouvoir le faire ?

Réponse : Épaillard, justement.

Sans-faute. Dans le temps.

Le bouchon vient de sauter.

 Julien Épaillard Le Coultre de Muse

Au bout du compte, ils seront sept à réussir le parcours parfait dans le temps accordé : Julien Épaillard, Grégory Wathelet, Gilles Thomas, Mario Stevens, Roy van Beek, Seppe Wouters et Douglas Lindelöw.

À ceux-là s’ajoutent cinq cavaliers pénalisés d’un seul point de temps : Jérôme Guéry, Robert Whitaker, Mégane Moissonnier, Andres Vereecke et Hans-Dieter Dreher.

Douze qualifiés pour la seconde manche.

Et autant dire que les compteurs ne sont pas tout à fait remis à zéro pour tout le monde.

Wathelet croyait tenir son vendredi

Dans la seconde manche, les choses s’accélèrent.

Neuf cavaliers réussissent à laisser toutes les barres en place. De quoi nourrir quelques regrets chez Jérôme Guéry, Andres Vereecke ou Mégane Moissonnier, qui auraient volontiers échangé leur petit point de temps de la première manche contre quelques centièmes supplémentaires.

Megane Moissonnier
(Mégane Moissonnier & Candoo Z)

Mais devant, ce sont les doubles sans-faute qui vont se disputer la victoire.

Et lorsque Grégory Wathelet entre en piste avec Double Jeu d’Honvault, Liège commence sérieusement à y croire.

Il faut dire que le scénario a comme un air de déjà-vu. En 2025, le Liégeois avait remporté cette même épreuve du vendredi soir. Avec le même cheval. Devant son public.

Alors quand le couple boucle un nouveau parcours sans la moindre faute en 42’’04, la perspective d’un remake devient franchement crédible.

Wathelet vient de poser une sacrée référence.

Derrière, l’Allemand Mario Stevens et le Belge Roy van Beek se neutralisent presque parfaitement. Même chrono pour les deux hommes : 45’’32. Propre, efficace, mais trop lent pour inquiéter le patron provisoire.

On commence à imaginer la fête liégeoise. Les applaudissements. Le drapeau belge. La revanche sur une soirée qui avait si mal tourné.

Sauf qu’il reste quelques clients.

Et parmi eux, un certain Julien Épaillard.

Le sirocco du Pays d’Auge

Avec le Normand, il y a une règle assez simple : ne jamais considérer un chrono comme définitif tant qu’il n’est pas passé.

La veille, pourtant, les choses ne s’étaient pas franchement déroulées comme prévu avec Le Coultre de Muze. Un problème sur un double de verticaux avait contrarié les plans du Français.

Mais Épaillard n’était pas venu à Liège pour ajouter quelques kilomètres au compteur de son camion.

« Je suis venu ici pour préparer Lyon avec Le Coultre, pas avec Donatello parce qu’il n’ira pas à Lyon », explique-t-il (attention spoiler) après sa victoire.

Julien Épaillard Le Coultre de Muse

Et surtout, le Français avait quelque chose de précis à vérifier.

« Hier, j’ai eu un couac sur un double de verticaux. Je voulais voir si aujourd’hui il acceptait à nouveau de tourner court. »

Voilà qui résume assez bien le personnage. Là où d’autres auraient peut-être préféré préserver leur cheval après une soirée aussi perturbée, Épaillard voulait retrouver des sensations de concours. De vraies.

« J’étais venu faire du concours ce week-end, pas de l’exhibition. »

Message reçu.

Parce que lorsque Le Coultre de Muze entre en piste pour cette seconde manche, le sirocco du Pays d’Auge se met à souffler.

Les virages sont serrés. Les trajectoires raccourcies. Le cheval répond présent. Et le chronomètre, qui avait pris un malin plaisir à contrarier tout le monde en première manche, finit cette fois par s’incliner.

41’’24.

Huit dixièmes de seconde de mieux que Wathelet.

Une éternité à cette vitesse.

Julien Épaillard Le Coultre de Muse

Et surtout, cette impression familière : celle d’avoir vu Épaillard réaliser un parcours que les autres n’avaient même pas envisagé de la même manière.

Il reste bien Gilles Thomas pour tenter de gâcher la fête française. Le Belge, qui avait commencé la soirée dans un costume de Mario Kart, retrouve cette fois son habit de prétendant à la victoire. Avec Riesling van’t Roosakker, il essaie de venir chercher le Normand.

Mais cette fois, pas de champignon magique ni de raccourci secret.

Thomas doit se contenter de la troisième place, derrière Épaillard et Wathelet.

Le podium est scellé.

Lyon dans le viseur, Göteborg en ligne de mire

Au-delà de la victoire, ce succès tombe plutôt bien pour Julien Épaillard.

Car Le Coultre de Muze n’était pas venu à Liège pour faire de la figuration. À 15 ans, le cheval doit encore jouer un rôle important dans la saison indoor du Français.

Avec un objectif clairement identifié : les Coupes du monde.

« Il va faire partie des chevaux avec qui je vais faire les Coupes du monde », confirme Épaillard, qui entend répartir les étapes entre Le Coultre et Donatello d’Auge.

Le cap est fixé sur Göteborg et la finale du circuit mondial.

Julien Épaillard Le Coultre de Muse

« J’ai pour objectif d’essayer de me qualifier pour la finale à Göteborg. Donc Donatello et lui vont se partager un peu la tâche. Mon premier objectif, c’est de me qualifier. Si on se qualifie, on verra qui fera la finale. »

En attendant, c’est bien Donatello qui disputera le Grand Prix de Liège dimanche. Le Coultre, lui, a rempli sa mission du vendredi : retrouver de la confiance, des sensations et, accessoirement, repartir avec une victoire.

Pas mal pour un concours de préparation.

Quant aux Liégeois, ils auront finalement vécu une soirée dont ils se souviendront longtemps.

Il y aura eu Mario Kart, une tempête, des écuries évacuées, une annulation, une résurrection sportive, quelques tribunes clairsemées , puis regarnies et un final digne des grandes soirées de jumping.

Et au bout, la Marseillaise.

Après Roger-Yves Bost jeudi, Julien Épaillard vendredi.

Deux Français, deux victoires, deux hymnes.

À Liège, décidément, le 14 juillet tombe au mois d’octobre.

Et cette fois, même la météo n’aura pas réussi à empêcher le feu d’artifice.

Retrouvez les résultats complets de l’épreuve ici

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