Il fallait finir dans les six. La Belgique termine quatrième. Pas de médaille mondiale à Aix-la-Chapelle, donc, mais quelque chose qui avait beaucoup plus de valeur ce mercredi soir : un billet pour les Jeux olympiques de Los Angeles. Après les regrets de la veille, Larissa Pauluis avait remis l’équipe sur les rails avec Flambeau et ses 72,469 %. Justin Verboomen et Zonik Plus ont ensuite sorti le grand jeu : 80,885 %, deuxième place individuelle du Grand Prix et qualification olympique dans la poche. L’Allemagne est championne du monde, mais du côté belge, personne ne demandera à rejouer le match. Direction L.A.
« L.A. »
On lui demande le premier mot qui lui vient à l’esprit.
Justin Verboomen réfléchit quelques secondes.
« L.A. »
Puis il rigole.
On pourrait arrêter là.
Parce que tout ce que la Belgique était venue chercher à Aix-la-Chapelle tient finalement dans ces deux lettres.
L.A.
Los Angeles.
Les Jeux olympiques de 2028.

La Belgique termine quatrième du championnat du monde par équipes et décroche ainsi sa qualification olympique. Pas de médaille, mais un ticket. Et dans le camp belge, après deux journées à faire des additions, à regarder les autres, à perdre quelques points puis à en récupérer, personne ne semble vraiment préoccupé par le manque de métal.
« C’était clairement l’objectif principal en venant ici aux championnats du monde, pour la fédé, l’équipe et tout ça. Et on a réussi, donc objectif rempli. Le reste, ce n’est que du bonus et on va essayer de s’amuser un maximum. »
Justin Verboomen sourit.
Cette fois, c’est fait. Le stress peut retomber. le cavalier de Zonik Plus va pouvoir s’amuser maintenant.
Larissa avait allumé la lumière
Quelques heures auparavant, Larissa Pauluis avait déjà commencé à remettre de l’ordre dans la maison belge.
Après la première journée non sans mérite, mais compliquée de Wim Verwimp et Jeroen Devroe, la cavalière brabançonne savait qu’elle n’avait plus beaucoup de marge.

Avec Flambeau, elle signe 72,469 % et termine finalement 15e du Grand Prix.
Pas le score qui fait trembler Aix.
Celui dont la Belgique avait besoin.

« La note, elle compte. Il fallait taper dans les points, il ne fallait pas faire moins. Il fallait en tout cas viser les 72 pour remonter dans les scores et pouvoir placer le pays un peu plus en avant pour la sélection pour les Jeux de Los Angeles. »
Elle avait visé 72. Elle a fait 72,469.

Pour le suspense, on repassera.
Et surtout, elle avait passé le témoin au dernier Belge avec une confiance assez peu dissimulée.
« Maintenant Justin va arriver dans le jeu. Évidemment, on mise tout sur lui aussi et il va faire ça comme un chef, j’en suis sûre. »
Bonne pioche.
80,885 %. Merci, au revoir.
Justin Verboomen et Zonik Plus entrent donc dans l’immense arène d’Aix avec une responsabilité qui dépasse largement leur classement individuel.
La tension est perceptible. Le couple répond avec 80,885 %.
Plus de 80 dans un Grand Prix de championnat du monde. Deuxième place de l’épreuve.
Surtout, la Belgique tient son résultat.
Tout n’a pourtant pas été aussi simple que le score pourrait le laisser croire.

À la détente, Verboomen retrouve le Zonik Plus qu’il aime : disponible, léger, connecté comme jamais.
Puis il entre dans le stade. Et le volume monte d’un cran.
« Le cheval m’a fait une détente vraiment exceptionnelle. J’avais un lien particulier avec lui, vraiment très discret, très fin. Il a été un peu impressionné en arrivant dans la piste, donc il s’est un peu figé, il s’est un peu tendu. »
Alors le cavalier négocie.
« J’ai dû lui dire : “Allez, on fait un petit effort pour tout le monde, pour l’équipe.” »

Petit effort. 80,885 %.
On connaît quelques chefs d’équipe qui signeraient pour ce genre de sacrifice.
Pour préparer Aix, prévoyez 45 000 copains
Il faut dire que l’arène d’Aix-la-Chapelle n’est pas exactement le manège du mardi matin.
Larissa Pauluis l’avait raconté quelques heures auparavant : « C’est vraiment la Mecque de l’équitation ici. ». Venant d’une cavalière qui a deux participations olympiques derrière elle, ça a du sens.
Zonik Plus l’a visiblement remarqué lui aussi.
Alors, comment prépare-t-on un cheval à une atmosphère pareille ?
Réponse de Verboomen :
« On ne peut pas vraiment, je pense. Pour s’entraîner, il faudrait faire venir 45 000 personnes. Pour un petit entraînement, ça ne va pas le faire. » En plus d’être bon, il a aussi l’humour fin.
Voilà donc le problème avec Aix.

Le stade ne rentre pas dans le camion.
Verboomen s’attend néanmoins à voir son cheval prendre progressivement ses marques : « Je pense qu’il va se détendre au fur et à mesure des jours, comme il le fait normalement à chaque concours. »
Une information qui pourrait intéresser légèrement la concurrence.
Parce qu’un Zonik Plus encore impressionné par le décor vient tout de même de sortir à 80,885 %.
Et pendant ce temps-là, les autres aussi faisaient des fautes
Car c’est peut-être l’autre enseignement de ce Grand Prix : Personne n’est à l’abri à Aix.
La Belgique a laissé des points en route pendant ces deux journées.
Mais elle n’était pas seule.
Patrik Kittel termine à 72,096 %. Isabell Werth, pilier de l’armada allemande, doit se contenter de 79,876 %. Des erreurs, parfois coûteuses, ont rappelé une évidence que les grands championnats aiment ressortir au moment où on l’oublie : les chevaux ne lisent ni les pronostics ni les palmarès.

Même les favoris doivent terminer la reprise.
Et à ce jeu-là, l’Allemagne a été la plus forte collectivement.
Favorite à domicile, avec toute la pression que cela suppose, elle décroche le titre mondial par équipes, devant la Grande-Bretagne et le Danemark.

Un treizième titre mondial pour le dressage allemand.
À Aix.
Devant son public.
Difficile de faire beaucoup plus allemand.
Cathrine devant Justin
Individuellement, en revanche, le meilleur score du Grand Prix vient du Danemark.

Cathrine Laudrup-Dufour et Mount St John Freestyle prennent les commandes et devancent Justin Verboomen et Zonik Plus.
Le Belge termine donc deuxième, tandis que Charlotte Fry et Glamourdale ont également rappelé qu’il faudra sérieusement compter avec eux lorsque commencera la bataille pour les médailles individuelles.

Le championnat par équipes est terminé.
Un autre commence déjà.
Et pour Verboomen, la situation vient surtout de changer psychologiquement.
Le poids collectif est tombé.
« Soulagement, ça c’est clair. On n’est jamais à l’abri d’une contre-performance. Ce sont des animaux vivants, qui sont très sensibles. Tout peut arriver. »
Désormais, il peut regarder la suite autrement.
Le billet pour Los Angeles ne dépend plus du prochain piaffer.
Van Lent : « C’est fait »
Chez Jeroen Van Lent, le soulagement est encore plus palpable.
Au moment de répondre, le chef d’équipe belge ca la gorge qui se sert.
« C’est fait. Première fois dans l’histoire du dressage. Super, super content. »
Puis les noms défilent. Justin, évidemment.
Mais aussi tout ce qui existe autour.

« Grâce à Justin d’abord et à tout le travail du crew, tous les sponsors, toute les ligues. C’est magnifique. »
Van Lent ne gomme pourtant pas la première journée.
Il la replace.
« Hier, on a peut-être, entre parenthèses, mal commencé. Mais nous, on a vu qu’il y avait des qualités. La qualité qu’on a maintenant, c’est pour le futur. »
Et c’est peut-être là que cette quatrième place devient plus intéressante qu’un simple classement.
La Belgique n’a pas produit un championnat parfait. Loin de là.

Elle a connu des fautes, des chevaux impressionnés, de la pression et quelques moments où Los Angeles semblait nettement plus loin que la Californie ne l’est déjà géographiquement.
Mais elle a tenu. et elle a posé une première brique d’un projet qu’ils vont construire pendant deux ans. Sans pression maintenant.
Van Lent insiste notamment sur « la maturité que Larissa a montrée aujourd’hui avec la pression, et Justin après aussi avec la pression ».
Avant de conclure, toujours aussi ému : « Je suis super heureux aujourd’hui. Tout le monde est heureux et on est nombreux pourtant. C’est magnifique. »





