Samedi, tout était prêt pour le grand départ vers Doha, manche inaugurale 2026 du Longines Global Champions Tour. Plus de trente chevaux attendaient déjà à Liège. Puis, en quelques heures, la crise géopolitique au Moyen-Orient a figé le ciel. Lieselot Hamerlinck, CEO de European Horse Services, raconte une journée sous tension, l’attente minute après minute. Sans aucune certitude. À la recherche de solutions.

8h : « Nous étions vraiment prêts »
« Il y a eu pas mal de stress samedi, en tout cas, parce que nous étions vraiment prêts pour le charter prévu pour le Global Champions Tour. Il y avait déjà plus de 30 chevaux présents au Horse Inn de Liège pour partir samedi soir. »
Le vol est programmé à 21h. La machine logistique est lancée. La moitié des chevaux est déjà sur place. L’autre moitié attend encore dans ses écuries respectives.
Puis le téléphone sonne.
« Vers 8 heures du matin, nous avons reçu un appel nous informant qu’il y avait eu les frappes américaines et israéliennes en Iran, et que d’autres pays étaient également touchés par les ripostes dont le Qatar. »
À ce moment-là, personne ne mesure encore l’onde de choc.

10h30 : espace aérien fermé
« Vers 10 heures – ou 10 h 30 – nous avons été informés que l’espace aérien était fermé. »
Qui informe ?
« Al Shaqab est le leader et ils ont bien communiqué, il n’y a pas eu de problème. Il y a aussi le Global Champions Tour. Ce sont nos deux partenaires. »
Au départ, l’espoir tient encore.
« À mon avis, Al Shaqab a essayé de trouver une solution et ils ont longtemps cru que l’avion allait partir le soir même. L’idée à ce moment-là était que ce n’était pas quelque chose de très grave. C’était un peu l’information que j’ai reçue de leur côté. »
14h, 17h, 20h : l’attente
Mais la journée avance et la situation ne s’éclaircit pas.
« Au cours de la journée, il est devenu clair que la situation n’allait pas changer en moins d’un jour. Nous avons donc reporté les décisions successivement : de 10 heures à 14 heures, puis nous avons fixé une nouvelle décision à 17 heures, puis à 20 heures. »
Toute l’équipe reste mobilisée à Liège.
« Nous étions environ dix personnes d’EHS et nous sommes restés là jusqu’à 20 heures dans l’attente. »
À 20h, la décision tombe.
« À 20 heures, tout ceux qui étaient là avec les chevaux ont décidé de quitter l’aéroport. Les chevaux sont donc rentrés chez eux. »
La moitié était déjà au Horse Inn. L’autre moitié n’avait pas encore quitté leurs écuries.
« C’est toujours une situation très compliquée. Maintenant, c’est facile de dire qu’on savait que cela n’allait pas changer, mais à ce moment-là personne ne savait rien. Il faut agir avec les informations disponibles. »

1h du matin : sécurité avant tout
Une nouvelle décision devait être prise à 1h du matin.
« À ce moment-là, tout le monde a dit que l’avion ne partirait pas. »
Elle insiste :
« Il s’agit de sécurité avant tout, mais c’est aussi une discussion financière, avec les assurances, etc., ce ne sont pas des décisions qui se prennent à la légère de la part d’Al Shaqab ou du Global Champions Tour. »
Son rôle est clair.
« Moi, je fournis un service. Si la décision est prise de partir, je fournis le service. Je n’ai pas de pouvoir de décision dans cette situation. »
Communication sous pression
Dans ces moments-là, les cavaliers attendent des réponses.
« Je pense que tout le monde a vraiment essayé de bien communiquer. Je sais que quand on parle avec les cavaliers ou les groupes, il n’y a jamais assez de communication dans ces moments-là. Mais le problème, c’est que dans une telle situation il faut se rendre compte que personne ne sait rien. »
Les appels se multiplient.
« Oui, beaucoup de cavaliers qui ont encore des chevaux là-bas nous contactent. Ils veulent être sûrs que les chevaux rentreront le plus vite possible. »
Mais les marges de manœuvre sont minces.
« Mes possibilités sont très limitées. »
Le report et la prudence
Les organisateurs ont depuis annoncé le report de l’étape inaugurale à Doha du Global Champions Tour.
Son sentiment personnel ?
« Mon sentiment n’a pas vraiment d’importance. Je ne veux pas faire de déclarations stupides ou qui seraient mal interprétées. »
Elle glisse toutefois :
« C’est le sentiment que j’avais, qu’Al Shaqab envisageait plutôt de reporter l’événement d’une semaine, puis encore d’une semaine si besoin. »
Sur le terrain, la prudence domine.
« Honnêtement, aucun cavalier européen ne semble prêt à envoyer des chevaux au Moyen-Orient pour le moment. Personnellement, si j’avais un cheval, je ne l’enverrais pas non plus. »

Les chevaux encore sur place
La priorité, désormais, ce sont les chevaux déjà au Qatar.
« La question la plus importante pour nous est qu’il y a encore des chevaux là-bas. Que peut-on faire et quand ? »
Deux grands charters retour sont prévus les 15 et 16 mars entre Doha et Liège, en collaboration avec le circuit et Al Shaqab.
« Nous préparons tous les documents au cas où une opportunité se présenterait plus tôt, mais c’est Al Shaqab qui affrète l’avion. »
Si l’espace aérien reste fermé ?
« Nous ne pouvons rien faire. C’est très difficile. »
Réagir vite ? Oui… mais pas instantanément
Peut-on décoller rapidement si le ciel rouvre ?
« Oui, mais il faut tout de même du temps. »
Elle détaille :
« Nous devons obtenir un certificat sanitaire. Nous pouvons préparer les documents administratifs à l’avance, mais le certificat de santé doit être approuvé par les autorités belges 48 heures à l’avance. Il faut donc probablement deux ou trois jours. »
Et même après cela :
« Il faut encore trouver un avion. Ce n’est pas comme prendre un bus. C’est beaucoup plus compliqué. »

« Dieu merci, nous sommes en sécurité »
Aucun membre de son équipe n’est encore sur place.
« Non, personne de mon équipe n’est sur place. Tout le monde est en Europe. Nous avons seulement un agent local avec qui nous travaillons, mais ce sont des personnes de là-bas. Ils vont tous bien. »
Les messages reçus sont simples.
« J’ai envoyé quelques messages à des connaissances sur place et tout le monde m’a répondu : “Dieu merci, nous sommes en sécurité.” »
Une première crise

« Je ne suis CEO d’EHS que depuis 2023, donc c’est la première fois que je dois faire face à une telle situation. »
Elle conclut avec une ligne claire, presque pragmatique.
« Je dis toujours à mon équipe de se concentrer sur ce que nous pouvons faire : nous préparer pour être prêts dès que l’espace aérien rouvrira, continuer à communiquer avec tout le monde, en particulier avec les personnes encore sur place, et les tenir informées. Il n’y a pas beaucoup plus que nous puissions faire. »
Et cette phrase, qui résume tout :
« Nous savons que les chevaux sont la chose la plus importante pour nous. Nous faisons tout cela par passion pour les chevaux et nous essayons vraiment de faire tout ce que nous pouvons. »