Il fallait être rapide. Très rapide. Et surtout ne rien toucher. Dans la grande finale des sept ans du FEI WBFSH Jumping World Breeding Championship de Lanaken, Roosje Brouwer et Elotte Z ont mis tout le monde d’accord. La Néerlandaise et la jument Zangersheide de Stal Everse décrochent le titre mondial devant Max van de Poll et Ortane, championnes des six ans l’an dernier. Christian Ahlmann complète le podium avec Toemme de Regor Z. Premier Belge, Thibault Philippaerts termine sixième avec Tourmalet L3B.

Treize au barrage, mais une seule fusée
À Lanaken, le dimanche des sept ans ressemble toujours un peu à une vente aux enchères sans marteau. Tout le monde regarde. Cavaliers, éleveurs, propriétaires, marchands. Un cheval peut entrer sur la piste avec un joli pedigree et en ressortir quelques minutes plus tard avec une médaille mondiale autour du cou et quelques zéros supplémentaires dans l’imaginaire collectif.
Cette année, ils étaient 41 à avoir gagné leur ticket pour la finale. Bernard Mathy avait posé les barres à 1,45 m et suffisamment compliqué l’affaire pour effectuer le tri. De l’avis de beaucoup, on n’était pas loin d’un GP 2*. Treize couples seulement allaient signer le sans-faute synonyme de barrage. Quelques autres ont vu leur rêve de médaille s’écraser sur l’ultime obstacle. Cruel, mais Lanaken n’a jamais prétendu être une colonie de vacances.
Puis est arrivée Elotte Z.

Sept ans, Zangersheide, fille d’Eldorado van de Zeshoek et d’une mère par Larino, née chez Stal Everse, également propriétaire de la jument.
Et surtout : vite. Très vite.
Avec Roosje Brouwer, le plan n’avait rien d’un traité de stratégie militaire.
« Le plan était assez clair : j’essayais de gagner. »
Voilà. En même temps elle nous aurait dit qu’elle avait juste boucler son tour sans ambition spéciale qu’on ne l’aurait pas cru.
La Néerlandaise connaissait l’arme qu’elle avait sous la selle. « Je savais qu’elle était naturellement très rapide et très, très respectueuse. Je me suis simplement dit qu’il fallait aller aussi vite que possible. Si je ne faisais pas d’erreur, je savais qu’elle ferait bien son travail. »
Résultat : 35’’47.

Elotte Z ne pose pas beaucoup de questions
Ce qui frappe dans les mots de Brouwer après la finale, ce n’est d’ailleurs pas seulement la vitesse d’Elotte Z. C’est la confiance qu’elle semble avoir dans cette jument.
« Elle est très respectueuse et très simple. Elle fait toujours ce que je lui demande », expliquait-elle après son titre.
Brouwer savait donc qu’une médaille était envisageable. De là à annoncer le titre avant d’entrer en piste, pas question.
« Je ne pensais évidemment pas que cela allait arriver. Je savais qu’elle était très bonne et qu’elle faisait toujours de son mieux. Si tout se passait bien, je savais qu’on pouvait faire quelque chose de bien. Mais encore faut-il le faire. »
Elle l’a fait.

Et de quelle manière : son chrono de 35’’47 lui laisse 81 centièmes d’avance sur sa plus proche poursuivante. À l’échelle d’un barrage de championnat du monde, on a connu plus ténu.
La suite ? Pas de grand discours sur un programme à douze mois ou une carrière déjà tracée au millimètre.
Elotte Z va souffler.
« Elle a fait une bonne saison, donc elle mérite un peu de repos », glissait Brouwer.
Quand on vient de devenir championne du monde, on peut effectivement négocier quelques jours au pré.

Ortane, un titre puis une médaille : la régularité version Van de Poll
Derrière Brouwer, il y avait pourtant une cliente sérieuse.
Ortane n’était pas exactement venue découvrir les installations de Lanaken. L’an dernier, la fille de Balou du Rouet et Quinar Z, née chez D. Van De Linden, avait quitté le championnat avec l’or mondial des six ans sous la selle de Max van de Poll.
Douze mois plus tard, même endroit, même jument, nouveau podium.
Parti juste après Brouwer, Van de Poll a lui aussi signé un barrage de très haut niveau. 36’’28, sans faute, et une médaille d’argent.
Le Néerlandais reconnaissait pourtant que la préparation n’avait pas ressemblé à une autoroute.

« Les deux dernières semaines n’étaient pas très bonnes », lâchait-il avec un sourire en conférence de presse. Avant que la dernière séance d’entraînement ne remette tout le monde dans le bon sens.
Et l’histoire entre Van de Poll et Ortane ne date pas d’hier. Le cavalier expliquait l’avoir récupérée à quatre ans, alors qu’elle n’était pas forcément la plus simple. Il y a passé du temps. Beaucoup.
Avec une idée qui, manifestement, n’a pas trop changé : ne pas la vendre.
Après un titre mondial à six ans et une médaille d’argent à sept ans, on comprend assez facilement pourquoi.
Ahlmann, le Z et une médaille à domicile
Pour la troisième marche, difficile de faire beaucoup plus « bleu Z ».
Christian Ahlmann, l’un des visages emblématiques de Zangersheide, arrivait en dernier au barrage avec Toemme de Regor Z. Le gris, fils de Chacco-Blue et Cento, est né chez Johan Veldeman, au Stal de Regor.

Le scénario était propre : le public connaissait le chrono à battre, Ahlmann aussi.
Il a essayé. 36’’69.
Bronze.
L’Allemand, déjà champion du monde des sept ans avec Solid Gold Z en 2018, ne cachait pas son estime pour son jeune cheval.
« Toemme est vraiment, vraiment un très bon cheval », expliquait-il, soulignant ses qualités et une préparation qui peut parfois devenir délicate avec les jeunes étalons reproducteurs, dont la saison ne ressemble pas exactement à celle d’un cheval uniquement consacré au sport.

Cette année, Toemme de Regor Z n’a pas sailli, permettant à Ahlmann de construire sa préparation avec plusieurs concours avant Lanaken.
Le premier tour ? « Fantastique ».
Le barrage ? Presque.

Ahlmann reconnaissait avoir perdu un peu de fluidité dans la seconde partie de son parcours. Une distance aurait pu être abordée avec une foulée de moins, puis quelques mouvements de tête l’ont empêché de retrouver exactement les foulées qu’il souhaitait.
Et quand devant, Brouwer vient de claquer 35’’47, « presque » ne suffit plus.
« J’ai essayé de faire de mon mieux, mais aujourd’hui ce n’était pas assez », résumait Ahlmann.
Pas assez pour l’or. Largement assez pour offrir à Zangersheide une médaille mondiale à domicile avec un cheval portant le fameux Z.

Un centième pour départager Burgess et Greve
Derrière les trois médaillés, il n’y avait pas exactement le désert.
Parce que pour la quatrième place, Jude Burgess et Willem Greve se sont livré un duel qui tient davantage de la photofinish que du concours hippique : un centième de seconde.

Le Britannique Jude Burgess arrache finalement la quatrième place avec Galwaybay Esmerelda, jument irlandaise par Emerald van ’t Ruytershof x Mermus R, née chez Justin Burke. Pas de médaille, mais une finale qui confirme tout le potentiel de cette jument de sept ans.
Juste derrière, Willem Greve doit se contenter de la cinquième place avec Tattoo TN, étalon BWP par Parfait van het Schaeck x Kannan, né chez Valentijn De Bock et Carl Heyrman.

À ce niveau-là, inutile de chercher une faute tactique monumentale ou un virage raté de trois mètres. On parle d’un battement de cil, d’une réception, d’une foulée qui se déroule quelques centimètres différemment. Le genre d’écart qui n’existe pratiquement pas à l’œil nu mais que le chronomètre, lui, ne laisse jamais passer.
Et le premier Belge n’était pas beaucoup plus loin.
Thibault Philippaerts, associé à Tourmalet L3B, prend la sixième place de ce Mondial des sept ans. Pas de médaille pour la Belgique dans cette finale, mais un Top 6 mondial pour le jeune Philippaerts dans une épreuve où le moindre dixième coûtait déjà plusieurs places.

Et maintenant, rendez-vous chez les grands
Lanaken reste un championnat particulier. On y distribue des titres mondiaux à des chevaux dont la carrière ne fait, en théorie, que commencer.
Certains disparaîtront des radars. D’autres reviendront quelques années plus tard dans les Grands Prix 5*, les Coupes des Nations ou les championnats seniors. Et entre les deux, le marché fera son travail.
Mais le dimanche 20 septembre 2026, chez les sept ans, une jument a clairement couru plus vite que les autres.
Elotte Z.

Née chez Stal Everse, pilotée par Roosje Brouwer et désormais championne du monde.
Le plan était de gagner. Le plan s’est déroulé exactement comme prévu.
Retrouvez les résultats complets de la finale des 7 ans ici



