Primo DV n’était pas assez rapide ? Pieter Devos a réglé ça à Dinard

Publié par Sébastien Boulanger le 02/08/2026

Il aura fallu 41 partants, un chrono au cordeau, un terrain qui tire dans les jambes et seulement quatre sans-faute pour trouver le patron du Grand Prix de la Ville de Dinard. Au bout d’un barrage réduit à trois, Pieter Devos et Primo DV ont eu le dernier mot. Une première victoire en Grand Prix 5* pour le produit maison du Belge, que l’on disait talentueux mais pas franchement pressé. Mauvais dimanche pour cette réputation.

Dinard, carte postale avec obstacles

Les hortensias sont au garde-à-vous. Les tribunes du Val Porée pleines à craquer, bigarrées, comme pour répondre au rose qui a pris possession de Dinard le temps d’un week-end. Sur la Côte d’Émeraude, tout est en place pour refermer cette étape des Rolex Series.

Tout, y compris Jean-François Morand.

Parce qu’une fois les barres montées à 1,60 m, il faut bien tempérer un peu l’euphorie ambiante.

Le chef de piste français n’a pas prévu de distribuer les cadeaux de départ aux 41 couples engagés. Un chrono serré, des foulées qu’il faut aller chercher et, surtout, cette superbe piste en herbe beaucoup plus vallonnée qu’elle n’en a l’air.

Un détail qui va peser dans les sabots.

Pieter Devos le confirmera après coup :

« À la télévision, on ne le voit pas vraiment, mais la piste monte et descend énormément. Cela demande beaucoup d’efforts aux chevaux pour sauter quatorze obstacles sur cette piste en herbe. »

Bref, pour gagner Dinard, il faut sauter. Mais aussi galoper. Et avoir encore un peu d’essence au moment de rentrer à la maison.

Kühner ouvre la porte. Puis quelqu’un la claque

Au début, pourtant, on se dit que Morand a peut-être été trop gentil.

Deuxième à s’élancer, Max Kühner trouve immédiatement la clé avec Cooley Jump the Q.

Sans faute.

Bon.

Finalement, ça va.

Que nenni.

La suite ressemble davantage à une longue séance de recouvrement de créances. Propre, certes. Mais une hécatombe quand même.

Steve Guerdat et Venard de Cerisy : 8 points. Julien Anquetin et Beau de Laubry Z : refus sur l’eau.

Merci, au revoir.

Shane Sweetnam, vainqueur quelques semaines plus tôt du Grand Prix 5* Rolex de Falsterbo, est la première victime du chrono avec James Kann Cruz.

Alexa Ferrer ? 12 points.

Ben Maher ? Même tarif.

Pénélope Leprévost et Victor Bettendorf repartent, eux, avec 8 points.

Et puis il y a ceux pour lesquels la punition tient à une barre.

Une seule.

Celle qui transforme un dimanche en « presque ».

Lillie Keenan, jusqu’au dernier

Lillie Keenan en sait quelque chose.

L’Américaine avait incendié le vendredi avec deux victoires en 5*. Avec Kick On, elle semble bien décidée à prolonger la fête.

Tout paraît facile.

La veste assortie au setup, le cheval qui saute, le Val Porée qui semble lui aller comme un gant : Keenan a tout pour elle.

Jusqu’au dernier oxer.

Boum.

Elle sera l’une des sept victimes de cette ultime difficulté.

Pas de barrage.

Scott Brash et Hello Folie restent eux aussi à 4 points.

Marc Dilasser également avec Arioto du Gevres.

Et pour le Breton, la frustration est encore différente.

Le couple se balade jusque-là. La rivière est franchie et Dilasser a déjà passé le mur de palanques floqué aux couleurs des villes des Rolex Series lorsque tombe la décision des deux juges chargés de vérifier la latte de la rivière.

Quatre points. Cruel. Très cruel.

Pendant ce temps-là, Max Kühner commence sérieusement à regarder sa montre en se demandant si son sans-faute réalisé avec le dossard numéro deux ne va pas prendre énormément de valeur.

Spoiler : oui.

Pour barrer, bitte schön

Il faut attendre Christian Ahlmann et Sheeran WL pour revoir un parcours vierge.

Deuxième sans-faute.

À cet instant, le constat est simple : pour aller au barrage à Dinard ce dimanche, mieux vaut savoir commander une bière en allemand.

Mais pas seulement.

Pieter Devos s’invite lui aussi à la table avec Primo DV.

Et le Belge doit se retrousser les manches.

Primo est bon. Très bon même. Mais il n’a jamais vraiment traîné derrière lui la réputation d’un cheval capable de faire exploser les cellules du chrono.

Devos en rigolera après sa victoire :

« Tout le monde se moque un peu de moi parce que je n’ai pas le cheval le plus rapide. Maintenant, c’est terminé ! »

Il faut dire que le premier tour avait déjà constitué une petite victoire personnelle.

Le temps accordé était tellement serré que Devos avouera avoir pensé qu’il lui serait « pratiquement impossible » de rentrer dans le chrono.

Il termine finalement avec plus d’une seconde de marge.

Comme quoi, Primo avait peut-être gardé quelques chevaux sous le capot.

Luciana Diniz et Vertigo du Desert signent ensuite le quatrième sans-faute de l’épreuve.

Ce sera le dernier.

Quatre sans-faute sur 41 partants.

Quatre sans-faute, mais seulement trois au barrage

Il n’y aura pourtant que trois couples pour le dernier acte.

Luciana Diniz décide de ne pas repartir avec Vertigo du Desert, son cheval pour les Championnats du monde.

Sportivement, la décision se comprend à quelques jours d’un championnat majeur.

Côté spectacle, elle laisse forcément un petit goût d’inachevé.

Utiliser un Grand Prix 5* comme répétition grandeur nature avant de refermer la boîte au moment du barrage, c’est rationnel pour le sportif. Un peu moins savoureux pour les tribunes pleines du Val Porée.

Reste donc un trio.

Kühner. Ahlmann. Devos.

Autriche, Allemagne, Belgique.

Et plus beaucoup de place pour les calculs.

Kühner sort le couteau

Max Kühner repart le premier avec Cooley Jump the Q.

Pas exactement un novice.

Le cheval connaît l’exercice : il s’agit déjà de son dixième barrage à ce niveau. Et il en est sorti sans faute un peu moins d’une fois sur deux.

L’Autrichien sait surtout qui attend derrière lui.

Alors il attaque. Fort. Très fort.

Le chrono défile et Cooley Jump the Q avale le terrain. Kühner prend des risques et tente notamment de venir chercher l’oxer bleu avec énormément d’angle.

Peut-être un peu trop.

La barre tombe. 44’’92. Un temps canon.

Avec quatre foutus points. La porte est ouverte.

Ahlmann joue au vieux routier

Christian Ahlmann, lui, ne tombe pas dans le piège.

Le métier.

Avec son étalon de 10 ans, Sheeran WL, l’Allemand arrondit davantage ses trajectoires. Il sécurise ses sauts et choisit le zéro plutôt que la roulette russe.

49’’08. Sans faute.

La pression change alors de camp.

Pieter Devos sait ce qu’il doit faire.

Et même si Primo DV n’a jamais été présenté comme le TGV des écuries belges, le scénario est désormais jouable.

Très jouable.

D’autant que Primo DV sait être propre quand il revient au barrage.

Primo passe la cinquième

Devos part. Il ne s’affole pas. Primo DV non plus.

Le cheval, produit de l’élevage familial, déroule son barrage avec cette application qui le caractérise.

Il saute. Il tourne. Il ne touche rien.

Mais ça ne va pas très vite. Du moins, pas encore.

Puis arrive la dernière ligne. Et là, Pieter Devos passe la cinquième.

Primo allonge. Le Belge laisse filer.

Dernier oxer. Cellules. 47’’42.

Terminé.

Pieter Devos vient de gagner le Grand Prix 5* de la Ville de Dinard.

Et Primo DV vient surtout de décrocher, pour son 32e départ en CSI5*, la première victoire 5* de sa carrière.

Pas exactement le plus mauvais endroit pour débloquer le compteur.

Un cheval de la maison, une victoire qui compte double

À l’arrivée, Devos transpire autant qu’il sourit.

Parce que derrière les 47’’42 et la victoire, il y a autre chose.

Primo DV est un cheval de la maison.

Un vrai.

« C’est un sentiment très spécial. Nous l’avons élevé nous-mêmes. Ma femme a d’abord disputé les épreuves de jeunes chevaux avec lui, puis je l’ai repris. Depuis quelques mois, il évolue vraiment au plus haut niveau. »

Et forcément, quand le cheval né à la maison finit par gagner un Grand Prix comme celui-là, l’histoire prend une autre épaisseur.

« Il mérite vraiment cette victoire. C’est un cheval qui essaie toujours et donne toujours le meilleur de lui-même. Je suis très heureux qu’il puisse désormais avoir un Grand Prix à son palmarès. »

Surtout celui-ci.

Parce que Dinard n’a rien offert.

Une piste exigeante. Du dénivelé. Un chrono qui vous court après pendant tout le premier tour. Et ce dernier oxer qui aura collectionné les fautes comme d’autres collectionnent les bracelets Rolex.

Pour Devos, la performance dit donc quelque chose de son cheval.

« Il fallait un cheval très respectueux pour sauter le dernier oxer. Le fait qu’il puisse gagner ici en dit beaucoup sur lui. Et, je l’espère, beaucoup sur son avenir. »

Et maintenant, Aachen

Pour Pieter Devos, le timing est plutôt sympathique.

Le Belge doit maintenant se tourner vers les Championnats du monde d’Aix-la-Chapelle, où il représentera la Belgique avec Casual DV Z.

Mais gagner Dinard quelques jours avant de prendre la direction d’Aachen reste une façon assez élégante de préparer ses valises.

Surtout après un Grand Prix pareil.

Et la lenteur de Primo ? Sortie du dossier.

Retrouvez les résultats complets du Grand Prix 5* de Dinard ici

(Photos © Rolex Series)

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